DES ECOLES DIFFERENTES :
ARCHIVES 2017
 


… «S’il s’agit de réclamer des mesures urgentes, je préfère insister sur la revalorisation du smic ou sur la titularisation des précaires de la fonction publique. Sur ces sujets, on est dans la reconquête, alors que le revenu de base, c’est de la conquête. Les débats qu’il suscite me paraissent d’ailleurs aussi intéressants que sa mise en œuvre. Le voyage compte autant que la destination ! Il suffit d’évoquer l’idée pour lancer des discussions passionnées sur ce que nous voulons faire de nos vies, sur l’organisation de la société…» Prendre le temps de mener la bataille culturelle et politique : peut-être le meilleur moyen de s’assurer qu’une fois introduit dans le salon le chaton ne se transformera pas en tigre prêt à dévorer ses propriétaires.

… La petite phrase sur Saint-Denis que Jean-Pierre Chevènement avait prononcée le 29 août 2016 sur France Inter avait déclenché un tollé. «Il y a à Saint-Denis par exemple 135 nationalités et il y en a une qui a quasiment disparu», avait dit au micro de la radio, l’ancien ministre, nommé à la tête de la Fondation pour l’islam de France. Cette citation polémique a valu à son auteur de recevoir ce jeudi le prix du «Grand remplacement», dans le cadre de la troisième édition du «prix du menteur en politique»



Sur les réseaux sociaux, Ulysse Rabaté a partagé l’appel au rassemblement pour Théo - qui a eu lieu samedi à Bobigny. Parmi ses connexions, il a noté beaucoup d’engouement (le nombre de «j’aime», la teneur des commentaires). Alors le conseiller municipal FDG de Corbeil-Essonnes l’a joué à l’ancienne : il a organisé un départ commun de la gare pour ceux qui se sentaient d’aller manifester. «On ne s’attendait pas à 200 personnes, plutôt à une dizaine.» Finalement, ils ont pris le RER D à deux…
«En 83, on a marché. En 2005, on a brûlé. Et maintenant ?»

... Je n’ai jamais dit que la progression du FN constituait un «phénomène assez secondaire». Je soutiens, au contraire, qu’elle est la conséquence logique de l’abandon par la gauche moderne de toute critique cohérente du capital «compris dans sa totalité» (Debord). Et donc de son abandon non moins logique des classes populaires...
... Quant à ces valeurs d’entraide populaires dont vous vous demandez naïvement, et de façon très parisienne, si elles ont jamais existé, il serait bon que vous vous posiez au moins une fois la question suivante : par quel miracle, en effet, les gens ordinaires – dont la plus grande partie ne gagne même pas 2 000 € par mois – pourraient-ils faire face aux inévitables aléas de la vie quotidienne – perte d’emploi ou chute dans la précarité, dégât des eaux, déménagement imposé, cambriolage, problème de santé, etc. ..

De façon générale, à Toulouse, les parents contournent allègrement la carte scolaire : un enfant sur deux n’est pas scolarisé dans son collège de secteur. Environ 15 % obtiennent des dérogations ; 23 % filent dans le privé, qui représente un tiers des collèges de la ville. «Malgré l’évitement, nous avions réussi à regonfler un peu les effectifs», commence le principal. Il insiste sur cette énergie déployée par son équipe. «Je les ai énormément mobilisés. Une collègue me disait l’autre jour : tu as passé des années à nous convaincre de tout donner, et maintenant tu nous dis : "On ferme" ? Elle a raison. Ma position n’est pas simple

... L'Ecole n'a évidemment pas attendu Bonnenote.fr pour connaitre une évolution marchande. La tendance à transformer les élèves et parents en usagers, voire en consommateurs de l'Ecole est déjà là. En France le soutien scolaire représente un chiffre d'affaire d'environ 2 milliards d'euros. Il bénéficie d'aides fiscales importantes.
Mais ce que propose Bonnenote.fr va plus loin que le soutien traditionnel qui passe encore très largement par le contact direct entre un élève et un enseignant  qui explique et accompagne. Bonnenote promet un dialogue avec le rédacteur. Mais ce qui est promis de façon explicite c'est la livraison du devoir tout fait. La plate forme met en contact un élève et un rédacteur. L'uberisation des devoirs à la maison est arrivée...

... La refondation est morte depuis longtemps. Elle est désormais enterrée. Personne n’en parle d’ailleurs. Les programmes des candidats aux primaires n’utilisent pratiquement pas le mot, sans doute dans un réflexe salutaire d’honnêteté intellectuelle. Même les anciens ministres de l’Education Nationale l’ont quasiment oublié ! Ils ne présentent que des mesures, des dispositifs, des promesses de moyens, l’amélioration de l’existant… Que des corrections, des réparations, des aménagements, sans toucher au fond. On sait bien que l’électoralisme à court terme interdit la prospective et l’audace.
On a connu exactement la même histoire avec la loi d’orientation de 1989 (loi Jospin). En 2002, son auteur, candidat malheureux aux élections présidentielles, n’en a jamais dit un mot au cours de sa campagne…


Quand j’entends les politiques parler de «restauration de l’autorité», me viennent ces images, dans Tintin et le temple du soleil, des incas terrorisés qui prient lors de l’éclipse de soleil, dans l’espoir que leur invocation va permettre son retour. Pensée magique, vaine, déconnectée du réel, archaïque, inutile pour tout dire.
Car, une fois qu’on a dit «restauration de l’autorité», que fait-on ? Peu d’idées suivent, et quand émergent une ou deux propositions, ce sont toujours les mêmes : retour de l’uniforme, dans l’espoir que l’habit fera le moine, ressortie des drapeaux et chant de Marseillaise matinaux, où l’on use des symboles de la République comme de talismans, au fond…
… Promettre l’autorité, faire de sa restauration le cœur de sa proposition éducative, en campagne présidentielle, est bien pratique pour un candidat. D’une part, l’opinion publique sera d’accord avec lui, d’autre part c’est plus facile que de promettre la baisse du nombre d’élèves par classe ou de financer la formation continue des maitres

… Le premier syndicat des lycéens ne veut pas qu'on puisse rédiger les devoirs à leurs place contre de l'argent. Le Syndicat général des lycéens (SGL) dénonce dans un communiqué le site Bonnenote.fr, qu'elle considère comme "un Uber des devoirs" et "une marchandisation de l'éducation", qui vont "accroitre les inégalités entre lycéens ayant les moyens de payer leurs devoirs et les moins aisés".
Le SGL, première organisation lycéenne, met par ailleurs en doute l'intérêt pédagogique de ce type de services, récent en France, mais qui existe depuis longtemps aux Etats-Unis…

… L'une des élèves se dessine sous le préau, entourée de huit filles représentées par des "F" majuscules.
"Là il y a un terrain de basket où il y a plein de garçons", montre une autre. Sur sa feuille, elle a aussi tracé des "G" (comme garçons) répartis sur le terrain de foot adjacent. Ils occupent la majeure partie de l'espace central.
Et les filles ? Les "F" se trouvent sur les côtés : tout autour du terrain rectangulaire ainsi que sur les bancs. ..
… "En général, les garçons ont l'espace central avec le terrain de football, le terrain de basket, ou des jeux qui demandent de l'expression, c'est-à-dire de courir, de prendre de la place...
Ils s'organisent entre eux dans des jeux comme ça, et les filles, sans s'en rendre compte, vont se mettre sur les espaces qu'on leur laisse", commente la seconde…
… les pratiques de loisirs des garçons sont survalorisées et sur-portées par les collectivités. Tout cela légitime la présence masculine dans l'espace public et a tendance à reléguer les filles à l'espace privé ou à l'espace scolaire

… Que l’école –en l’occurrence britannique, mais le même constat pourrait être fait pour la France– soit centrée sur le bachotage et une organisation plutôt disciplinaire n’est pas un constat très nouveau. En revanche, souligne l’auteur, cette approche de l’éducation est devenue un contresens …
… On rétorquera peut-être à l'auteur que son approche de la scolarité au XXIe siècle pêche par utopie, cependant le coeur de son argumentation consiste à rappeler que l'école telle qu'elle existe a été pensée pour la force de travail de l'ère industrielle, supposant obéissance, conformisme et peur de la sanction. Or, la productivité suppose actuellement d'autres dispositions sociales et psychologiques, et il est surprenant qu'une école qu'on attend en phase avec la société et le marché du travail ne prenne pas cet argument au sérieux.

les malentendus de la relation pédagogique s’expriment dans les difficultés des élèves les plus fragiles dès la maternelle (2). Ils ont aussi mis en avant la désorientation provoquée chez les élèves les plus éloignés de la culture légitime par le recours aux pédagogies du détour (3) et à la psychologisation de la relation pédagogique (4).
Tous les élèves ne réussissent pas à l’école parce qu’ils ne sont pas tous préparés à recevoir ce que l’école transmet: les codes de la culture dominante. C’est principalement les enfants des classes populaires qui se trouvent en situation de non-familiarité avec cette culture dominante. Entre eux et l’école, entre eux et les enseignants, se noue un malentendu à la fois sur les usages du langage, la fonction du savoir et plus largement, celle de l’école. L’implicite pédagogique ne fait que renforcer la désorientation des élèves les plus en difficulté. Mais le malentendu –et c’est sans doute l’apport le plus intéressant de la démarche d’Escol– est aussi du côté des enseignants: ils sont là pour transmettre, mais ont-ils conscience que le récepteur n’est pas préparé à recevoir, faute d’identifier l’objet, mais aussi de se percevoir comme son destinataire légitime? …

Quelles informations reçoivent les élèves au moment de faire leur choix d’orientation? C’est la question que se pose depuis 2013 la sociologue Agnès van Zanten dans le cadre de plusieurs travaux sur les politiques d’orientation scolaire, les prescripteurs et les lieux d’orientation. Selon elle, les conseils donnés par les équipes éducatives au moment où les élèves doivent faire ce choix diffèrent du tout au tout, selon que l’on soit dans un lycée favorisé ou non. Un biais qui vient accentuer les inégalités sociales et scolaires

Les enseignants en général regrettent une formation continue insuffisante et inadaptée : 80,7% des instits, 63,8% des profs de secondaire, contre 37,1% pour l’ensemble, 27,1% pour les cadres du privé. Les instits expriment davantage le manque de reconnaissance : 56% pensent qu’ils ne reçoivent pas le respect et l’estime que mérite leur travail (36,6% dans le secondaire, 23,6% chez les cadres du privé)…
… Les enseignants se détachent clairement des cadres, même ceux en contact avec du public. Les enseignants de primaire ressentent plus de tensions psychosociales dans leur métier, notamment au niveau de l’intensité, de la complexité du travail et du manque de soutien hiérarchique. «Ce constat rejoint l’idée qu’enseigner tend vers un métier solitaire où le rapport social est peu sollicité en dehors des élèves, même sur le plan du partage et de la transmission de son expérience».
Il est tentant de faire le lien entre les résultats de cette étude et l’augmentation du nombre de démissions chez les profs

Pourtant, on ne les a pas entendus – pas plus que les quatre autres candidats – sur la réforme des rythmes scolaires ou sur celle du collège, deux réformes aussi emblématiques que polémiques et sur le devenir desquelles la communauté éducative s’interroge aujourd’hui. D’autant que la droite s’est d’ores et déjà engagée à revenir dessus. Les candidats à la primaire, eux, semblent jouer la prudence. Pas de slogan qui claque, peu de mesures clivantes, mais des propositions peu détaillées, qui n’ont rien d’inédit et dont on peine à percevoir l’inscription dans une vision d’ensemble. Des classes moins chargées, des professeurs valorisés, un soutien scolaire pour tous… qui serait contre ?...
… On aurait pu s’attendre à ce que des candidats qui font de la lutte contre les inégalités leur fil rouge s’emparent de l’épineux sujet de la mixité sociale – chantier ouvert en toute fin de quinquennat par Najat Vallaud-Belkacem. Il n’en est rien…
… De peur de faire le moindre faux pas, dans une campagne qui se fait au pas de course, les idées restent au stade des déclarations d’intention vagues, mais consensuelles.
 

La France n'échappe pas aux critiques d'Oxfam. Selon l'étude, 21 milliardaires possédaient autant que les 40% les plus pauvres de la population française en 2016. L'an dernier, Oxfam avait dénoncé que le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde avait dépassé celui des 99% restants avec un an d'avance sur les prévisions.

... Le temps paraît loin où de savants économistes invités par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’enthousiasmaient, à longueur de colloques, de la hausse des prix de l’immobilier et de son «effet richesse», prétendument stimulant pour la consommation, la croissance et toute l’économie.
La crise de 2008, déclenchée par la catastrophe des prêts immobiliers toxiques, a montré l’inanité de cette richesse et prouvé qu’au contraire, le renchérissement des logements accélère l’accroissement des inégalités et s’avère contre-productif au plan économique.
L’OCDE commence d’ailleurs à mesurer l’ampleur des dégâts sociaux de cette inflation immobilière...


En éducation, «autonomie» est un drôle de mot : quatre syllabes qui suscitent des réactions épidermiques dans le corps enseignant. Les politiques, eux, adorent ce mot, mais aucun n’y met la même chose derrière… Dans la tête de Macron, le terme autonomie regroupe deux choses très différentes: l’autonomie pédagogique, c’est-à-dire la liberté laissée aux profs d’enseigner comme ils l’entendent. Cette liberté est garantie par les textes, un principe auquel est très attachée la gauche: la réforme du collège, qui a tant divisé, est censée encourager cette liberté pédagogique (avec des heures balisées). Par autonomie, Macron entend aussi laisser plus de marge de manoeuvre aux chefs d’établissement dans la constitution de leurs équipes: il s’agit là de l’autonomie dans le recrutement, une idée idéologiquement de droite, que défend d’ailleurs Fillon.
Que dit la recherche? Là-encore, il n’y a pas de consensus évident entre les chercheurs. Si l’on regarde les résultats de l’enquête internationale Pisa, les bons élèves viennent souvent de systèmes décentralisés, comme, par exemple, la Finlande ou la Suisse. Mais, en la matière, les comparaisons internationales ont leur limite, les modèles ne sont pas forcément duplicables

… L’Education nationale n’est plus, loin s’en faut, ce cliché blessant du mammouth centralisé et ultra-jacobin. Mais ne cédons pas à la pente d’un système éducatif demain «ubérisé», purement horizontal, qui confondrait autonomie pédagogique et règne du chacun pour soi éducatif
 

en France le smartphone est désormais en voie de généralisation. 65% de la population est équipée de smartphone et près de 95% chez les 18-25 ans et 85% chez les 12 - 18 ans. Cela donne de quoi réfléchir sur l'évolution de cet "objet" dans la société…
… On a trop mis en avance le coté couteau suisse de la tablette pour se rendre compte que cela n'était pas aussi vrai mais surtout que de nouvelles difficultés apparaissaient. Les usagers commencent à déchanter, surtout quand il faut revivre le scénario des salles informatiques avec les chariots de tablette (réservation, dysfonctionnements, rechargements oubliés etc.…)…

50 % des parents avouent se laisser distraire par leur portable durant leurs échanges avec leur enfant, 36 % le consultent pendant les repas, et 28 % pendant qu’ils jouent avec les petits. De leur côté, 45 % des enfants trouvent que leurs parents consultent trop leur téléphone, et 27 % rêvent même de le leur confisquer. ..
... ce smartphone qui fait écran entre le parent et son enfant peut pourtant entraîner chez ces derniers troubles du comportement (provocation, accès de colère, désobéissance, apathie, mutisme…) et troubles psychologiques (anxiété, troubles alimentaires, troubles dépressifs, phobies…)...

... Le numérique fait-il évoluer les pratiques pédagogiques ? "Le TNI n’a pas d’effet sur la collaboration entre les enseignants", note le rapport. Paradoxalement c’est parce qu’il ne révolutionne pas les pratiques enseignantes que le TNI est facilement adopté. L’usage projeté du TNI a finalement peu d’impact sur la préparation d’une séquence pédagogique, les activités de référence ne sont pas fondamentalement modifiées... De façon générale, l’enseignant est conscient des changements qu’apporte l’usage du TNI dans le déroulement de son cours, mais il ne change pas pour autant ses pratiques pédagogiques existantes...

... Le numérique à l'école est l'une des priorités de l'Education nationale. Cependant, les améliorations annoncées sont rarement à la hauteur. C'est ce qu'explique le blogueur Monsieur le Prof, qui a déboursé 600 euros pour faire goûter le numérique à ses élèves.
"... je suis très critique vis-à-vis de "l'école du numérique". En théorie, c'est super chouette, mais dans les faits (c'est-à-dire dans les 9 établissements où j'ai pu enseigner) c'est catastrophique. Cette année encore, dans la salle des professeurs de langue où nous sommes une vingtaine, nous n'avons que deux ordinateurs qui fonctionnent, dont un qui tourne encore sous Windows XP, donc inutilisable. Dans une de mes salles de classe, même logiciel.
Quant aux tablettes: c'est une blague, une promesse totalement creuse. Rien ne devient obsolète plus vite qu'une tablette ...

