
| Sarkozy
veut que "le débat s'ouvre" sur l'école primaire
Par Lucille MALANDAIN AFP
--afp--070827---- Le président Nicolas Sarkozy a souhaité
que "le débat s'ouvre sur les conclusions" très sévères
sur l'école primaire du rapport
annuel que le Haut conseil de l'Education (HCE) lui a remis lundi et
qu'il a qualifié de "très important".
"Le président de la République a enregistré cette analyse, il a souhaité que le rapport soit l'objet d'un exercice de pédagogie, que le débat s'ouvre sur les conclusions" de ce texte, a expliqué à la presse David Martinon, porte-parole de l'Elysée. Il a rappelé que "l'école primaire a auprès des Français une très bonne image" mais qu'"il semble que le système ne parvienne pas à gommer les inégalités de départ, ce qui est un point extrêmement important". De fait, le rapport du Haut conseil de l'éducation, instance indépendante composée de neuf spécialistes de toutes tendances, insiste sur les piètres résultats des élèves du primaire sans toutefois formuler de recommandations. Selon lui, "25 % des élèves ont des acquis fragiles" qui les condamnent à "une scolarité difficile au collège et une poursuite d'études incertaine au delà", et "15% connaissent des difficultés sévères ou très sévères", lacunes qui "rendent impossibles aussi bien un réel parcours scolaire de collège qu'une formation qualifiante". Partant de là, les neuf sages constatent que "l'école élémentaire ne permet pas, en général, de réduire les difficultés repérées au début de la scolarité obligatoire". De ce point de vue, ils regrettent que l'organisation de la scolarité en cycles (avec des objectifs fixés sur des périodes de trois ans et non par année) n'ait "pas vraiment été mise en oeuvre" depuis sa création en 1991. Cela a, selon eux, provoqué un "hiatus" entre la dernière année de maternelle, le CP et le CE1 (cycle des apprentissages fondamentaux). Des textes définissent la pédagogie spécifique à adopter en grande section mais, bien souvent, relève le HCE, "les méthodes d'apprentissage et d'évaluation pratiquées en grande section s'alignent sur celles de l'école élémentaire". "La question de l'école maternelle dans l'échec scolaire à long terme ne peut pas être éludée", insiste-il. Le dispositif de soutien créé par la loi Fillon sur l'Ecole s'est en outre selon eux transformé en "un simple dispositif d'accompagnement des élèves redoublant le CP ou le CE1", alors même, précisent-ils, que le redoublement précoce est reconnu "inefficace". Le HCE déplorent un pilotage national trop "théorique" et des "marges de manoeuvre réelles" qui "ne servent pas en priorité à affecter des ressources humaines suffisantes à l'amélioration du soutien collectif et individualisé des élèves". Ils plaident enfin pour une redéfinition de la fonction de directeur d'école et des missions des inspecteurs du primaire. Dénonçant un "rapport décevant" sans "aucune idée nouvelle", le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, a annoncé lundi qu'il allait rencontrer Xavier Darcos jeudi 6 septembre sur ce sujet. "Ce n'est pas ce texte qui peut constituer un outil utile pour tracer des pistes pour transformer l'école", a estimé le syndicat dans un communiqué. Pour la principale fédération de parents d'élèves,
la FCPE, "les enseignants ne peuvent pas et ne veulent pas plus que les
parents d'élèves se résigner à l'échec".
"C'est l'institution qui se résout à cette situation", a-t-elle
ajouté dans un communiqué, se disant "réservée
sur le haut niveau d'échec avancé par le HCE".
Un rapport sévère pour l’école primaire Le Haut Conseil de l’éducation
remet aujourd’hui à Nicolas Sarkozy un texte sur l’enseignement
avant le collège.
Par VÉRONIQUE SOULÉ - Libération
-27 août 2007
L’école primaire française n’est plus à la hauteur. Elle fonctionne toujours bien avec les bons élèves. Mais elle se révèle incapable de faire progresser les élèves en difficulté, souvent issus de milieux défavorisés, qui suivent mal dès le CP et ne rattraperont pas. Le rapport du Haut Conseil de l’éducation (HCE), présenté aujourd’hui au président Nicolas Sarkozy, porte un jugement sévère sur l’école primaire, ce qui ne devrait guère améliorer l’image ternie des enseignants. «Chaque année quatre écoliers sur dix, soit environ 300 000 élèves, sortent du CM2 avec de graves lacunes, est il écrit en introduction du rapport. Près de 200 000 d’entre eux ont des acquis fragiles et insuffisants en lecture, écriture et calcul, et plus de 100 000 ne maîtrisent pas les compétences de base dans ces domaines». Les auteurs reprennent ici un chiffre déjà connu, que l’on retrouve tout au long du collège, ces 15 % d’élèves qui se traînent de classe en classe et dont les lacunes sont trop importantes pour pouvoir être comblées. Mais ils ajoutent une catégorie intermédiaire, avant les bons élèves estimés à 60 % du total : les 200 000 écoliers fragiles - soit 25 % - qui auront du mal à suivre au collège mais iront vaille que vaille jusqu’au brevet. Maternelle. Au delà du constat particulièrement sombre, les membres du HCE, la plupart issus des hautes sphères de l’Education, ne fournissent pas d’explications claires à cet échec. Ils donnent vaguement des pistes, critiquant le redoublement précoce, «inefficace et contraire à l’égalité des chances», ou encore le manque de formation spécifique des enseignants de maternelle. Ils regrettent aussi que les cycles établissant une liaison entre la grande section de maternelle et le CP n’aient pas toujours été mis en place. L’autre grande nouveauté est la mise en cause de la maternelle, une spécificité nationale dont les Français étaient jusqu’ici si fiers. L’enseignement en grande section devient trop scolaire : «Bien que les particularités de l’école maternelle soient affirmées dans les programmes, dans la réalité les méthodes d’apprentissage et d’évaluation pratiquées en grande section s’alignent très souvent sur celles de l’école élémentaire.» Le HCE estime même que la responsabilité de la maternelle dans l’échec scolaire ne peut plus être éludée. «Le mythe de la maternelle française tient-il encore ? s’interroge un de ses membres, la maternelle, pas plus que la primaire ne lisse les disparités sociales. Du coup cela dédouane un peu le collège, accusé de ne pas donner leur chances à tous.» Cet expert ne cache pas qu’on a voulu déplacer le projecteur du collège au primaire, qui a aussi sa part. Prompt à critiquer, le rapport ne fait aucune proposition. «La commande était de dresser un bilan, souligne l’un des auteurs. Aux hommes politiques maintenant d’en tirer les conséquences». Le Président ne devrait pas faire de propositions aujourd’hui mais plutôt des commentaires sur le travail du HCE. Le texte, qui souligne la tendance à la baisse du nombre d’élèves par classe, sans résultats pour autant, ne devrait pas lui plaire. Rentrée. Le chef de l’Etat devrait recevoir jeudi
6 septembre, à sa demande, le principal syndicat du primaire, le
SNUipp, outré par la vision qu’il juge trop unilatérale du
HCE. «Le rapport noircit le primaire, estime Gilles Moindrot, du
syndicat. Il n’y a rien de positif, nulle part il ne fait état des
réussites qu’il y a eues, comme la scolarisation des enfants handicapés,
qui a grimpé, ou encore la baisse du taux de redoublement de 40
à 20 % ces quinze dernières années. En outre, toutes
les études auxquelles le rapport se réfère sont déjà
connues.» A la veille de la rentrée, le syndicat voudrait
redresser la barre et afficher son dynamisme, alors que l’image de l’enseignant
n’en finit pas de s’éroder.
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