«Je voudrais qu’on mette à l’ordre du jour la définition des objectifs de Nuit debout», lance alors un type. Tout le monde soupire. L’expérience semble résumer en un éclair l’espérance et l’échec du mouvement.
Devant la salle, Martin*, qui venait tous les jours place de la République au printemps dernier, au pôle «logistique», refuse pourtant de désespérer. Certes, la place s’est vidée. Les gens sont partis en vacances, les listes de mail qui permettaient l’échange se sont tues…
«Il y a eu 2000 partages, les gens savaient que Nuit Debout se mobilisait contre la présidentielle.» s’enthousiasme-t-il. Avant de déchanter : «Après, sur place il y  avait 10 ou 11 personnes…»


Pas besoin d’être Einstein pour comprendre ce qui se passe ici : en améliorant le niveau des élèves défavorisés, une population conséquente (et grandissante), le niveau scolaire moyen du pays augmente. Simple me dites-vous ? Pourtant, on ne peut pas dire que ce problème ait été la grande préoccupation de nos politiques ces dernières décennies. Prenons même des candidats à la présidentielle 2017 qui ont dévoilé leur programme sur l’éducation. M. Fillon propose de remettre les devoirs obligatoires à l’école primaire. Non seulement on ne voit pas trop comment cela va régler les écarts sociaux, mais en plus, le TIMSS nous montre que la quantité de devoirs donnés par le professeur n’a aucune conséquence sur le niveau scolaire. Bref, on est mal parti. M. Macron propose d’accroitre l’autonomie des établissements. A côté de la plaque. Marine le Pen parle d’arrêter le collège unique et de rétablir l’apprentissage à 14 ans. Trop tard Mme Le Pen, l’écart scolaire entre pauvres et riches est, on l’a vu, déjà bien établi avant le collège.
Pire même

Depuis plusieurs mois, des professeurs d'un lycée de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, tentent de mettre à l'abri six de leurs élèves que le 115 ne parvient pas toujours à prendre en charge. Une situation aussi instable qu'injuste. Ils racontent…
… Nous sommes en colère car nous essayons de mettre tous nos élèves en situation de réussite, mais nous sommes ici confrontés à des situations matérielles qui les empêchent concrètement de travailler dans de bonnes conditions. Le droit à l'éducation est assuré, mais le reste ne suit pas.
Nous avons toujours eu des élèves en situation précaire et difficile. Cependant, jamais cela n'avait atteint un tel niveau. A ce stade, les élèves sont réellement en danger et nous ne pouvons le tolérer…

Au tableau, la maîtresse leur montre une photo : on semble voir des supporters se battre dans les tribunes d’un stade. A leurs côtés, un homme en slip brandit une pelle. «Alors, qu’est-ce que vous pensez de cette image ?» les interroge Rose-Marie Farinella, enseignante.
En moins de deux secondes, plusieurs mains se lèvent. Un garçon prend la parole : «c’est faux». Le pied de l’homme à la pelle «n’est pas bien positionné sur la marche», justifie-t-il pour preuve. La maîtresse se délecte : «Parfait ! Tu sais qu’un journaliste de RTL s’est fait avoir par cette image ? [...] Il en a parlé à un ministre pendant une interview.»
Et puis on n’arrête pas les élèves qui bombardent une poignée d’autres arguments pour démonter le photomontage…

… Bref, après des dizaines d'années où la «pédagogie» a été décriée par les milieux réactionnaires au profit de méthodes d'enseignement dites traditionnelles, basées sur la discipline, la passivité, le respect total de la parole du professeur, on soutient aujourd'hui des méthodes que ne renieraient aucun des disciplines de Montessori, Freinet, Coussinet et autres. Certes, tout cela intervient plus d'un siècle après le début des réflexions sur l'éducation nouvelle et après des décennies de critique acerbe des pédagogies gauchistes, ou de l'esprit de Mai 68. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. On ne peut que se réjouir que les réactionnaires placent dorénavant l'enfant au centre du projet éducatif et favorise de nouvelles relations entre les profs et les élèves.
Mais
(5 jours + tard, le cousSinet", sans doute plus confortable, est toujours online ...)

… un phénomène massif, le plus important à mes yeux : le «zapping» scolaire. Cela fait de nombreuses années que la moitié seulement des familles utilisent le secteur public pour tous leurs enfants. Et il n’y a que 5 % des familles qui n’optent que pour le privé pour tous leurs
enfants. Presque la moitié «zappent» entre les deux. Il y a chaque année une «transhumance» d’environ 150 000 élèves du privé vers le public, et du public vers le privé …

Pourtant, le malaise du monde de l’éducation reste entier. Chaque réforme ou presque a donné lieu à des crispations sans fin (comme celle des rythmes scolaires), ou à des batailles idéologiques sans merci (comme celle des programmes et de l’organisation des enseignements au collège). Cette semaine encore, c’est la révision de la carte des zones d’éducation prioritaire qui provoque un mouvement de grève dans les lycées concernés : ils souhaitent voir pérenniser les moyens supplémentaires dont ils bénéficient pour accueillir des publics scolaires plus défavorisés.
Au-delà des bonnes intentions …
… Ils bénéficient, aussi, d’une logique sociale de l’entre-soi, puisqu’ils accueillent des classes d’élèves beaucoup plus homogènes et socialement favorisés. Contre ces stratégies familiales et sociales, la «refondation de l’école» est impuissante.

«Réenchanter le rêve français». On ne voit pas que la formule de François Hollande, sitôt inventée pour les besoins de sa campagne, ait été autre chose qu’un slogan publicitaire - un de ces slogans qui n’arrangent pas le rapport des citoyens à la politique. Réenchanter le rêve français, quelle idée saugrenue…
… L’époque ne serait pas aux rêves, il faudrait simplement éviter qu’elle tourne au cauchemar. Eh bien, non. N’inventez peut-être pas de nouveaux rêves, candidat(e)s à la Présidence de la République. Vous n’en êtes peut-être pas capables.
Et par pitié épargnez-nous les slogans

+ 50 %
Entre les deux seules enquêtes menées sur les sans domicile en France (2001 et 2012), l’Insee pointe une augmentation de 50% du nombre de personnes concernées. 50% de sans domicile en plus dans la cinquième puissance économique du monde
Pour autant qui dans la campagne électorale, pointe cette grave dérive? Qui parle des 3,8 millions de mal logés? Des 8,8 millions de pauvres (un million de personnes en plus en dix ans)?
Le débat politique fait globalement abstraction de ces réalités

 ... Il faut dire que le constat est, cette année encore, bien sombre.
Quatre millions de mal-logés en France, 143 000 sans-domicile et un nombre d’expulsions (impliquant les forces de l’ordre) ayant bondi de 24 % en 2015...

3 millions
C’est le nombre d’enfants scolarisés dans notre pays qui vivent dans une famille dont les ressources sont inférieures au seuil de pauvreté (soit moins de 1 008 euros par mois). Sur ces 3 millions, 1,2 million vivent dans la grande pauvreté (entre 0 et 560 euros par mois). Pour ces familles, cela signifie avoir des problèmes de logement, de santé, de travail (trop souvent pas de travail du tout ou juste quelques heures), des soucis pour l’éducation des enfants (acheter le matériel demandé par l’école, payer les sorties scolaires, avoir des chaussures pour le sport…) et même, dans certaines communes, se voir refuser la cantine pour ses enfants parce que l’on est au chômage. Alors que les parents, bien souvent, se privent pour que leurs enfants puissent avoir trois repas par jour. Trop souvent nous pensons que les parents qui vivent dans la pauvreté ne s’intéressent pas à la réussite de leurs enfants à l’école ; en fait, tous les parents veulent que leurs enfants réussissent. (Marie-Aleth Grad Vice-présidente d’ATD quart-monde)
 

A compter de ce dimanche 1er janvier, les parents même gravement irrités par d’insupportables caprices et âneries, n’auront plus le droit de châtier physiquement leur enfant. C’est que stipule un minuscule amendement glissé au sein de la loi «égalité et citoyenneté» définitivement adoptée par un hémicycle dépeuplé le 22 décembre. A quelques jours du passage du fameux père fouettard…
… Louable? Bien sûr. Mais que risquent les contrevenants? Rien. Aucune sanction pénale n’est prévue. Pas même une fessée


En éducation, ce débat s’en trouve appauvri, très fortement idéologisé, voire hystérisé, loin des solutions qui peuvent permettre de faire avancer l’école. De ce débat idéologisé, il résulte aussi une absence de consensus trans-partisan autour de politiques scolaires efficaces et mises en œuvre dans la durée, comme cela peut être le cas pour les fondamentaux dans les pays dont l’éducation présente de bons résultats (Finlande, Japon, Corée…). Or sans continuité dans les politiques scolaires qui enjambent les alternances, il n’y aura pas de progrès significatif de l’école française car l’école, comme les apprentissages des élèves, se construit sur un temps long.

Tous les trois ans depuis 2000, la livraison de l’OCDE arrive sur les bureaux des rédactions, dans sa version synthétique (PISA, c’est plus de 1000 pages, faut peut-être pas espérer qu’on les lise vraiment, je l’ai fait une fois, plus jamais merci bien, de toute façon les experts eux-mêmes mettent plusieurs mois à en tirer le substrat), et tous les trois ans on se retrouve avec la même frénésie de comparaison, de classement, avec pour point d’orgue la nomination officieuse, par chez nous qui cumulons les places médiocres, de l’exemple à suivre pour les trois années à venir.
Il y a eu le miracle finlandais – allez coco, allons voir comment font les vikings – puis l’arrivée massive et impressionnante des "pays" du sud-est asiatique en tête des classements – file prendre un avion, bonhomme, qu’on comprenne ce qui s’y passe
PISA compare-t-il ce qui est comparable ? Notre pays peut-il s’inspirer de Singapour, ile de 5,5 millions d’habitants à l’extrême sud de la péninsule malaise ? Ou de la Corée du Sud, pays où les enfants, à côté de l’école, sont quasiment tous inscrits dans une deuxième structure pour prendre des cours particuliers à très haute dose ? Un pays où le taux de suicide chez les adolescents est le plus élevé de la planète, largement nourri par l’angoisse scolaire. Quant aux régions chinoises citées en exemple pour les bons résultats, ce sont des régions côtières en plein développement industriel, financier et économique, peu représentatives du reste de la Chine. »…
 

IMMOBILIER
Toujours plus de logements vacants
La France comptait 35,4 millions de logements au 1er janvier, soit 1,1 % de plus que début 2015, dont 2,9 millions de logements vides (8,3 %), en hausse de 1,4 % sur un an, selon les chiffres publiés par l’Insee mercredi 21 décembre.

Les autres chiffres marquants concernent les logements vacants. On en compte 2,9 millions en 2016 (8,3 % de l’ensemble des logements), contre 1,9 million en 1986 (7,6 %). La majorité des logements vacants se situe dans les zones urbaines de moins de 100 000 habitants (61 % en 2016), mais aussi à la campagne.

Les logements vacants en hausse depuis 2006
Les autres chiffres marquants portent sur les logements vacants. On en compte 2,9 millions en 2016 (8,3 % de l’ensemble des logements), contre 1,9 million en 1986 (7,6 %).
Si le nombre de ces logements a connu une progression annuelle de 1,4 % en moyenne, cette proportion a évolué. Elle a d’abord diminué lentement, reculant jusqu’à 6 % en 2006, avant de progresser ensuite. Depuis cette année, le nombre de logements vacants (qui concerne aussi bien les maisons que les appartements) s’est accru dans toutes les zones urbaines, sauf celle de Paris.

«Bonjour, c’est le SAMU social de Paris.» Leur but : vérifier le bon fonctionnement de l’eau chaude, du chauffage ou des fenêtres, mais aussi l’absence d’humidité, de cafards, de punaises… L’accueil du gérant de cet établissement un peu vieillot mais correct, avec douche et WC à l’étage, est cordial. Le SAMU social est son principal client.
Le 115 d’Ile-de-France loue, chaque nuit, 12 000 chambres dans 550 hôtels de ce genre pour accueillir des familles sans abri, les centres d’hébergement n’étant pas du tout adaptés à ce public…

   C'est le prix du mètre carré
qui fait la différence...
...En Ile-de-France, le marquage social des quartiers
souligne l'inégalité devant l'école.
 
Nous sommes devant un mur de législations américaines extrêmement touffues, avec une intention précise qui est d’utiliser le droit à des fins d’imperium économique et politique dans l’idée d’obtenir des avantages économiques et stratégiques.» Ce 5 octobre 2016, le député Les Républicains Pierre Lellouche ne mâche pas ses mots devant les commissions des affaires étrangères et des finances de l’Assemblée nationale, à Paris. Il y présente le rapport (1) de la mission d’information sur l’extraterritorialité du droit américain. Un rapport dont la lecture «fait froid dans le dos», selon les termes du député socialiste Christophe Premat.

(1) «Rapport d’information déposé par la commission des affaires étrangères et la commission des finances en conclusion des travaux d’une mission d’information constituée le 3 février 2016 sur l’extraterritorialité de la législation américaine», Assemblée nationale, Paris, 5 octobre 2016.

«Imaginez que la surface de la terre soit soudain devenue la propriété [...] de cinq gros bonnets du BTP, et que nous autres humains soyons obligés de payer un droit d’utilisation chaque fois que nous posons un pied au sol.»
Ce serait insupportable, c’est pourtant la condition de notre vie numérique. La question est donc : comment réagir ? Comment trouver une réponse équivalent à ce que fut la taxe foncière, dont l’invention vint contrecarrer l’accaparement des terres par une élite aristocratique et financière ?
Morozov distingue deux stratégies…
… Au lieu que ce soit nous qui devions payer pour utiliser des services qui fonctionnent grâce aux données que nous avons fournies gratuitement, nous devrions faire payer les entreprises qui utilisent ces données qui sont notre bien commun …
… Il invite donc le camp progressiste à se saisir de cette question, dont il estime qu’elle est un boulevard pour la gauche, la droite n’ayant de rien de nouveau à proposer sur ces questions (du simple fait que l’on vit dans un régime de la donnée de droite)…
… Et il n’est pas faux de considérer aujourd’hui que toutes ces données que nous fournissons aux géants de l’économie numérique par le moindre de nos actes numériques (tout simplement, par exemple en nous déplaçant avec un téléphone géolocalisé), et qui nous sont revendues ensuite sous la forme de services divers, constitue une des spoliations du bien du peuple la plus spectaculaire de l’Histoire.

Non seulement cette intrusion ne suscite guère de résistance, mais il semble que les victimes trouvent toujours les meilleures raisons du monde pour justifier leur addiction. Elles finissent par considérer comme indispensable la multiplication à l’infini des écrans qui les entourent.
Pour la première fois dans l’histoire, cette captation continue ne laisse plus d’espace vide, pistant, archivant, enregistrant les moindres gestes du consommateur afin de mieux conditionner ses choix. Le succès d’une entreprise de marketing se mesure aujourd’hui au nombre d’yeux qu’elle est capable de racoler et d’enrôler à son service. Plus rien ne lui échappe ou presque
… Pour l’historien, la longue durée d’un phénomène est la marque de son ampleur et de sa prégnance. Mesurées à cette aune-là, ces techniques de conditionnement qui s’affinent jour après jour pourraient constituer une menace autrement sérieuse pour la démocratie que les résurgences populistes, même si leur pénétration est plus insidieuse et plus indolore que les sorties tonitruantes de Trump ou de Marine Le Pen…
 

Le projet d’école numérique vise à mettre l’enfant devant un ordinateur en permanence. Il gardera ensuite cette habitude… On le forme déjà à devenir un consommateur sur Internet, quand on lui propose un système fermé et payant, comme Microsoft : croyez vous qu’à la maison, les enfants utiliseront un autre système que celui utilisé à l’école ? Des logiciels libres ? Ils choisiront bien entendu les mêmes outils…
… Ce que nous proposons à la place, c’est une vraie éducation au numérique, à partir de 15 ans – un âge où l’on a déjà acquis les fondamentaux. Les lycéens bénéficieraient d’une vraie discipline, où l’on irait ouvrir des ordinateurs, apprendre à en monter un soi-même, apprendre à programmer, visiter les data centers, essayer de comprendre le système macro qui se trouve autour du numérique – plutôt que de l’appréhender par le petit bout de la lorgnette avec l’EMI. Au lieu d’éduquer par le numérique, l’idée est d’éduquer au numérique, d’en faire une matière et non un outil


Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais à chaque fois qu’on entend une discussion sur le numérique et l’école, il se trouve quelqu’un pour dire, avec un air entendu «oui, enfin bon, on sait bien que les cadres de la Silicon Valley mettent leurs enfants dans des écoles qui bannissent les ordinateurs»…
Je propose donc que la prochaine personne qui utilise cet argument soit envoyée faire une séance d’eurythmie, en chausson et collant, dans une école Waldorf, et qu’on balance la vidéo sur Youtube.

Ce qui est compliqué lorsque nous posons une question à Google, c’est primo, d’intérioriser que nous avons déjà, dans la formulation même de cette question, une représentation mentale assez précise du type de réponse que nous voulons obtenir, et deuxio, de comprendre comment il comprendra, comment il interprètera notre question, comment il tiendra compte de cette représentation mentale pré-existante (biais cognitif) en l’agrémentant de ses propres biais algorithmiques…
… Ainsi, un «enfant» ou un jeune adolescent qui n’est a priori ni raciste ni antisémite mais effectue des recherches sur l’holocauste sans avoir dans son champ ou dans son horizon lexical ou conceptuel les notions de «révisionnisme» ou de «négationnisme» s’adressera à Google en utilisant les formulations qui ont le plus de chance de le conduire vers des sites révisionnistes ou négationnistes, ou à tout le moins de l’exposer à ces théories du doute et du complot

Avez-vous remarqué comme ce que l'on nous vendait hier comme de "l'empowerment", de la "capacitation" est devenu en quelques années une impuissance, une aliénation, le tout à grands renforts de la même persuasion technologique ? Avez-vous remarqué à quel point, encore groggys, penseurs, politiques et intellectuels sont en train de se réveiller, criant "haro" sur le baudet Google ou le mulet Facebook ?..
 

… Le chiffre est à première vue énorme : les collégiens déclarent passer en moyenne sept heures quarante-huit minutes par jour (week-end compris) devant des écrans (télévision, smartphone, ordinateur). Les garçons consomment beaucoup plus de jeux vidéo que les filles (62,2 % contre 35,7 %). Cette durée recouvre en fait des usages cumulés (consultation d’une messagerie sur smartphone pendant le visionnage d’une vidéo sur ordinateur, par exemple). La quasi-totalité des collégiens dépassent néanmoins la recommandation internationale de deux heures maximum d’écrans par jour

… Selon les déclarations d’usage des collégiens ayant participé à l’enquête HBSC en 2014, l’exposition cumulée aux différents écrans au cours de la journée serait en moyenne de 5,8 heures à 11 ans et de 8,5 heures à 15 ans. Même si ces durées sont artificiellement élevées, du fait de la non-prise en compte des usages simultanés dans notre enquête (regarder la télévision en chattant sur son téléphone, faire ses devoirs avec Internet en écoutant de la musique en ligne tout en surveillant sa page Facebook sur son téléphone, etc.), cet état des lieux illustre l’omniprésence des écrans dans le quotidien des adolescents, quelle qu’en soit l’utilisation, et témoigne du temps important qu’ils mobilisent au cours d’une même journée…

… On commence par de la rhétorique à l’ancienne, Aristote, etc. En ce moment, on travaille sur Orwell et la novlangue : comment on arrive à faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils ont l’air de vouloir dire. Puis on enchaîne sur le discours publicitaire : comment est-ce qu’il peut nous atteindre sans même qu’on s’en rende compte ? On travaille aussi sur les connotations qu’on peut donner aux mots…
Pensez-vous qu’Internet est en train de faire des jeunes des complotistes endurcis ?
Hélas, il y a des risques. Un certain nombre de jeunes sont seuls sur Internet et ne parlent pas d’actualité avec leur famille. Ça me paraît un peu problématique. C’est ce que le sociologue Daniel Bougnoux appelle la «clôture informationnelle» : on est enfermé à l’intérieur de la façon dont on s’informe. Toujours sur les même sites, les mêmes blogs et donc on va trouver des choses qui confortent nos idées…

«Nous sommes la dernière génération à avoir connu le monde sans smartphone. Ces machines changent notre perception du temps. Nous nous attendons toujours à ce que l’on réponde à nos textos et mails dans la minute et, si ce n’est pas le cas, nous nous sentons négligés.»…
… J’aimerais que les gens soient un peu plus sceptiques. Le vrai but des réseaux sociaux est de faire de l’audience. Mon idée est de rappeler que Facebook est un business, ce que tout le monde semble oublier. Plus on passe de temps dessus, plus ils s’enrichissent.»…


Contrairement à ce que disent certains hommes politiques, l’autorité est donc loin d’avoir déserté l’école. «Elle est bien présente et on le mesure, par exemple, au fait que les élèves français sont moins absentéistes que les autres, explique Eric Charbonnier, analyste à l’OCDE. Ce phénomène s’explique sans doute par le fait qu’il y a, en France, plus de discipline et de sanctions qu’ailleurs : l’institution scolaire contrôle de près les élèves. Dans notre pays, ce n’est pas l’autorité qui manque, mais la flexibilité : les établissements et les professeurs disposent de peu d’autonomie. Les difficultés de l’école ne seront donc pas réglées par l’instauration d’un uniforme ou l’obligation de chanter La Marseillaise.»…
Pourquoi cette crainte du désordre, alors même que la hiérarchie est plus prononcée en France que dans les autres pays occidentaux ?...

Il ne s'agit pas de se voiler la face. Et on peut même se rhabiller. Le mot d'ordre ''l'uniforme à l'école'' est un ovni. Les méandres à ce sujet du grand patineur de flou artistique François Fillon sont tout à fait instructives, à l'instar de ses palinodies à propos de la Sécurité sociale…
… Enfin, lors du second débat télévisé de la primaire de droite, François Fillon déclare urbi et orbi : « Je propose un uniforme parce que je pense que c'est moderne, une bonne manière de montrer à un enfant qu'il entre dans une nation »
 

Generation What ? Une jeunesse perdue ?
La génération 2017 est-elle déjà la génération perdue ? Près de 200 000 jeunes Français et 600 000 jeunes européens ont répondu au questionnaire Generation What lancé sur le web et soutenu par des médias.  Dans le Journal du CNRS, la sociologue Anne Muxel en tire les principaux enseignements. L'enquête dresse le portrait d'une génération française très pessimiste, qui rejette les politiques et mise sur la débrouille individuelle.
"Le rejet des élus et des partis est écrasant : 99 % des répondants estiment que les hommes politiques sont plus ou moins corrompus, 91 % pensent que la finance contrôle le monde…"

… Ils sont nombreux à envisager de quitter la France pour travailler à l'étranger: pour 70%, c'est une éventualité.


la loi de refondation a inscrit la mixité sociale dans son article 2.
Mais une autre loi a donné aux collectivités locales la responsabilité de définir la sectorisation scolaire, laissant à l'Etat la décision d'affectation. La mixité sociale a donc besoin d'une collaboration des différents niveaux institutionnels selon le schéma classique, et pas très efficace, du système éducatif français.
 Ou alors le ministère peut seul fortement améliorer l'offre éducative des collèges défavorisés. Par exemple en y installant des filières prestigieuses. Cela marche. Mais c'est couteux pour l'Etat...
 Il y a pourtant une certaine urgence à traiter la question. Le récent Pisa confirme que les système éducatif français est le plus inégalitaire socialement des pays de l'OCDE…
… Mais c'est seulement en 2021 que les chercheurs feront connaitre l'impact en terme de compétences scolaires et sociales auront eu les politiques impulsées en 2016-2017.
Ce qui nous renvoie à un autre quinquennat...

Le constat ne fait plus débat, la situation est connue de tous, pointée par les enquêtes internationales (et dernièrement Pisa). En France, 63 % des collégiens d’origine sociale défavorisée sont scolarisés dans seulement 10 % des établissements. La ségrégation est plus forte dans les grandes villes, où les familles contournent plus la carte scolaire car les collèges sont proches les uns des autres.
L’objectif d’une plus grande mixité avait été inscrit dans la fameuse loi de refondation de l’école de 2013. Mais il a fallu attendre les attentats de janvier 2015 pour que les choses commencent un peu à bouger…
… A la rentrée 2016, sur les 20 projets annoncés un an avant, 12 se sont concrétisés, selon le ministère. Certains élus locaux ont renoncé en cours de route, d’autres ont reporté à la rentrée 2017, parfois en réduisant la voilure, comme Paris qui a divisé par trois le nombre de projets envisagés…
… Les critiques sont de plusieurs ordres. D’abord, le nombre d’établissements concernés. Malgré les annonces de la ministre ce mardi, il reste anecdotique comparé aux 7 100 collèges en France…
… Une autre question se pose : cette «dynamique» a-t-elle une chance de survie en cas d’alternance à la présidentielle ?...

… Car cette fois, ce que le monde de l'entreprise demande, ce sont des salariés créatifs. En outre, ils doivent avoir développé des compétences managériales adaptées à la nouvelle économie collaborative: autonomie, esprit d'initiative, coopération, empathie, créativité… Pour produire cette nouvelle élite de travailleurs, les méthodes pédagogiques de la bourgeoisie traditionnelle ne semblent plus adaptées. Les méthodes issues des pédagogies nouvelles semblent plus adéquates pour former les qualités requises. Entres autres, la pédagogie Freinet, qui semble prisée par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCI) pour former les compétences managériales et entrepreneuriales.
Cette orientation du monde scolaire est-elle inéluctable? D'un côté, en éducation prioritaire, une pédagogie explicite d'inspiration behavioriste pour former les élèves de milieux populaires en leur assurant les connaissances de base. De l'autre côté, des pédagogies nouvelles destinées à former la nouvelle élite très qualifiée du monde du travail dans des écoles alternatives privées ou dans des écoles publiques qui ont évolué…
… A la suite de Paulo Freire, les pédagogues critiques considèrent dans l'ensemble que la pédagogie ne doit pas se donner uniquement pour ambition de transformer la salle de classe; car au-delà de ses murs, c'est dans toute la société que se déploient les choix éducatifs


Ce sont deux collèges du 18e arrondissement de Paris, distants de 600 mètres l’un de l’autre. Il y a celui du «nord» et celui du «sud». Celui qu’on dit «à éviter» et celui qu’on dit «plus attractif». La «ZEP» et le collège réputé «bobo»...
… Problème : le projet passe mal. Annoncé le 23 novembre, il a aussitôt déclenché une levée de boucliers côté Coysevox. Trois grèves des professeurs, dont la dernière jeudi 8 décembre, blocus des parents le 1er décembre, pétition signée par plus de 900 personnes…
… Mais des échéances électorales approchant – et l’enthousiasme n’étant pas au rendez-vous sur le terrain –, les ambitions ont été revues à la baisse.
De la douzaine de secteurs multicollèges prévus au départ, il n’en reste aujourd’hui que quatre, et peut-être moins demain. De huit arrondissements impliqués, il n’y en a plus que trois…
… Aucune de ces zones tests n’intègre les collèges les plus huppés de la capitale. Question d’«acceptabilité sociale», souligne-t-on au rectorat. Aucune, non plus, n’intègre les collèges privés, qui jouent pourtant un rôle-clé dans la ségrégation sociale des collèges parisiens. ..
… Dans la capitale, le défi est immense. Paris est la ville où le niveau de ségrégation sociale atteint «des sommets inacceptables», dénonçait l’économiste Thomas Piketty dans Le Monde en septembre. Quand certains collèges ne comptent quasiment aucun élève défavorisé (moins de 1%), d’autres en accueillent plus de 60%.

Sois silencieux mais participe, reste tranquille mais sois enthousiaste, attends qu’on te donne la parole mais n’embarrasse pas le maître de tes questions, aide tes camarades mais ne les laisse pas recopier: la liste des exigences à laquelle doit satisfaire un élève pour correspondre aux canons professoraux est tissée de contradictions. Peut-on affirmer que ces règles ne sont là que pour permettre à chacun d’apprendre et progresser au mieux? Il est permis d’en douter.
Car ce qui s’exprime d’abord, c’est la volonté de l’institution de protéger ses valeurs, ses représentations et ses habitudes

Comment vivent les étudiants aujourd'hui ? Budget plombé par le loyer, soins de santé reportés, fragilités psychologiques croissantes... Une étude de l'Observatoire national de la vie étudiante (OVE) publiée ce jeudi révèle les conditions de vie actuelles de ces jeunes Français.
Premier constat de cette enquête menée tous les trois ans: en 2016, pas moins de 46% des étudiants interrogés ont déclaré exercer une activité professionnelle au cours de leur année universitaire, que ce soit un stage, un contrat d'alternance, un "job" en lien ou pas avec le cursus suivi...
… la composition d'un budget étudiant a sensiblement changé en trois ans, avec une part de plus en plus importante de l'emploi pour financer ses études, des allocations et bourses de l'Etat. A l'inverse, l'étude note une baisse de l'aide accordée par la famille, pourtant principale source de revenus en 2013.
Dans ce budget serré, "le logement demeure le poste de dépense le plus important"
 

   C'est le prix du mètre carré
qui fait la différence...
...En Ile-de-France, le marquage social des quartiers
souligne l'inégalité devant l'école.
… En termes de santé publique et parce qu’elles sont des lieux d’égalité d’accès à l’alimentation, les familles prêtent aux cantines l’image d’un refuge de la variété et de l’équilibre alimentaire des convives.
Ce n’est pas ruineux. Pour ce qui est de la qualité, en revanche, on les accuse d’abuser des premiers prix de l’industrie agroalimentaire et d’une agriculture intensive dont les produits contenant des pesticides saturent de camions les autoroutes d’Europe.
C’est malheureusement assez vrai, le contenu de nos assiettes est la traduction de nos pratiques alimentaires. Manger bio en respectant l’environnement reste l’exception : à peine 3,2 % des achats de la restauration collective en 2015 …
… Il en va de même pour l’ineptie du gaspillage alimentaire. La moyenne des restes par assiette et par convive frôle 150 g : c’est un tiers de la nourriture achetée, cuisinée et jetée, dont il faut en plus payer la collecte, le stockage et le traitement. Certaines collectivités parviennent à réduire de 70 % à 80 % ce gaspillage

Le bailleur social Silène qui souhaite revendre le bâtiment accueillant le lycée expérimental l’a cependant autorisé à y rester pour l’année scolaire 2017-2018.
Depuis plusieurs semaines, le lycée expérimental de Saint-Nazaire se mobilise pour empêcher sa fermeture. Propriétaire du bâtiment, le bailleur social Silène souhaite le revendre, menaçant ainsi son existence. Malgré une concertation organisée hier avec la région, le rectorat et les membres de l’équipe pédagogique, le dossier n’avance pas?: la région refuse d’en devenir propriétaire, affirmant que cet établissement scolaire n’est pas de sa compétence. Ce que réfute le ministère de l’Éducation nationale, considérant le lycée expérimental comme une annexe du lycée Aristide Briand...

Autre contradiction. Les ministres de l’Éducation répètent les uns après les autres que la lutte contre les inégalités est leur priorité. Soit. Mais alors, pourquoi le système d’affectation envoie-t-il les professeurs débutants dans les zones les plus difficiles? Les ministres répètent les uns après les autres que la lutte contre les inégalités et la difficulté est leur priorité (du coup je le répète aussi) mais les enseignants qui n’y sont pas préparés…
On a les débats qu’on mérite, l’école qu’on mérite. Aucun enfant qui entre en maternelle, en CP, n’est responsable ni de l’inanité de nos débats sur l’école, ni du manque de volonté collective à changer les choses. Et cette volonté, ce n’est pas seulement celle ou non des ministres de l'Éducation, c’est celle de toute une société. Pour l’instant, tout se passe en France comme si on avait développé l’art de dire tout et son contraire sur l’école

… Alors que François Hollande avait fait de l’éducation sa priorité, le ministère de l’éducation nationale a organisé la fin programmée (quoique discrète) de l’éducation prioritaire en lycée. De nombreux syndicats ont sonné l’alarme, comme le SNES, le SNFOLC, le SNETAA-FO, la CGT Educ’action, SUD éducation, etc. Les professeurs ont demandé à être reçus par la ministre de l’éducation nationale. Des députés de droite (Alain Marleix) comme de gauche (Marie-George Buffet) ont joint leur voix à celle des enseignants et des parents d’élèves. En vain…
…La France ne cesse de sombrer dans les profondeurs des classements internationaux. Selon celui de l’OCDE (Pisa), nous sommes mêmes les champions du monde des inégalités.
Au lieu de les réduire, notre modèle éducatif les renforce. Tout le monde le sait


L'espoir des gens de raison était immense : Internet allait mettre la connaissance à la portée de tous. Rendez-vous compte : les meilleurs cours des meilleurs profs par un clic.
Toutes les études, toute la science mise à disposition gratuitement.
La «petite poucette» de Michel Serres, offrant toute l'information à l'homme, allait le libérer et lui permettre de consacrer son temps et sa cervelle à l'invention, à l'art, à l'intelligence.
Transformation anthropologique bienheureuse, rien de moins.
Patatras.
A leur surprise, les gens de raison découvrent qu'il n'en est rien ou plutôt que c'est le contraire qui se passe …

«On a tendance à penser que parce qu'ils maîtrisent très bien l'usage des réseaux sociaux, les enfants et les adolescents sont les plus perspicaces sur les contenus qu'ils y trouvent.
Notre travail montre que c'est en réalité l'inverse»…
… Elle concerne aussi la lecture de site d'informations –les chercheurs ont ainsi demandé à des enfants et adolescents de faire la différence entre un contenu sponsorisé et un véritable article de Slate.com. Dans ce test précis, sur les 203 élèves concernés, 80% allaient estimer que les textes pourtant clairement identifiés comme «contenu sponsorisé» étaient de véritables articles informatifs…


Les pays les mieux classés dans Pisa sont en effet ceux qui investissent avant tout dans les premières années d’école, cruciales pour les enfants venant de familles défavorisées. Autre question : y a-t-il un lien, scientifiquement établi, entre la taille des classes et les performances des élèves ? «Oui», répond Georges Felouzis, professeur de sociologie de l’éducation à l’université de Genève. Les effets sur les acquis ne sont visibles qu’à partir de cinq ou six élèves en moins, assure-t-il. Ce qui représente un coût financier très important…
Attention, sujet glissant. Une précaution de langage d’abord. La question de la centralisation du système - et de son pendant, l’autonomie - regroupe des choses différentes : il y a l’autonomie financière, la liberté de choisir les enseignants, son école pour ses enfants ou encore l’autonomie dans la salle de classe, dans la façon d’enseigner… Quatre dimensions, parfois éloignées les unes des autres, et dans lesquelles (tous) les politiques s’engouffrent souvent. François Fillon veut ainsi permettre aux chefs d’établissement de recruter les profs à leur guise…

Mais, après la montée des nationalismes en Europe, et la guerre perdue contre la Prusse, Jules Ferry déclare qu'il est impossible de perpétuer «dans une Europe enivrée de l'esprit de nationalité», les principes de sa jeunesse : «nous vivons sous une loi de fer ; s'il faut faire des lois de fer, nous savons les faire et nous les avons faites» (Discours de Jules Ferry du 23 novembre 1891 sur le Tarif général, sur la montée des frontières).
Assiste-ton aujourd'hui au même processus ? Quid de ''l'unification européenne'' ? Est-ce désormais à nouveau une ambition perdue ? Est-ce cela qu'annonce la formule tout à fait inédite de «nation éducative»mise en avant par Manuel Valls ? De quelle (nouvelle) ambition s'agit-il au juste ?
Il devient urgent d'être au clair.

... On oublie qu’Edgar Faure, Olivier Guichard, René Haby, François Bayrou, ministres de droite, ont impulsé ou soutenu des réformes importantes et que l’école a connu une relative continuité républicaine de 1969 à 2007 (hormis la parenthèse réactionnaire de JP Chevènement). On oublie que Luc Ferry a cosigné les nouveaux programmes de 2002, qui étaient conformes à de grandes idées de réforme. Il est vrai que tous ces efforts ont été balayés d’un revers de main par Sarkozy/Darcos en 2008, pour imposer des programmes archaïques (proches de ceux de 1923) et un prétendu «retour aux fondamentaux» ...
... La gauche met en cause les programmes de 2008. Elle a raison.
Mais elle oublie qu’elle n’a rien fait pour les contester, qu’elle a laissé le pouvoir et l’administration poursuivre et condamner les enseignants qui s’y opposaient, qu’elle n’a rien fait pour informer et mobiliser l’opinion publique. Les «désobéisseurs», résistants aux politiques éducatives de la droite, ont été lourdement sanctionnés et la gauche revenue au  pouvoir, a refusé les réparations sollicitées. La gauche a fait mieux encore : faisant totalement l’impasse sur la loi de 1989 et les programmes de 2002, comme si elle en avait honte, elle a laissé penser, de 2012 à 2016, qu’il était possible de refonder l’école avec les programmes de 2008 ...

... La rue de Grenelle applique une vieille recette qui est de tenter de piloter le changement pédagogique à travers une application numérique. Elle s'est donnée beaucoup de mal, à travers des conférences nationales, pour justifier une réforme de l'évaluation qu'elle n'est pas capable de porter sur le terrain. Le LSUN est ainsi un outil pour tenter d'entrainer ce changement tout comme il tente d'imposer la mise en place des EPI et de l'accompagnement pédagogique.
L'expérience totalement loupée du LPC (livret personnel de compétences) n'a pas servi de leçons à la rue de Grenelle.
On ne règle pas les problèmes de société par des instruments techniques. ..

L'Icem Freinet se prononce contre le livret scolaire numérique dans une motion adoptée le 11 décembre. "La mise en place du LSUN a pour conséquence la suppression de tout droit à l’oubli", écrit l'Icem Freinet. "Il constitue année après année un «casier scolaire» numérique qui ouvre la voie à un fichage à vie. Le fichage commence à la maternelle, 18 compétences sont à renseigner en fin de Grande Section. Il se poursuit, depuis la «Loi travail» du 8 aout 2016, par le biais du «Compte Personnel de Formation» (CPF), du «Passeport d’orientation, de formation et de compétences» et, de 16 ans jusqu’au décès de la personne, du «Compte Personnel d’Activité» (CPA)". Le mouvement Freinet craint aussi que "avec le LSUN, c'est la négation et la disparition d'outils qui permettaient aux enfants et aux jeunes de visualiser leurs réussites, leurs progrès et leurs besoins."

Ces cinq dernières années, la communauté éducative a accueilli au mieux avec réserve, parfois avec une franche hostilité, des mesures qui, sur le papier, semblaient pourtant être attendues – voire acquises. C’est l’un des enseignements de ce quinquennat : en matière d’éducation, le consensus n’existe pas.
On en a pris toute la mesure avec la réforme des rythmes scolaires…
… Un boulevard pour la droite ? C’est mal connaître le monde enseignant que de l’imaginer séduit par le programme qui s’esquisse autour de François Fillon, tout juste investi comme candidat de la droite. D’imaginer les professeurs préférer les suppressions massives que la droite prévoit aux «60 000 postes» – désormais tous budgétés – promis par le candidat Hollande en 2012.
L’éducation nationale en a déjà fait les frais, avec la purge de près de 80 000 postes sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy (2007-2012)…

… Et voilà que le Parti socialiste propose de rétablir la conscription. Ce bon vieux temps du service militaire quand une partie de la jeunesse s'en allait se frotter à la dure réalité de la vie des armées: le réveil à l'aube, la présentation des couleurs, le récurage de chiottes, l'épluchage de patates, le brossage de godillots, rien de tel pour ressouder une nation et la préparer à des lendemains qui déchantent.
Quelle riche idée a eu là le Camarade Cambadélis reprenant à son compte une proposition du Camarade Montebourg. Quelle audace! Quelle vision! Quelle bêtise surtout!

… La refondation de l’école annoncée par F. Hollande en 2012 n’a même jamais été définie précisément et encore moins mise en débat. Il n’a jamais été question de rupture, ni même de virage. On a entendu en juillet 2012, au cours d’une concertation/alibi, de hauts fonctionnaires et notamment une rectrice ravie, affirmer que la refondation était en marche depuis de nombreuses années, sans soulever la moindre protestation du public. On a vu aussi des inspecteurs d’académie, par exemple celui d’un département que je connais bien, imposer rudement la continuité en octobre 2012 comme s’il n’y avait pas eu d’alternance. On a vu ce qui aurait pu être un levier déterminant de la refondation, le projet éducatif de territoire, être annihilé par l’administration de l’Education Nationale avec la complicité des mouvements d’éducation populaire, peu préparés à mobiliser leurs forces sur le terrain local. Le peuple a été soigneusement mis à l’écart d’un débat nécessaire sur l’éducation du futur…
… La gauche n’a rien fait qui puisse sauver l’école en l’inscrivant clairement dans une vision de l’avenir de la société. De la même manière qu’elle a abandonné la loi de 1989, elle tournera la page de la refondation. Elle apportera évidemment son soutien aux manifestants revendiquant des moyens…

… Sur les plateaux de radio et de télévision comme dans les débats proposés par les éditeurs et la presse écrite, les chroniqueurs et commentateurs de tous poils semblent tous, en effet, disposer de la science infuse. Ils légifèrent sur tout : une vague enquête sur le port de l’uniforme dans les écoles anglaises et c’est parti : voilà ce qu’il faut faire ! Quelques chiffres sur la Finlande ou la Corée du Sud et tout s’éclaire ! Une agression à la porte d’un établissement et ils savent comment réagir ! La baisse de l’orthographe grammaticale et les voilà convaincus de la nécessité de «revenir à la méthode syllabique» ! Ils ont tout compris

… En 2012, Vincent Peillon a failli inscrire l’obligation de formation des enseignants dans la Loi de Refondation de l’école. La formation continue était sinistrée. Mais les parlementaires lui ont répondu: «Avec quels moyens ?»
Le budget, malgré la hausse prévue, est serré, et il faut reconstruire ce qui a été détruit sous le précédent quinquennat. Peillon abandonne l’idée. Avec les ESPE, il relancera la formation initiale supprimée sous Sarkozy, mais mettra de côté la formation continue.
Je ne sais pas si le public présent a comme moi, marqué le coup. Il m’a fallu plusieurs minutes pour percevoir la pleine incidence de ce qui venait d’être dit. Et prendre conscience du virage décisif que l’Education Nationale a loupé, il y a quatre ans…
… Les profs, ceux qui en ont encore l’envie, le courage, la passion, heureusement ils sont nombreux, n’ont plus qu’à se débrouiller seuls pour ne plus l’être, ne doivent qu’à eux-mêmes d’évoluer et de se former, loin de l’institution.
C’est anormal, c’est illogique, c’est irresponsable.
Mais bon, «avec quels moyens ?».

… Le rapport préconise le modèle du chef d'établissement manager du privé. "La réalité, c’est la pauvreté de la culture de concertation dans le privé (et pas seulement catholique) où l’information simple vaut trop souvent concertation. Cependant, nos enquêtes du début 2016 l’ont vérifié, une meilleure implication des enseignants est relevée, dans les établissements où ils sont entendus, là où l’intelligence collective est prise en compte."
Le syndicat dénonce les "abus de pouvoir" de certains chefs d'établissement.

… Une partie de notre problème réside dans le fait que les dysfonctionnements de notre école qui ne parvient pas à réduire les inégalités ne nuisent pas à tout le monde. Globalement, ils ne nuisent pas aux enfants des milieux favorisés, aux enfants d’enseignants, de journalistes, de cadres supérieurs et des élites dirigeantes. …
… Lutte des classes oui, car comment expliquer autrement le fait que, dans ce pays, on ait pu impunément et sans aucune réaction de solidarité, diviser par deux les fonds sociaux destinés aux élèves pauvres qui sont passés de 73 millions d’euros en 2002 à 32 millions  à 2012 (pas de grève, pas de manifestation, pas la moindre pétition) et qu’on ait pu, sur la même période et sans gêne d’aucune sorte, augmenter sans retenue aucune et à hauteur de 70 millions d’euros les crédits destinés aux heures de colle en CPGE ? Tout cela s’est fait dans un grand silence complice. Qui sont vraiment les assistés dans ce pays et quand cessera cette solidarité à l’envers où les économies faites sur les pauvres servent à préserver les positions acquises par les élites ?..
Proclamer le «vivre ensemble»  mais refuser de «scolariser ensemble», c’est dénoncer les inégalités en théorie mais ne rien faire pour les combattre…

Mais le plus stupéfiant reste à venir. Au lieu de se mobiliser contre une purge thatchérienne à laquelle même les conservateurs britanniques renoncent, certains électeurs de gauche, généreusement relayés par les médias, se préparent à participer ce mois-ci à la primaire de la droite. Au risque de conférer au candidat qui en sortira vainqueur une légitimité supplémentaire quand il appliquera son programme. En 2012, le «vote utile» avait conduit des adversaires du néolibéralisme à choisir M. Hollande dès le premier tour afin de garantir l’échec de M. Nicolas Sarkozy. On connaît le résultat

Une chose est sûre, le nombre d’instit ayant eu une expérience professionnelle augmente très sensiblement, il a doublé en une décennie. Le reproche fréquemment fait aux instits de ne pas connaitre une autre réalité du travail ou de n'avoir jamais quitté l’école ne tiendra bientôt plus.
Ces jeunes instits se voient moins qu’avant enseigner toute leur vie : ils étaient 40% en 2004 à penser faire la même chose dans 15 ans, ils ne sont plus que 33%, et 14% pensent qu’ils auront changé de métier (8% en 2001)…
… le rythme de travail (vacances, horaires…) n’est évoqué que par 26% d’entre eux. Les deux principales raisons évoquées sont l’attirance pour le métier d’enseignant, en augmentation (74% contre 66% en 2001) et le désir de travailler avec des enfants, en baisse (57% contre 70% en 2001)…
… la charge de travail est l’une des plus grandes différences que les jeunes instits perçoivent entre l’idée qu’ils se faisaient du métier et la réalité (54% contre 33% en 2001 !), avec les implications dans la vie privée (60%, contre 40% en 2001 !). Les écarts importants avec 2001 posent question : la charge de travail et l’impact sur la vie privée sont-ils plus forts qu’il y a 15 ans, ou bien les futurs instits la sous-estiment-ils davantage ?..


A quoi bon célébrer ici une journée internationale des droits de l’enfant lorsque nous savons que la patrie des droits de l’homme, comme on l’appelle, a été condamnée, cinq fois, oui vous avez bien lu, cinq fois, en juillet 2016 par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir enfermé des enfants étrangers dans des centres de rétention administrative?...
… Puisque ni le droit européen ni le droit international ne suffisent, faut-il ici rappeler ce que dit le droit français, notamment le Code de l’éducation qui indique à son article L131-1 : “L’instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans” ? Qu’est ce que ces municipalités ne comprennent pas dans le mot “obligatoire” ? En France, en 2016, des enfants ont ainsi cours dans des camions grâce à des associations qui se battent pour donner une instruction à des mômes ostracisés par des mairies…
Parmi les abus constatés, des enfants âgés de 8 à 14 ans transportent des sacs pesant de 12 à 25 kilos et travaillent sans équipements de protection dans des exploitations où des pesticides toxiques sont utilisés, dénonce l’ONG. Certains quittent l’école pour toute ou partie de la journée pour venir en aide à leurs parents…
… Des sociétés «ferment les yeux sur l’exploitation de travailleurs dans leur chaîne de fabrication», s’insurge Amnesty dans son rapport, insistant sur le fait que «des grandes marques continuent de profiter de pratiques illicites déplorables». Et l’ONG de citer les cas de Colgate, Nestlé et Unilever qui «assurent les consommateurs que leurs produits sont composés d’“huile de palme durable”», c’est-à-dire qui prévient la déforestation, respecte l’environnement et les populations locales :
«Il n’y a rien de durable dans l’huile de palme produite en faisant travailler des enfants et en ayant recours à des travaux forcés.»

Respect des droits, accès au savoir, privation matérielle... Quatre grands thèmes sont traités dans cette enquête. Les conclusions sont alarmantes. "Les enfants et adolescents issus des quartiers les plus défavorisés sont les victimes d'un cumul d'inégalités qui induira inévitablement des conséquences dramatiques sur leur développement, leur scolarisation et leur vie future d'adultes", constate ainsi l'Unicef…
"Les enfants des quartiers prioritaires désinvestis de leur scolarité? Plus de 60% se disent angoissés de ne pas réussir à l'école marquant ainsi leur intérêt pour l'éducation et leur préoccupation pour l'avenir", indique le rapport. "Isolés, avec des entourages en faillite et dépassés? Ils sont plus de 67% à déclarer pouvoir trouver de l'aide en cas de besoin dans leur quartier et près de 42% à affirmer avoir une famille à proximité."
Des chiffres largement supérieurs à ceux des quartiers plus aisés

… "le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a, à la suite de l’évacuation de la «Jungle de Calais», rappelé à l’ordre les gouvernements britannique et français, dans un communiqué sévère déclarant : «Les événements de la semaine dernière ont montré clairement que des considérations politiques et autres ont prévalu sur les promesses initialement faites par les deux gouvernements selon lesquels la situation des enfants non accompagnés serait leur priorité.
Peu de cas a été fait en réalité de l’intérêt supérieur de ces enfants».

… Le 23 septembre, la ville de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis également, avait été mise en demeure par la préfecture de scolariser cinq enfants roms qu’elle refusait illégalement d’inscrire. Des cas d’enfants qui ne sont pas les bienvenus à l’école, le défenseur des droits, Jacques Toubon, dit en traiter tous les jours. C’est parce que les réclamations sont nombreuses qu’il a choisi le «droit fondamental à l’éducation» comme thème de son rapport 2016 sur les droits de l’enfant, publié vendredi 18 novembre. «Nous sommes frappés par le constat qu’en France, aujourd’hui, beaucoup d’enfants sont empêchés d’aller à l’école, malgré l’affirmation du droit à la scolarisation pour tous»
… Autre cas fréquent : des communes refusent les inscriptions en maternelle au motif que l’âge de la scolarité obligatoire est fixé entre 6 à 16 ans. Le défenseur rappelle que la maternelle est un droit dès lors que les parents en font la demande.
Outre des démarches administratives compliquées, la scolarisation des enfants peut être entravée par des changements fréquents de lieux de vie : nouvel hébergement d’urgence loin de l’école fréquentée, démantèlements de campements sans que soient anticipées des solutions de scolarisation…



Ce n’est pas la première fois que notre ministre Najat Vallaud-Belkacem affiche sa préférence pour les bonnes vieilles méthodes. Et on sait que la parole médiatisée est plus importante que les programmes. On se souvient peut-être de la souffrance des enseignants de  CP progressistes, en 2005, quand des parents, des maires (achat de manuels), des collègues de CE1, l’association ultra réactionnaire SOS Education, exigeaient le “retour au b-a ba” puisque le ministre l’avait dit à la télévision...
… Il est vrai qu’elle dit et fait comme Allègre, comme Lang (qui s’est félicité du retour à la grammaire comme préalable à la maitrise de la langue dans les programmes débiles de 2008)... comme Darcos et Sarkozy…

Et si on en demandait trop aux inspecteurs, dont 96% expriment «un sentiment de stress de plus en plus fréquent» ? «D’une école reconnue et respectée, nous sommes passés à une école de plus en plus soumise aux revendications individuelles», écrivent Fotinos et Horenstein.
 «D’une école où la mixité sociale était répandue et participait à l’amélioration du climat scolaire, nous sommes passés à une école qui développe les ghettos scolaires», poursuivent les auteurs de l’étude. Pour «relever ces défis», les inspecteurs, «en première ligne», ont-ils «les moyens (conditions de travail, caractéristiques du métier) nécessaires, et sont-ils aptes (motivation, moral, santé)?», s’interrogent-ils.

… «On ne constate pas de montée de la violence dans les établissements. Nos chiffres le prouvent. Chaque année nous traitons entre 5 000 et 6 000 dossiers. C’est peu en quantité. Il n’y a pas plus de violence qu’autrefois»…
… Si les cas de violence sont donc en baisse, «le passage à l’acte est, lui, plus violent et ce depuis une dizaine d’années» …
«Il y a une certaine montée de l’individualisme et de la judiciarisation. Auparavant les parents d’élèves essayaient de résoudre les problèmes en interne, maintenant ils ont tendance à vouloir régler cela en dehors, voire devant les tribunaux lorsqu’ils mettent en cause la responsabilité du professionnel»…

Le dossier est pour le moins embarrassant pour un ministère qui s’est fixé comme priorité la lutte contre les inégalités à l’école. En 2014, c’est pour donner un nouveau souffle à l’éducation prioritaire qu’il entreprend une révision de la carte des ZEP. De nouveaux réseaux d’éducation prioritaire (REP et REP +) sont définis, comprenant chacun un collège et les écoles de son secteur. Des moyens leur sont alloués : prime, allégement de service, formations, soutien aux élèves…
Les lycées sont les grands absents de cette réforme…
… Mme Vallaud-Belkacem déclare que «les enseignants des lycées qui ont vocation à être dans l’éducation prioritaire ont raison de réclamer les mêmes moyens que leurs collègues de collèges. Il faudra faire cette réforme des lycées de l’éducation prioritaire», sous-entendu dans le prochain quinquennat

25% des nouveaux professeurs des écoles exerçaient une autre profession avant. Un quart, c’est énorme non? Ce sont les données du tout nouveau rapport du Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO)[1], publié lundi 7 novembre. Les très officielles statistiques du ministère de l’éducation nationale donnent le chiffre de 16% pour le secondaire. Voilà des gens qui ont fait autre chose avant et qui se sont dit qu’ils avaient envie de passer leur journée devant trente gamins. Ils étaient, explique le rapport, salariés de la fonction publique, du privé ou chômeurs.
Une galère, vraiment?
Allez comprendre, cette proportion est en nette hausse…
… professeur est un métier vers lequel on peut s’orienter aisément puisque la porte de l'éducation nationale est grande ouverte. En effet, notre école peine à recruter. Dans une société de chômage de masse et d'intellos précaires, enseigner offre la possibilité d’un métier stable et donc d'un salaire qui ne fluctue pas en fonction des projets qui aboutissent ou non. Il est même possible de tester son appétence en devenant contractuel, ce que j’avais fait en 2015 et c’est vraiment très facile comme le montrait plus récemment un reportage d'«Envoyé spécial» diffusé sur France 2.
Du moins jusqu’au moment d'entrer dans la salle de classe

Fonds sociaux pour les collégiens et lycéens pauvres portés à 69 millions d'eurosau budget 2017.
OK.
Rappel les mêmes fonds sociaux étaient en 2001 à…. 71 millions d'euros (source: rapport Delahaye sur "Grande pauvreté et réussite scolaire", page 59).
Donc ce gouvernement n'est même pas fichu de rétablir l'enveloppe que les Assistants sociaux scolaires pouvaient distribuer il y a 16 ans, et pourtant ça fait plus de quatre ans qu'il est au pouvoir - et qu'il trouve des milliards, en revanche, pour faire des cadeaux fiscaux aux grosses boîtes du CAC40 même quand elles licencient.
Accessoirement il y avait +/- 1 million d'enfants pauvres en France en 2001.
Et il y en a plus de 3 millions en 2015.
Donc l'autocélébration de sa politique sociale par la Ministre de l'Education Nationale, comment dire que c'est consternant ? indécent ?

Si l'on en croit Jean-Michel Blanquer, c'est un "modèle éducatif équilibré, mélange réussi de tradition et de modernité, d'épanouissement et de rigueur" que propose "L'école de demain", arbitré uniquement par les acquis scientifiques, par "ce que nous enseigne l'expérience" et "ce que nous enseigne la science".  Pourtant, en 150 pages …
… Un aspect de cette hiérarchisation est la mise en concurrence des établissements. Si les résultats des lycées sont publiés depuis des années, on a vu récemment ceux des collèges connaitre le même sort à travers les résultats du brevet. JM Blanquer irait encore plus loin en publiant les résultats des écoles primaires. On accélèrerait ainsi l'éclatement du système éducatif avec tous les effets de relégation que l'on connait actuellement dans le secondaire.

Selon un sondage publié le 7 novembre par La Croix, "l’école est avant tout, estiment 77% des Français, «un lieu pour apprendre les savoirs fondamentaux». Seules 9% des personnes interrogées lui donnent pour mission première d’enseigner les règles de vie en société"... Une majorité de sondés considère qu’il est davantage du rôle de la famille de préparer à la citoyenneté (61 % pensent ainsi), d’apprendre les usages et les règles de la vie en société (80 %) et encore plus de transmettre une bonne hygiène de vie (95 %).

jusqu’ici, les familles attendaient de l’école davantage d’encadrement et une éducation globale de l’enfant. Une approche qui a contribué au succès du privé. Or selon cette étude, les Français demandent un recentrage sur le “lire, écrire, compter”. Peut-être, avec la polémique autour du genre, redoutent-ils que l’école transmette des valeurs ou une idéologie qui les gêne. Peut-être aussi sentent-ils que l’école ne peut pas tout… Si tel est le cas, on peut parler de tournant historique


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Un enseignant consciencieux qui n’avait jamais demandé à devenir directeur d’école mais que l’institution a supplié d’accepter cette fonction compte tenu de ses compétences et de son engagement au service l’école, qui  n’a eu que des rapports d’inspection favorables et même très élogieux au fil de sa carrière… Avec un petit bémol  cependant : ce directeur d’école est un dessinateur et un caricaturiste de talent qui n’hésite pas à dénoncer des abus, des excès, des malaises dans le monde enseignant et à se moquer de comportements archaïques de petits chefs…
… Et pourtant, la Justice a condamné cinq fois l’Education Nationale, avec des attendus qui sont de véritables procès des hiérarques, qui mettent clairement en évidence le caractère scandaleux de cette affaire qui n’aurait jamais su se produire si l’encadrement avait été compétent, attentif, respectueux, juste. Cinq jugements qui comprennent de nombreuses possibilités d’exploitation et de jurisprudences utiles voire salutaires pour les enseignants de base.
Et que croyez-vous qu’il advienne ?


 
 
 
 

… les classes moyennes ont été (et restent) la troupe du grand mensonge économique, culturel, politique, celui qui a permis d’occulter la «question sociale» et que l’Occident ne cesse d’exporter. …
Ce qu’il faut de courage pour aller quémander pour l’enfant une autre école, un autre collège, un autre lycée encore, toujours aller quémander dans l’espoir d’un petit mieux.»
Quand «ce qu’il faut de courage» ne marche plus, c’est «ça suffit» qui s’installe : «Ça suffit le travail, ça suffit les grèves, ça suffit les syndicats, ça suffit les politiques et ça suffit la politique, ça suffit les curés, ça suffit les plombiers, ça suffit les Polonais, ça suffit les Bulgares, ça suffit les Biélorusses, ça suffit les Roumains et puis ça suffit les Roms, ça suffit les Arabes, ah oui alors ça suffit les Arabes, ça suffit les Arabes nés en Arabie et ça suffit encore plus les Arabes nés en France, qu’ils aillent naître ailleurs, ou mieux : qu’ils ne naissent pas du tout.»

… Pour les gamins, la tentation est d’autant plus grande que le chemin scolaire est particulièrement escarpé. «25 % des enfants de Grigny atteignent le bac, alors que la moyenne nationale est proche de 80 % ! Un sur deux sort du système éducatif sans diplôme», indique Philippe Rio. Un seul chiffre résume les difficultés rencontrées par ces enfants : 60 % des élèves de troisième ne trouvent pas de stage. Faute de réseau, de pistons, faute de personnes ayant un emploi stable dans leur entourage. Pour plus d’un enfant sur deux, le premier rapport avec le monde du travail sera ainsi un contact d’exclusion…

Épique école
Mois du film documentaire 2016 : 4 au 23 novembre 2016
En 2002, Nicolas Philibert filmait pendant un an un maître d'école d’une classe unique en campagne. Son film Être et avoir, en compétition à Cannes et ayant obtenu un César, fut un des premiers grands succès public pour un documentaire en salle, et qui plus est sur cette thématique de l’école. Dix ans avant, Claire Simon présentait en compétition au Cinéma du réel son film Récréations, véritable immersion dans une cour de récréation d’école maternelle.
Encore avant cela, en 1978, Jean­-Michel Carré concevait une série de films engagés, résultat d'une réflexion collective menée par un réalisateur, un groupe d'enseignants, de chercheurs et de militants.
Ces films pionniers et emblématiques furent le départ d’une longue série de documentaires qui se sont introduits dans l’univers de l’école pour mieux en comprendre les rouages et en dépeindre les différents acteurs. Portraits d’écoliers, récits d’enseignants, nouvelles pédagogies, échec scolaire, mixité et intégration .... les thèmes sont riches et variés et dépassent aussi les frontières de notre territoire. Une trentaine de films, accompagnés de leur réalisateur et de spécialistes, permettront de faire un tour d’horizon de cette question universelle de l’école, de ses mutations et de ce qu'elle dit de notre société.

 … Pourquoi, cette fois, faudrait-il prendre la technologie au sérieux, a fortiori si l’on est confronté, comme parent, enseignant ou élève, aux inconforts tantôt cocasses tantôt affligeants qu’elle génère encore trop souvent – entre autres avanies : réseaux insuffisants, maintenance hasardeuse, outils pédagogiques singeant, parfois en moins bien, les outils traditionnels, matériels dépassés, logiciels moins conviviaux que ceux qu’utilisent les enseignants dans leur vie privée…
… Raison pour laquelle le socle de tout plan pour le numérique à l’école concerne peu les questions matérielles, surtout quand on sait à quelle rapidité tablettes et ordinateurs sont frappés d’obsolescence : le cœur du défi réside dans la capacité à former et informer les professeurs, non en prétendant que le numérique résoudrait tout, mais en faisant valoir l’aide qu’il peut apporter dans la réalisation de certains gestes professionnels – accrocher l’attention des élèves, corriger des exercices standardisés, échanger, transmettre des savoirs par des moyens alternatifs (la vidéo notamment), repérer les points de blocage masqués, etc.
Cette conviction circule désormais sous forme de truisme dans tous les congrès sur le numérique éducatif, où l’on ne manque pas de rappeler que «The killer app is the teacher».
En VF : il n’y a pas de meilleur logiciel éducatif qu’un bon professeur.

Et on voit bien que l’école publique est dans un cercle vicieux. L'éducation prioritaire est jugée peu efficace car on y envoie les professeurs en début de carrière –ce qui signifie par exemple que les congés maternité y sont plus nombreux– et ils s’empressent d'en partir, une fois que le nombre de points accumulés pour un établissement plus mixte socialement est atteint. En effet, ces établissements ne bénéficient pas réellement de plus de moyens et scolarisent les enfants des familles en difficulté, éloignées de la culture scolaire, enfants qui peuvent être issus de l’immigration, de classes populaires en banlieue, dans des villes pauvres, en zones rurales…

Pour les gamins, la tentation est d’autant plus grande que le chemin scolaire est particulièrement escarpé. «25 % des enfants de Grigny atteignent le bac, alors que la moyenne nationale est proche de 80 % ! Un sur deux sort du système éducatif sans diplôme», indique Philippe Rio. Un seul chiffre résume les difficultés rencontrées par ces enfants : 60 % des élèves de troisième ne trouvent pas de stage. Faute de réseau, de pistons, faute de personnes ayant un emploi stable dans leur entourage. Pour plus d’un enfant sur deux, le premier rapport avec le monde du travail sera ainsi un contact d’exclusion

… peuplée de 20 000 habitants, la zone de recrutement de Las Cazes est pleinement mixte. C’est la stratégie d’évitement d’une partie des familles qui a créé la non-mixité du collège. «La coercition, ça ne marchera pas. Et on sait que certaines familles sont prêtes à se saigner aux quatre veines pour mettre leur enfant dans le privé, poursuit Renaud Calvat. Notre travail désormais est de rendre Las Cazes attractif.» Mais pour les mères du Petit-Bard, ce combat est déjà dépassé. «Ce que nous exigeons, c’est que la loi sur la refondation de l’école et que ses objectifs de mixité soient partout respectés, tranchent Sana et Fatima. Notre but, c’est de mettre les institutions et les politiques face à leurs responsabilités.»

Harcèlement, usurpation d’identité, mais aussi désinformation et détournements : si les élèves de 4ème sont au courant des risques des réseaux sociaux, «ils sont dans le jeu, c’est très ludique pour eux», estime le professeur. «Le but, c’est de leur faire prendre conscience qu’il faut contrôler ces outils». Même si, comme il le reconnaît, Facebook est déjà un outil démodé pour les ados de 14 ans, qui sont plutôt sur Snapchat ou Whatsapp. «Mais même si la photo sur Snapchat est censée disparaître très vite, rien n’empêche de faire une capture d’écran et de la diffuser», rappelle le professeur, qui va avoir de quoi nourrir ses cours sur le thème «Informer, s’informer, déformer».

… Lors des réunions parents-professeurs, il est de plus en plus fréquent d’entendre des parents évoquer la «phobie scolaire» de leur fils ou de leur fille, là où je parlerais plus volontiers de détestation des réveils sonnant avant 11 heures du matin ainsi que des efforts physiques et intellectuels. S’il y a mille raisons plus ou moins bonnes de ne pas aimer aller en cours, la phobie scolaire ne doit pas être un terme passe-partout, puisqu’elle désigne un mal avéré et persistant, qui peut conduire des élèves de tous profils à refuser un beau jour de mettre le pied au sein d’un établissement scolaire.
Peur de l’éloignement vis-à-vis des parents, pression trop forte de la part de la famille ou des enseignants: les raisons pouvant mener des élèves à la phobie scolaire sont nombreuses

… «L’administration voulait la “traçabilité” des personnes comme celle des brebis. Les mêmes mécanismes étaient à l’œuvre.»…
… Il y a ainsi Christine, 60 ans, ancienne directrice d’école à la retraite, qui a refusé d’inscrire ses élèves sur le fichier informatisé Base élèves, comme le lui demandait le rectorat. Soutenue par les parents d’élèves, dans sa classe unique, elle a boycotté le fichier, sous la pression du rectorat.
Un matin, un fonctionnaire est venu chercher les dossiers papier dans l’école pour les saisir dans le fichier informatique. Avant de partir à la retraite en 2013, Christine a été sanctionnée financièrement pour avoir refusé de le faire. Elle déplore :
«On administre aujourd’hui les gens comme des choses.» …
… une quinzaine d’enseignants se sont réunis en Ardèche, pour co-écrire un texte expliquant en quoi le numérique signe, in fine, «la fin du métier». Ils sont aujourd’hui une trentaine de signataires.
«On refuse le numérique en classe parce qu’on veut enseigner»

… "Les enfants d'aujourd'hui grandissent immergés dans un monde d'écrans, ce qui a des effets positifs et négatifs sur le développement." …
… "Nous n'avons jamais eu autant de demandes de consultation pour des enfants, de plus en plus jeunes, avec des difficultés attentionnelles, des retards de parole-langage, des difficultés d'apprentissage...", souligne de son côté Carole Vanhoutte, orthophoniste et cofondatrice du groupe de réflexion Joue pense parle, au quotidien.
"Ces troubles ont pour la majorité un dénominateur commun : l'exposition précoce et intensive aux écrans."


Oh-So-British !

… Ces éloges ont-ils quelque chose à voir avec un système constamment descendu en flammes [au Royaume-Uni], un système qui se trouve de facto divisé entre “bonnes” et “mauvaises” écoles ? Un système dans lequel les plus favorisés, personnalités politiques ou célébrités, soupirent de soulagement quand ils parviennent à scolariser leur progéniture dans une bonne école en ignorant le corollaire, à savoir que d’autres enfants sont laissés à leur “mauvaise école” ?
Quel sens cela peut-il avoir pour des enseignants qui travaillent dans des établissements aux effectifs nombreux et multiethniques, où ils ont souvent affaire à des enfants aux prises avec la pauvreté, issus de familles brisées ? Quel lien ont encore ces écoles avec le modèle britannique qu’on admire tant à l’étranger ?...
… La collectivité nationale peut tirer orgueil de la qualité de ce produit d’exportation et de l’image que ces écoles donnent de l’éducation britannique à l’étranger. Le plus triste, en revanche, reste que l’immense majorité des enfants dans notre propre pays n’ait pas accès à cette qualité d’enseignement.”

British way of life


… C'est au XIXème siècle qu'émerge alors la peur de la «crise» d'adolescence, attisée par celle de la crise politique que connaît alors la France, tiraillée entre république, monarchie et empire. Alors que la jeunesse populaire est prisonnière de l'usine, on enferme la jeunesse masculine et bourgeoise dans des «collèges», internats rudes où régnaient une autorité arbitraire et un contrôle de chaque instant.
L'historienne Agnès Thiercé, auteure d'une thèse sur l'histoire de l'adolescence, a pu montrer comment cette discipline de fer a donné lieu à d'impressionnantes insurrections lycéennes, devant lesquelles les «blocages» de lycée que nous connaissons aujourd'hui font pâles figures…
les années 1990 ont constitué un virage au cours duquel on a cessé en France de considérer que les causes de l'échec scolaire étaient sociales (et donc dû au fait que l'école favorisait la culture des catégories aisées) pour envisager l'idée que ces causes étaient d'abord individuelles et devait être résolues médicalement par le diagnostic et la prise en charge de handicaps cognitifs tels que l'hyperactivité ou les troubles «dys»…

Au fond, l’enseignement privé est l’enseignement public dont rêvent les classes moyennes
… La loi Debré prévoit une "obligation de service public" aux établissements privés, qui doivent accueillir tous les enfants sans distinction d’origine ou de croyance. Mais dans la pratique, ils sont obligés de sélectionner. Et il y a des réalités dont ils ne se vantent pas mais qui existent, comme la nécessité de maintenir leur équilibre économique. L’Etat paie les salaires des professeurs, mais la participation publique ne va guère au-delà…
… Une des valeurs que les parents donnent à l’enseignement privé, c’est précisément que ces enfants issus de l’immigration n’y sont pas nombreux. Une attitude pas très chrétienne, reconnaissons-le !..

Caroline Fourest émet des oukases contre ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. Elle entretient un rapport quasi-religieux à la laïcité, dont elle s’érige grande prêtresse. Sa manière de disqualifier, c’est du Trump qui se veut de gauche…
… La laïcité est-elle en train de devenir le nouveau nom de code du racisme anti-musulman?
C’est un risque. C’est pourquoi il faut, notamment à l’école, avoir une pédagogie de la laïcité…
… Dans une certaine mesure, Caroline Fourest participe de ce discours dominant en refusant d’interroger le cœur de la société et en faisant comme si la menace venait toujours des autres. Le «sang-froid» réclamé par Briand en 1905 est plus que jamais d’actualité.

Arrêtons-nous sur les profiteurs. Il y a le libéral, urbain, riche, mondialisé, de droite. Il y a aussi le libéral, urbain, riche, mondialisé, de gauche – le bobo. Il est même pire que l’autre, car c’est un hypocrite : il appelle à une France fraternelle, mais, dans les actes, il fait tout le contraire.
Beaucoup ont jusqu’ici moqué gentiment les contradictions du bobo. Il habite en ville et glorifie la nature, mange bio mais ne comprend rien à l’agriculture, est favorable au libre-échange tout en exaltant la diversité culturelle, prend souvent l’avion mais veille à l’empreinte carbone, transforme un cinq-pièces en loft et s’attendrit devant les boutiques d’artisans, vante l’école publique et met ses enfants dans le privé, adore l’architecture industrielle et abhorre les industriels…
… Le bobo s’installe dans les quartiers modestes des grandes villes sans en chasser les pauvres, ce n’est pas la peine, le marché s’en charge tout seul, faisant au passage grimper la cote de son logement. Il est ravi quand des déclassés vivent à côté de chez lui, cela lui permet de dire qu’il contribue à la ville mixte. Mais il ne se mélange pas. « Proche de l’immigré mais pas trop », écrit Christophe Guilluy, qui ajoute que «les pratiques d’évitement résidentiel et scolaire sont la norme».

Un capitalisme d’un nouveau genre, paré de «vertus égalitaires» car offrant à tous, du «start-upper visionnaire» au «collaborateur créatif», en passant par «l’autoentrepreneur», la possibilité de s’y raccorder et de s’y épanouir. Mais dans les faits, c’est un modèle civilisationnel fondé sur la marchandisation intégrale de la vie et l’organisation automatisée de la société qui en train de s’instaurer à grande vitesse…
… Cet «enveloppement» technologique va entraîner un témoignage intégral de nos comportements permettant au technolibéralisme de s’adosser à tous les instants de l’existence, de n’être exclu d’aucun domaine, et d’instaurer ce que je nomme une «industrie de la vie» cherchant à tirer profit du moindre de nos gestes…
… Le technolibéralisme a institué des méthodes managériales laissant croire que chacun peut librement s’y épanouir. En réalité, tout est aménagé afin de profiter au maximum de la force de travail de chacun. En outre, les conditions de fabrication du hardware dans les usines asiatiques sont déplorables. Quant aux travailleurs dits «indépendants» qui se lient aux plateformes, ils se trouvent soumis à leurs exigences et ne sont protégés par aucune convention collective. Enfin, les grands groupes savent opérer des montages complexes afin de se soustraire à l’impôt. Le technolibéralisme relève de la criminalité, non pas en col blanc, mais en hoodie [sweat-shirt à capuche, ndlr]. Et pourtant ce modèle est partout célébré. Mais comment un tel aveuglement est-il possible ?..
… Il est également temps de signifier aux responsables politiques que le soutien par des fonds publics à cet anarcho-libéralisme numérique n’est plus tolérable…

… Ainsi, rappelle Wu, Google comme Facebook étaient initialement opposés à la pub. En 2006, Mark Zuckerberg, le fondateur de ce dernier, refuse même une offre de 1 million de dollars de Sprite, qui demande de repeindre le site en vert pour une journée. Le PDG estimait alors que la pub dégraderait l’expérience de l’utilisateur.
Mais ces belles déclarations d’intention n’ont eu qu’un temps.
«Gratification différée»
Aujourd’hui, Facebook comme Google règnent sur le marché en vendant notre attention aux annonceurs…
… Comment se sortir de ce carrousel infernal  ? C’est la question à 1 000 dollars qui agite tous les usagers fatigués de l’omniprésence de la pub et des techniques de manipulation de celles-ci.
Mais Wu, note le chroniquer, n’a pas de réponse très convaincante

Si ça t’intéresse il existe plein de thèses sur les IHM (interfaces homme-machine) et la psychologie cognitive qui documentent très précisément cet état de confusion qui se présente non pas quand on change «d’outil» mais quand on change de «philosophie», c’est-à-dire quand on expérimente des outils pensés et conçus différemment, dans une autre logique, avec une autre «philosophie».
Donc il est triplement faux de prétendre que «ce n’est pas parce qu’on travailla avec Microsoft un jour qu’on travaillera avec Microsoft toujours, ce n’est pas vrai»…



Sous des aspects plus ou moins folkloriques, c’est la nostalgie d’une école de la ségrégation sociale, du chacun à sa place et de l’entre-soi qui avance masquée. Car ces discours sur le «bon vieux temps» participent d’une offensive réactionnaire qui vise en réalité l’égalité et la démocratie, à l’école et au-delà…
… Nous savons qu’une école émancipatrice ne se construit pas sur le repli identitaire, sur la légitimation des inégalités ni sur le dressage ou le câblage des corps, des cerveaux et des esprits.
Mais nous savons aussi, après cinq années de refondation de l’école, sans perspective sociale et égalitaire, que ce n’est pas «d’en haut» que viendront les transformations de l’école. A l’instrumentalisation de la pédagogie par les gestionnaires du système au service du libéralisme triomphant, nous répondons par une «pédagogie critique» qui s’efforce, au jour le jour, de construire les outils dont pourront se saisir nos élèves pour s’émanciper individuellement et collectivement.

… Cette semaine, j’obéissais donc sagement aux instructions, plein de remords avec la sensation de faire une grosse bêtise. Le tableau : mes 26 CP allongés par terre dans la classe fermée à clé et plongée dans le noir, avec consigne de ne faire aucun bruit pour ne pas se faire repérer par le «méchant»… N’y a-t-il pas un problème, là ?
Certes, nous avons essayé, au moins pour les plus jeunes, de rendre l’exercice ludique : le mot «attentat» ou «terroriste» n’a jamais été prononcé, et j’ai présenté cela comme une partie de cache-cache ou «comme l’histoire des 3 petits cochons face au loup», au cas où un méchant entrerait dans l’école…
 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

… le blâme infligé à Jacques Risso par l’inspecteur d’académie, est enfin annulé. Cinq condamnations pour l’éducation Nationale. Victoire totale pour Jacques Risso …
Au tableau noir, 3 années de souffrance, des préjudices de tous ordres, considérables, des moments dramatiques, des pertes financières en termes de frais de justice, de rémunération des avocats, de déplacements, de temps perdu…
Et pas un mot d’excuse. Pas le moindre regret exprimé. Au contraire, l’arrogance est toujours de mise. On affirme même dans certains milieux que l’inspecteur d’académie attend une promotion…
… Jacques Risso a échappé au pire. Nous sommes au moins quelques uns à nous en réjouir. Nous ne laisserons pas la ouate institutionnelle cacher les souffrances qui font des velléités de refondation, une grande illusion

Le sociologue, qui a inspiré la réforme du collège en 1999, sort de son silence. Que Laurent Joffrin, journaliste de gauche, souligne la pertinence d’un diagnostic qu’il juge, lui, être une charge gratuite et simpliste contre le corps enseignant, c’en est trop. Pour lui, c’est Libé qui fait du Valeurs actuelles. C’est Libé qui déserte le camp des progressistes… Bref, un signe supplémentaire du glissement conservateur de la société. Questionner le bien-fondé et l’efficacité des réformes n’est pas l’apanage de la droite réactionnaire lui répond Laurent Joffrin...

… Après la sortie du livre de Carole Barjon consacré aux «assassins de l’école», j’avais décidé de ne pas réagir à un ouvrage mêlant les idées reçues les plus éculées, les rumeurs plus que les faits et une étrange théorie expliquant les problèmes de l’école française depuis plus de trente ans par l’influence de quelques «pédagos», dont un sociologue. Que cet ouvrage fasse les délices du Figaro, du Point et de la «fachosphère» est dans l’ordre des choses…
La loi Jospin de 1989 déclarant que «l’élève est au centre du système» apparaît comme le scandale fondateur, bien que je continue à mal comprendre ce qui est au centre de l’école si ce n’est l’élève, comme le patient doit être au centre de l’hôpital…
… Je crains que votre soutien à cet ouvrage soit un signe très inquiétant du glissement conservateur de notre société et de son incapacité à débattre sérieusement de nos problèmes…

De toute évidence, le débat sur la lecture ne met pas seulement aux prises la droite réactionnaire et la gauche progressiste. Elle divise aussi ceux qui cherchent à réduire les inégalités scolaires et à promouvoir une école pour tous. Autrement dit, la gauche. Et ce n’est pas forcément rejoindre la réaction que de s’interroger sur le bien-fondé de réformes qui, de toute évidence, peinent gravement à améliorer les choses

… Si l’on tient compte uniquement des suppressions de poste décidées sous Nicolas Sarkozy et que l’on exclut les postes créés en urgence à la rentrée 2012 par la gauche, on arrive à une estimation d’environ 80 000 postes supprimés en cinq ans.
Sur les 60 000 postes promis par François Hollande pour l’éducation, le bilan ne peut être que provisoire. Dans l’éducation nationale, qui représente le gros des postes promis (54 000), les recrutements ont pris du retard…
… Autre réserve : ces créations de poste, pour beaucoup réservées à la formation (la moitié des postes promis dans l’éducation nationale), n’ont pas suffi à faire diminuer le nombre d’élèves par classe depuis 2011, dans un contexte de hausse des effectifs.

C'est la stabilité qui l'emporte, parfois à la virgule près, aux élections des représentants des parents d'élèves. Les grands vainqueurs des élections sont les listes locales de parents dans le premier degré et les abstentionnistes au second degré. "Semaine de la démocratie" ou pas, il n'y a pas eu de sursaut démocratique à l'Ecole. ..
… Comment expliquer la faiblesse des engagements des parents ? Les parents semblent avoir intégré que leur place dans l'Ecole est secondaire. Il est vrai que la loi de refondation n'a pas sensiblement changé leur poids dans l'institution scolaire, même si la création des espaces des parents matérialise leur présence. Du moins là où cette obligation est remplie...
Le trait dominant de ces élections c'est le repli sur soi , dans l'abstention ou la liste locale. Malgré les PEDT et le périscolaire, le récit de la refondation n'a pas touché les parents.

le nombre total de logements construits entre 2012 et fin 2015 est de 20 546. Soit plus de la moitié de l'engagement du président. Avec les appartements pour étudiants dont la construction est attendue avant le 31 décembre 2016 (6274), cela porte le nombre total à 26 820 unités construites, soit 63% des 42 607 récemment annoncées. Dans les quatre mois qui suivront, le gouvernement aura-t-il la capacité de construire les 15 787 logements restants, pour respecter son engagement?  …

Dans son étude venimeuse l'Ifrap dénonce des milliers de postes d'enseignants qui ne sont pas devant élèves dans le public. C'est vrai ! Des milliers de postes sont absorbés par la formation initiale des enseignants que le ministère a remis sur pieds. Et dont bénéficient les enseignants du privé...
 Ce que recommande au final l'Ifrap c'est pour économiser de privatiser totalement l'enseignement et de le catholiciser. Pas sûr que les Français soient d'accord. Pas sûr non plus que ce soit le voeu des parents d'élèves du privé...

«Et après ?», interroge le parent inquiet, le citoyen qui, d’un PISA à l’autre, a fini par intégrer que, s’il y a un domaine dans lequel le système excelle, c’est dans sa capacité à accroître les inégalités.
Pourquoi cette absence de sursaut ? Un petit tour dans les classes suffirait à relativiser le procès en immobilisme fait à l’école : sur le terrain, c’est à un flot incessant de réformes que les professeurs sont confrontés, comme pris au piège des alternances politiques.
Reste que la France n’a pas su, comparativement à d’autres, tirer toutes les leçons de PISA…
… Mais le principal frein tient plus à l’histoire de notre école prétendument pour tous, dont on accepte depuis toujours qu’elle classe et trie. «Les résultats de PISA sont mauvais pour les élèves en difficulté, moyens pour la masse, mais le haut du panier, les enfants bien nés qui réussissent dans et par l’école, ne sont pas inquiétés, résume l’historien Claude Lelièvre. On s’en émeut par principe, mais beaucoup s’en satisfont dans les faits

Si la ségrégation sociale propre aux REP+ est forte, celle-ci a des origines multiples, notamment le niveau de ségrégation urbaine et, tout autant, voire davantage, les politiques des établissements privés qui sélectionnent leurs élèves selon des critères scolaires, sociaux et ethniques comme l’ont montré Du Parquet, Brodady et Petit en 2013. Lorsque le secteur privé scolarise si peu les enfants d’origine populaire et si massivement les élèves d’origine favorisée, il participe indirectement à la ghettoïsation des établissements de l’éducation prioritaire (Merle, 2016). Dans cette situation, l’éducation prioritaire n’est pas à l’origine de la ségrégation sociale, elle la subit

que se passerait-il si on envoyait les enseignants chevronnés en ZEP ? Et inversement, les jeunes débutants seraient-ils plus efficaces à Louis-le-Grand ? Pas si sûr !» Pour ce chercheur, le problème n’est pas tant le fait que les ZEP concentrent les jeunes enseignants peu expérimentés que l’instabilité des équipes. «Ce turnover engendre de réelles difficultés pour maintenir un ordre scolaire, construire une dynamique collective et mettre en œuvre des actions pédagogiques efficaces.»…
…«Le couronnement, en France, ce sont les classes prépas, les lycées d’élites. Dans d’autres pays, c’est l’inverse, relate-t-il. Le bon chef d’établissement, le bon enseignant, c’est celui qui finit sa carrière dans un établissement difficile

Le pays comptait 1,8 million de jeunes peu qualifiés et sans emploi en 2015, soit près de 270 000 de plus qu’en 2008. Et près du double de l’Allemagne...
... En 2012, le candidat à la présidentielle qu’était François Hollande s’était engagé à diviser par deux le nombre de décrocheurs, donc à parvenir à 67 500 d’ici à 2017. A la fin de 2015, la ministre de l’éducation nationale jugeaient l’engagement présidentiel «à portée» : mais les derniers chiffres disponibles, datant de 2014, faisaient état de… 110 000 décrocheurs...

...  "Qui veut être prof aujourd’hui ? Les redoublements ont disparu, les classes sont surchargées… Nous ne sommes plus en situation de remettre en selle les élèves en difficulté."...
... Les parents cherchent des profs tous azimuts
Les parents d’élèves, les professeurs et l’administration du lycée de l’Essouriau ont pour l’instant tout tenté pour dénicher les perles rares. «Le Bon Coin, Pôle emploi… Tout le monde cherche et active ses réseaux, se désespère Marie-Alix Duval. Les surveillants encore étudiants ont été sondés, les deux élèves de Polytechnique en tutorat aussi. Après, il faut connaître les programmes, savoir gérer une classe. Ce n’est pas satisfaisant, c’est de la survie.»...

... La Refondation va-t-elle se clore avec les questions sur laquelle elle s'est ouverte en 2012 ? Le rapport publié par le Cnesco le 26 septembre adresse à l'Education nationale un triple défi. Trois questions fondamentales que le ministère a fui en 2012 et qui lui reviennent au moment où la Refondation se clôt. Trois questions pour un futur programme de la gauche ?..
...Le Cnesco a beau jeu là aussi de montrer que les mêmes politiques, actionnées par les mêmes bureaux, sont instillées depuis plus de 20 ans sans jamais donner de résultats et sans jamais être évaluées dans une totale irresponsabilité...

... Etait-ce le bon moment pour parler de cette question ?
Le temps de la recherche n'est pas celui du politique.  Le rapport est robuste, les équipes ont eu besoin de travailler pendant 2 ans. Ceci dit, en tant que présidente du Cnesco mais aussi comme citoyenne je m’alarme de ce type d’objection. Car elles supposent qu’à la veille d’une élection présidentielle, il ne faudrait pas donner des informations objectives aux citoyens sur l’efficacité des politiques publiques pour éclairer leur vote. Le rapport est aussi utile pour la construction des programmes politiques car il montre que certaines politiques sont efficaces et d’autres pas. Par exemple, il montre que raccourcir le tronc commun du collège unique accroit les inégalités à l’école. Donc tous les programmes qui proposent de réintroduire une orientation précoce au collège baisseront le niveau scolaire général du pays et amplifieront le déterminisme social. Il semble important que le citoyen ait ces éléments d’information avant de voter plutôt qu’après...

... On se gargarise en disant : "On donne plus à ceux qui ont moins". Mais la Cour des comptes l'a montré : le mécanisme compensatoire n'affecte pas l'inégalité des ressources entre établissements chics et pas chics. Avoir 3 classes européennes dans un collège de centre-ville compense très largement les quelques moyens supplémentaires alloués au collège difficile.
Le rapport de Jean-Paul Delayahe sur la pauvreté à l'école pointe aussi la disproportion entre les fonds alloués aux classes préparatoires et ceux bénéficiant aux enfant défavorisés. ..
... Pourquoi n'a-t-on pas pris le taureau par les cornes dès le début du quinquennat ?
Je vois 2 raisons majeures. D'abord je ne suis pas convaincu que les Français désirent l'égalité des chances scolaire. Chaque fois dans l'histoire que l'on a eu des réformes éducatives visant l'égalité des résultats, cela a provoqué des oppositions extrêmement fortes, ne venant pas seulement de la droite, sur le thème : "Les élites sont menacées", "Ca va être le nivellement par le bas"....

Faut-il interdire les devoirs à la maison ? La loi a mis un terme à ce débat le 29 décembre 1956 en ce qui concerne l’école élémentaire, mais au collège, c’est une autre histoire. Ce lundi 3 octobre, ZupdeCo publie un manifeste qui prône le recours aux devoirs exclusivement sur le temps scolaire...
... En bref, le débat est vieux et toujours bien vif tant il interroge les pratiques de chacun des parents et des enseignants. Ce que reconnaît François-Afif Benthanane, qui ne tient pas particulièrement à blâmer l’Éducation nationale. "Certes les ministres changent tous les deux ans ...


En   se fondant sur  22  contributions  commandées  pour  l’occasion  par  le  Cnesco  à près   de 40 chercheurs  français  et  étrangers ,  ainsi  que  sur  des  enquêtes,  des  études  et  des  articles  publiés par  des  chercheurs  ou  des  organismes,  le  Cnesco  présente  dans  ce  rapport  un bilan global  des inégalités scolaires d’origines sociale et migratoire en France aujourd’hui. Cette analyse à visée holistique  se  déroule  en  trois  parties : tout d’abord, une définition conceptuelle des  inégalités sociales à l’école et des approches de la justice scolaire;  ensuite,  un  état  des  lieux  quantitatif présentant  ces  inégalités scolaires ;  enfin,  une  présentation  des  politiques  scolaires  entreprises depuis quatre décennies dans l’objectif de combattre les injustices sociales à l’école tant au primaire qu’au secondaire, ainsi qu’un bilan sur leur efficacité.
Qu’est-ce qu’une école juste?  Comment  décrire,  observer  les  inégalités? ...

Rapport du CNESCO - septembre 2016 :
COMMENT L’ÉCOLE AMPLIFIE-T-ELLE LES INÉGALITES SOCIALES ET MIGRATOIRES ?


...L’échec de notre politique éducative est acté, pourquoi n’avoir jamais modifié notre approche ?
En France, nous n’avons pas une tradition d’évaluation de nos politiques publiques. Et quand elle existe, on ne la regarde pas pour concevoir des réformes. On en regarde les résultats sans en tirer de leçons réelles. Ce rapport, aux conclusions assez évidentes, met en avant l’aggravation des inégalités sociales en France, confirmée par les mauvais chiffres des enquêtes internationales, mais on continue de mener la même politique depuis 35 ans. Certains acteurs nous reprochent même de ne pas avoir utilisé des méthodes scientifiques. Globalement, notre personnel politique n’a pas la culture de la reddition de comptes.
... Tout ce qu’on souhaite c’est que ce rapport et, plus largement, le travail du Cnesco enrichissent le débat public sur l’éducation. À l’heure actuelle, celui-ci est très pauvre, sans vision globale. Tout le monde reste coincé dans des postures idéologiques, entre égalitarisme et élitisme. Nous produisons des résultats scientifiques, mais tous les hommes et femmes politiques continuent de proposer des politiques inefficaces. Certains candidats parlent par exemple d’instaurer l’orientation dès la classe de 5e. ..

... Une étude, publiée vendredi 30 septembre dans la revue scientifique Education et formations, qui porte sur l’ensemble des collèges de France, souligne le poids important du privé dans la ségrégation. Il recrute davantage dans les milieux «favorisés». Et, selon les secteurs de l’enseignement, les élèves sont de plus en plus typés socialement. Il suffit de chercher où étaient scolarisés, en 2015, les 38 % de collégiens issus de milieux défavorisés : enfants d’ouvriers, d’inactifs, de chômeurs. Ils représentent 43 % des élèves du public, contre 20 % de ceux du privé. Pour ce qui est des 23 % d’élèves de familles privilégiées (cadres, professions intellectuelles supérieures, libérales, enseignants et chefs d’entreprise), ils sont surreprésentés dans le privé, puisque 37 % des collégiens y sont d’origine très favorisée, contre 19 % dans le public...
...  alors que la gauche, à sept mois de l’échéance présidentielle, doit rendre des comptes en matière de mixité sociale. Le gouvernement a beau l’avoir inscrite au cœur de sa loi de «refondation» de l’école (2013), il ne l’a concrètement mise en chantier qu’à la rentrée 2016. Et encore, sur la base d’expérimentations ...


L’extraction des matières premières qui entrent dans la composition du téléphone portablepose plusieurs problèmes éthiques. Le plus emblématique se résume dans l’expression de «minerais de sang», exploités dans des zones de conflit armé, en particulier l’or, le tantale, l’étain et le tungstène...
... Très peu recyclés et exploités, ces matériaux – parmi lesquels figurent une quarantaine de minerais et métaux précieux – représentent pourtant une véritable «mine urbaine», notent les sénateurs...
[ Rapport Sur l'inventaire et le devenir des matériaux et composants des téléphones mobiles-
 sept. 2016 ]

... l’étude de l’Organisation de coopération et de développement (OCDE) sur les compétences numériques des élèves, publiée le 14 septembre 2015, a semé le doute quant à l’efficacité de l’utilisation des écrans dans l’enseignement. «Les élèves utilisant modérément les ordinateurs à l’école ont tendance à avoir des résultats scolaires légèrement meilleurs que ceux ne les utilisant que rarement. En revanche, les élèves utilisant très souvent les ordinateurs à l’école obtiennent des résultats bien inférieurs dans la plupart des domaines d’apprentissage, même après contrôle de leurs caractéristiques sociodémographiques» ...



... Cette absence de «section mixité» dans le code de l’éducation indique qu’il n’y pas de réel cadre défini, stabilisé, mais plutôt un ensemble de recommandations. En revanche, le code de l’éducation comporte toujours les modifications induites par l’assouplissement de la carte scolaire voulue par Nicolas Sarkozy à quelques modifications près (suppression de la rubrique «autre motif» pour justifier de l’évitement du collège de secteur). Le code de l’éducation est donc porteur en lui-même de contradictions issues de compromis politiques qu’il faudra bien un jour clarifier, arbitrer...
... La décentralisation, ne vient ainsi qu’ajouter un niveau de complexité supplémentaire, notamment lorsque les collectivités concernées ne sont pas également acquises à la cause de la mixité. Le «défi» d’une politique de mixité sociale consiste donc à faire s’accorder le niveau central de l’institution, ses administrations locales, ainsi que les collectivités locales, tout ceci à propos d’une politique dont les contours restent à construire. ..

... Pour comprendre leur inquiétude, un retour en arrière s’impose. APV, RAR, CLAIR, ÉCLAIR, ZEP… L’éducation prioritaire, créée en 1981 par François Mitterrand, a endossé à peu près tous les noms. Tendance acronyme, toujours. L’idée : cibler les établissements les plus en difficultés, abritant les élèves socialement et scolairement fragiles, et leur allouer plus de moyens. Sauf qu’au fil du temps, le dispositif s’est dilué, de plus en plus d’établissements y entrant sans que d’autres n’en sortent.
En 2014, Vincent Peillon, alors ministre de l’Education, entreprend donc de réformer tout ça ...
... «Par ailleurs, il est incompréhensible de considérer que l’éducation prioritaire puisse s’arrêter à la fin du collège. Les lycées qui étaient classés ZEP recrutent dans des bassins où l’essentiel des collèges sont classés REP ou REP+. Les difficultés sociales et scolaires des élèves ne disparaissent pas par magie à l’issue du collège» ...

... Les inégalités scolaires se poursuivent jusqu’à l’insertion sur le marché du travail. Un même diplôme n’a pas le même rendement: il ne donne les mêmes chances d’obtenir un emploi selon l’origine sociale du jeune. C’est particulièrement vrai pour la voie professionnelle. Deux élèves titulaires du même bac pro n’auront pas la même probabilité de trouver un emploi. Sans surprise, l’enfant de cadre aura plus de chance de travailler que son camarade fils d’ouvrier. A trois ans de vie active, la différence des taux de chômage entre l’un et l’autre est de six points (17% contre 23%)...
... La principale explication de l’état des inégalités à l’école tient aux politiques publiques. Et en particulier, à cette politique d’éducation prioritaire menée pourtant de manière constante depuis 35 ans. «Loin de faire de la discrimination positive, elle produit en réalité de la discrimination négative, à cause des effets pervers», avance Georges Felouzis. Il va plus loin: «Mener une politique d’Education prioritaire, c’est aussi accepter la ségrégation sociale et scolaire. C’est la rendre moralement acceptable, en disant: on vous donne plus, tout en ne faisant rien pour lutter contre». ..

... Se demander pourquoi on refuse d'agir
"Les inégalités scolaires renvoient à deux maux plus larges.
Un : la structuration spatiale des inégalités. Quand vous mettez tous les pauvres et tous les immigrés ensemble dans les mêmes quartiers, il est difficile d'avoir des résultats scolaires aussi bons que dans les établissements de centre-ville ! Les résultats du Cnesco consacrent l'échec de la politique de la ville depuis 30 ans.
Deux : le système est difficile à réformer parce que les classes moyennes supérieures qui tirent des bénéfices sociaux de ces inégalités –et les professeurs en font partie- s'y opposent, soit en manifestant, soit en votant. Elles agitent les mêmes slogans aussi vieux que la massification scolaire comme la hantise du : "nivellement par le bas !" Tandis que les victimes de ces inégalités scolaires n'ont pas la parole. Elles sont absentes sur le plan politique.
L'échec de l'école est l'échec d'une société qui n'estime pas que les inégalités scolaires soient un enjeu vital… sauf quand il y a un attentat ou des flambées de violences."

.. la situation a évolué au cours des quinze dernières années, «dans toutes les administrations, l’obéissance s’est transformée en docilité.» Plus personne n’ose parler. La mixité sociale dans les établissements scolaires n’est-elle pas un enjeu d’intérêt général justifiant de s’exprimer ? Pendant ce temps, la ministre communique à tous crins. Et continue de dire que la mixité est l’un de ses combats.

... Pour l'éducation nationale, cette hausse du budget permet la création de 11 662 postes pour l'enseignement scolaire et 1000 pour le supérieur. 4 311 postes sont créés dans le premier degré pour la rentrée 2017 et 4 400 dans le second degré public. Le privé bénéficie de nouveaux 1000 postes. 2017 voit aussi la création de 600 postes de personnels d 'éducation et administratifs et 1351 d'AESH, accompagnants en CDI pour les élèves handicapés.
Cela permet d'atteindre les 60 000 postes promis en 2012 par François Hollande. Une bone partie de ces postes sont en fait des emplois d'enseignants stagiaires du fait d ela reconstitution de la formation initiale : cela compte pour 25 937 emplois depuis 2012. 20 262 postes d'enseignants auront été ouverts dans les classes en 2017 depuis 2012, dont 10 628 dans le premier degré public, 7860 dans le second et 1774 dans le privé. S'y ajoutent 1400 emplois administratifs, 4251 d'accompagnants d'élèves ne situation de handicap et 2150 d'assistants d'éducation. Ceux là n'apparaissent qu'en 2016 alors que des milliers d'autres assistants d'éducation sont en poste...
"Il peut arriver  qu'on n'arrive pas à pourvoir tous les postes avec des titulaires", reconnait la ministre ...

... Reste à savoir où sont passés ces postes. Si les crédits sont bel et bien affichés dans les lois de finances successives, dans la réalité, le ressenti est différent. Les moyens mis en œuvre ne sont pas toujours visibles, comme le pointait le rapport du comité de suivi de la loi sur l’école, paru en janvier. Les parents se plaignent toujours d’absences de professeurs non remplacées, les syndicats d’enseignants dénoncent toujours des classes trop chargées, et les rectorats ont toujours recours à du personnel précaire pour pallier les besoins...
... Par ailleurs, qui dit poste créé ne dit pas forcément poste occupé. Dans certaines disciplines, comme les lettres classiques, l’allemand ou les mathématiques, la crise du recrutement perdure et les concours ne font pas le plein. Quand un poste n’est pas pourvu, ou bien il est occupé par un contractuel, ou bien les crédits sont réaffectés ailleurs. Selon la Cour des comptes, près du quart des postes supplémentaires n’ont pas été « consommés » entre 2013 et 2015...

... Il importera au cours de cette année de scruter avec attention les formules de la politique. Elles sont rarement anodines et, autant elles surgissent et s’imposent sur les réseaux et les plateaux sans explications ni commentaires, autant elles ont été à coup sûr pesées très en amont par des conseillers, qui savent bien quels détournements il faut opérer, quels mots-clés, quelles expressions piégées il faut utiliser. La culture politique n’a pas disparu. Mais elle est devenue implicite. Les uns la ressentent sans l’exprimer. Les autres la manipulent sans le dire...
... Mais, surtout, ce danger avance désormais masqué ! Tout se passe comme si l’histoire se répétait sur certains points, mais n’avait retenu des drames antérieurs que la nécessité de déguiser les dangers à venir, pour qu’on ne les reconnaisse pas ! Il faut donc plus de vigilance encore que jamais. Et dans cette vigilance, il faut exercer celle qui porte sur le langage, sans attendre qu’il soit trop tard. Car il est certain que, comme dans toute époque de «crise», bien loin d’être un vase clos à l’écart et épargné, le langage constitue l’un des enjeux et l’une des ressources majeures, pour résister, et qu’il faut donc y veiller, comme sur la prunelle de nos yeux.



… Les républicains accusent Obama de diviser le pays. Ils se trompent. Ce qui s’est passé aux Etats-Unis lors des huit dernières années est en réalité l’apogée d’un détricotage de la société américaine qui se poursuit depuis quarante ans. Dès les années 70, les forces du conservatisme ont commencé à démanteler l’Etat social-démocrate que la gauche et le centre gauche avaient construit. Richard Nixon, puis Ronald Reagan …
… Les Américains blancs étaient fort contents d’eux-mêmes après avoir fait réélire Obama en 2012. Nombre d’entre eux s’attendaient à ce que ce geste de «générosité» les lave de leurs péchés. Ça n’a pas marché…
… L’ère Obama a donc été une époque de paradoxes de plus en plus accentués. Elu en tant que candidat de la paix, il a continué à faire la guerre au moyen de drones. Son gouvernement a été marqué par le progrès de la tolérance culturelle mais aussi par le bouillonnement de la colère raciste. Obama a fait passer une réforme majeure de notre système de santé, donnant ainsi à des millions de personnes un accès aux soins médicaux. Mais il a également été impuissant à arrêter les tueries de masse dont ont été victimes aussi bien des élèves d’école primaire que des fidèles

Les forces qui ont provoqué la montée des inégalités au cours des quarante dernières années sont toujours présentes. L’innovation récompense ceux qui se trouvent au sommet. Il y a de moins en moins d’emplois décemment payés pour la classe ouvrière.
Comment relancer l’économie américaine ?
Je commencerais par l’éducation. C’est un domaine dans lequel nous sommes très en retard par rapport à l’Europe. Nous devons intervenir de manière intensive auprès des familles les moins bien loties pour empêcher la pauvreté d’être transmise d’une génération à l’autre. Nous devons complètement réformer la manière dont nous finançons l’école élémentaire et secondaire, elle dépend pour le moment de la taxe foncière locale, ce qui entraîne une forte inégalité de ressources. Nous devons réduire le coût des études supérieures et l’endettement qu’il génère. C’est encore un autre domaine dans lequel l’Europe fait mieux que les Etats-Unis.

une mixture nutritive –d’abord vendue sous forme de poudre à diluer, puis de petites bouteilles déjà prêtes– destinée à remplacer les repas en bonne et due forme. L’objectif de ce produit qui a beaucoup de succès chez les travailleurs de la Silicon Valley. Se «libérer» de «l’obligation» de manger, qui, selon le créateur de la boisson, demande bien trop de temps, d’argent et d’énergie…

On est donc moins dans une société de la transparence que dans une société du secret  ? Ou du moins, dans une société de la transparence asymétrique, où la majorité des gens sont surveillés au travail ou par le gouvernement, tandis que le secret est le privilège des plus puissants ?
Absolument. La capacité de surveiller les moindres faits et gestes des autres, tout en cachant les siens, est la forme la plus haute du pouvoir…
… C’est le ressort central d’entreprises comme Google ou Facebook. Elles disent qu’elles doivent leur richesse et leur succès au fait d’avoir les meilleurs analystes de données et les meilleurs algorithmes. Mais ce succès tient moins à des compétences spéciales qu’à une position de pouvoir particulière, qui leur permet de surveiller tout le monde en se soustrayant elles-mêmes aux regards
… tout ceci montre la constitution et l’installation d’une élite de plus en plus unifiée, entre l’élite de la Silicon Valley, l’élite financière de New York et l’élite du renseignement militaire de Washington. Toutes les entreprises de la Silicon Valley sont en permanence à la limite de la légalité, en matière de fiscalité, de droit de la concurrence, de protection de la vie privée... Et leur avantage tient souvent au fait d’être liées à l’élite gouvernementale…
 

  AMERICAN WAY OF LIFE
 

... La prochaine fois qu’on aura envie de rire à un débat républicain,
ou à une proposition de Trump,
regardons-nous d’abord dans un miroir.



... Eux qu’on entend peu, d’ordinaire, mais que l’on sait gré de «faire tourner» les collèges et lycées, pointent tous la même dérive : la pluie d’outils informatiques, trop nombreux et peu performants, qui leur vole du temps et les éloigne du «cœur de leur métier» : l’impulsion pédagogique, la responsabilité éducative, la gestion des ressources humaines. «10 % de nos collègues citent la maintenance informatique parmi leurs trois principales tâches, s’énerve Philippe Tournier, proviseur à Paris et porte-parole du syndicat SNPDEN-Unsa. Remplir des tableaux, noircir des colonnes de chiffres, recopier des rangées de noms : on ne fait presque que ça depuis la rentrée ! Ajouté au déferlement de circulaires, d’ordres et de contre-ordres qui nous inondent du sommet, ça finit par devenir insupportable.» ...


... Et ce n’est pas que plus de gens aient le bac qui pose problème mais la reconnaissance de ce diplôme, et des suivants, sur le marché du travail:
    «Jusqu’au années 1980, les titres scolaires ont conservé la même valeur mais la seconde “explosion scolaire” (selon la formule de l’historien Antoine Prost) n’a pas correspondu à suffisamment d’emplois nécessitant ces qualifications.»...
... Plus grave, les effets s’enregistrent à long terme:
    «La politique d’accès massif de la jeunesse aux diplômes de l’enseignement supérieur, menée trop rapidement, et déconnectée du monde du travail n’a aboutit qu’à une carbonisation de la ressource que représentent les diplômés.»...
... «On est incapable de proposer un avenir meilleur aux nouvelles générations, être jeune en France, c’est subir le même désavantage relatif qu'un immigré. Mais on en parle beaucoup moins. Pour prendre un exemple concret, aujourd’hui, le gouvernement baisse les impôts et mène donc une politique fiscale en faveur des catégories âgées et moyennes et aisées qui sont concernées par cette baisse et ne choisit pas de consacrer ces ressources supplémentaires, ce “cash”, à mener des politiques plus déterminées pour les jeunes. En ce qui concerne la jeunesse, il y a eu beaucoup de quinquennats pour rien.» ... 
car pour changer un système éducatif il ne s’agit plus vraiment des lois naturelles de l’enfant et ça n’envoie pas du rêve mais il faut faire des choix stratégiques (former les enseignants, prioriser les petites classes) et budgétaires. A l’école on m’a appris que ça s’appelait la politique.

une couverture médiatique telle que la ministre a été amenée à relancer le conseil de l'innovation (Cnire). Mais qu'en pensent les professeures de maternelle ? Nous avons interrogé trois enseignantes, bien installées dans le métier, pour leur demander leur analyse d'un livre destiné au grand public. Deux mots reviennent : déception et trahison. Céline Alvarez ne fait pas l'unanimité.

... Parmi les Alvarez-sceptiques, beaucoup regrettent qu’elle soit présentée par les médias comme une enseignante révolutionnaire : bien d’autres enseignants en font autant tous les jours dans leur classe depuis des années sans tambour ni trompette et la plupart de ses propositions relèvent du simple bon sens. «Beaucoup d’enseignants cherchent à impliquer et motiver leurs élèves, développer les interactions entre les élèves, les projets, la construction des outils d’apprentissages... On n’a pas attendu Céline Alvarez», peut-on lire.
En enfonçant des portes ouvertes, Alvarez jette également le discrédit sur l’ensemble de l’école, y compris ceux qui font bouger les choses en silence ...
... On reproche aussi à Alvarez d’avoir bénéficié, lors de son expérience à Gennevilliers, de conditions tout à fait particulières : un emploi du temps en marge de l’école (pas de services pour Alvarez), une Atsem supplémentaire («payée par l’association «Agir pour l’école», présidée par le directeur de l’Institut Montaigne, think tank clairement dédié à la défense du libéralisme», note Paul Devin dans un billet de blog très critique), élèves gardés dans une même classe trois années durant, mise à disposition d’un matériel spécifique coûteux. ..

... C'est là que les difficultés commencent pour les "pédagos" : plus personne ne conteste que la reproduction des élites continue de très bien se porter en France, et que l'école y prend toute sa part...
... [Meirieu]: Moi-même, j'ai dit qu'apprendre sur des notices n'était pas pire qu'apprendre dans des manuels débiles. C'était dans l'air du temps, c'était Bourdieu avec la culture perçue comme une violence symbolique. On a eu tort."
François Dubet ? "L'école française accentue l'effet des inégalités sociales sur les inégalités scolaires. (...) C'est une énigme...", confie-t-il au sortir d'un rendez-vous avec l'auteur...

... Mais si, au lieu de parler de révolutions technologiques, on parlait de qualité d’attention, de force de concentration ? Si au lieu de rythmes scolaires, on parlait aussi de leur socle : le sommeil des enfants ? Sans un sommeil suffisant et de qualité, c’est toute la vie sociale qui se trouve minée. Mal dormir entraîne des souffrances physiques, psychiques et sociales ainsi que des difficultés scolaires importantes. Pas d’enfance heureuse sans sommeil heureux. N’oublions jamais que c’est allongés, chaque nuit, que nos enfants grandissent, mémorisent, mûrissent leurs émotions.
Cette nécessité est scientifiquement documentée. S’il n’y a pas de seuils absolus, les références sont, elles, très claires : jusqu’à 12 ans, un enfant devrait dormir onze heures par nuit. En primaire, cela signifie un coucher au plus tard à 20 h 30 pour un lever à 7 h 30 ! Qui respecte cela ? Pour les plus grands, le nombre d’heures décroît avec l’âge, mais demeure de dix heures par nuit entre 12 et 14 ans, et de neuf heures à 15 ans. Qui envoie son ado se coucher à 22 h 30 ?
On sait que les enfants ont besoin de dormir et qu’ils ne dorment pas assez. Les classes sont pleines d’enfants qui baillent et d’adolescents aux yeux mi-clos...


... Acte II de la vie lycéenne : la formule date déjà de 2013. Le 13 mai 2013, la ministre de la réussite éducative, George Pau-Langevin, présentait l'Acte II comme une révolution dans l'Ecole. " Il y a beaucoup de préjugés à combattre pour faire avancer la démocratie pour les élèves... Il faut se concentrer sur l'idée de la responsabilisation des lycéens... Responsabiliser les élèves c'est leur permettre d'agir de manière autonome en ayant conscience qu'ils devront répondre de leurs actes"
Depuis l'effort initial s'est épuisé...
... Accompagnée d'une Charte des droits lycéens, la circulaire est publiée trop tard pour avoir une application à cette rentrée. Entre la volonté du ministère de faire reconnaitre les élus lycéens et de développer la vie lycéenne et une école française qui ne reconnait pas la vie lycéenne et estime que l'élève doit attendre son élévation par le savoir avant de récupérer des droits ...

La France dépense-t-elle trop pour ses écoles ? La question revient régulièrement et elle est bien inscrite déjà dans le débat présidentiel. Avec Regards sur l'éducation 2016, l'Ocde offre une vision internationale qui permet de comparer les principaux pays développés. A l'évidence, la France dépense peu pour ses nombreux élèves.
Il y a plusieurs façons de calculer le coût de l'éducation en France...
... Ce qui est particulièrement faible en France c'est le coût salarial des enseignants.
La France se situe parmi les pays qui dépensent le moins. Le salaire moyen avec 15 ans d'ancienneté des enseignants français est nettement en dessous de l amoyenne. Au primaire il est de 34 149 $ contre 42 675 pour l'OCDE, au collège de 36 814 contre 44 407 et en lycée de 37 303 contre 46 379.
L'évolution de ces salaires, qui représentent près de 90% de la dépense d'éducation publique, est aussi nettement différente en France que dans le reste de l'OCDE. De 2010 à 2014, les salaires des enseignants ont baissé en France alors que la plupart des pays européens augmentaient les leurs.

le collectif EduNathon dénonce un marché public déguisé et pointe également la défense du service public, la préservation des droits des élèves et des enseignants à disposer de leurs données et de leur autonomie. Le risque de ce partenariat est d'"expulser les nombreuses entreprises françaises et européennes du secteur de l'éducation" et donner à Microsoft "une position la plus monopolistique possible" sur ce marché.
Une pétition, affichant 7400 signatures aujourd'hui, a par ailleurs été lancée à initiative de l'April (association de défense du logiciel libre). Enfin ce contrat a aussi choqué les enseignants…
… Aujourd'hui, seul 2% des élèves, tous niveaux confondus, sont équipés d'une tablette. Lors de cette rentrée, tous les élèves de 5e devaient être équipés, le but étant d'en fournir une à tous les élèves de collège à l'horizon 2018. Soit 3,3 millions de tablettes à acheter. Un marché colossal pour les entreprises qui le décrocheront

Le recours déposé par le collectif EduNathon contre l'accord Microsoft et l'éducation nationale a été rejeté le 15 septembre par le TGI de Paris...
...Le tribunal a estimé que l'accord n'est pas illicite et a récusé la notion d'urgence ayant justifié le référé. Pour lui il n'y a aucun dommage pouvant justifier une suspension de cet accord.


Algorithme'n'blues
Finie l’équation «une adresse = un collège» ? A Paris, une douzaine de «secteurs élargis» sont projetés dans des «arrondissements hétérogènes» – ceux où les familles sont confrontées, à quelques rues de distance, à des établissements d’attractivité et de réputation diverses. Huit arrondissements – du 10e au 14e, du 18e au 20e – sont dans la boucle de la «concertation»…
Quid de l’enseignement privé ? «Il sera inclus de différentes façons, défend-on Rue de Grenelle. On peut convenir avec lui d’objectifs de composition sociale des collèges, de stratégies de recrutement…» Reste qu’il échapperait bel et bien à l’algorithme. Le privé compte une soixantaine de collèges à Paris.

des critères qui prévalent: handicap, regroupement des fratries, quotient familial.
Ces derniers permettraient de définir quatre "groupes de priorité", des élèves favorisés aux non favorisés. "On vise un équilibre entre les groupes, par exemple on aurait 25% d'élèves de chaque groupe dans un même collège", dit-il. Et pour trancher les situations ex aequo, "le tirage au sort ou la distance entre le domicile et le collège" pourrait être pris en compte.
Mais ces mesures auront-elles un effet sur la mixité sociale alors que 34% des élèves parisiens sont scolarisés en collèges privés? Dans sa tribune, Thomas Piketty pointe "une exclusion quasi complète des classes sociales défavorisées" dans ces établissements. Il faudrait donc l'imposer. Laeticia Faivre, du Snes Paris, est d'accord: "L'algorithme seul ne peut rien

... En matière d’orientation scolaire, l’information (y avoir accès, la comprendre finemement, en maîtriser les tenants et aboutissants) est un avantage crucial. La sociologie de l’éducation nous apprend que les catégories favorisées tirent profit de leur bonne connaissance du système éducatif (langues, options, filière sélectives). Même si, bien entendu, des informations et des conseils sont donnés dans le cadre du lycée et collège. C’est aussi un sujet qui fait couler beaucoup d’encre. Les articles sur le sujet pullulent à partir du mois de janvier (date à laquelle commencent les choix sur APB). Et la profession de coach d’orientation se développe, car il y a un marché en France: l'inquiétude est grande et les procédures sont ressenties comme stressantes par les familles et les élèves...
... en France, «on ne donne pas aux parents tous les éléments sur les paramètres d’affectation. Affelnet peut donc logiquement créer de l'anxiété dans les familles»...
... Les algorithmes ne sont pas une mauvaise chose en eux-mêmes, le problème demeure la culture à laquelle ils se greffent. En l’occurrence, une culture de l’élitisme associée à un attachement persistant à l’opacité (administrative).

 
 
 

 


 

comment des pédagogues inventifs et généreux de l'Europe entière essayèrent de rendre impossible un nouveau conflit. Une expérience riche d'enseignements aussi pour la situation actuelle. 
Le film de montage que diffuse Arte ce mercredi 7 septembre, Révolution École de Joanna Grudzinska, est passionnant à plus d’un titre. Et aussi à la fois inquiétant et stimulant. Construit à partir d’un nombre impressionnant d’archives visuelles (films et photos), il accompagne l’aventure des nouvelles pédagogies qui fleurirent dans toute l’Europe à l’issue de la Première Guerre mondiale…
… la montée des nationalismes et des replis identitaires dans toute l’Europe actuelle, une Europe désormais en panne d’imaginaire commun. Le récit des expérimentations d’alors rappelle que les transformations de mentalité permises par l’éducation sont fragiles, réversibles

Les deux tiers des Français (65%) se déclarent favorables au rétablissement de l’uniforme à l’école, un score en progression sur cinq ans (50% en 2011)…

… C'est aussi un sujet moins clivant qu'il ne pourrait paraître, puisque deux tiers des sondés assurent donc souhaiter un retour de l'uniforme. C'est à droite que ce chiffre est le plus élevé (79%) et cela ne surprend pas vraiment Yves-Marie Cann, directeur des études politiques de l'institut Elabe. Pour lui, ce résultat traduit l'aspiration forte à un retour de l'autorité à l'école:
«Les Français attendent une verticalité au sein de l'Éducation nationale et dans la salle de classe, et l'uniforme marque aussi une certaine forme de discipline et de respect par rapport à l'institution scolaire et par rapport au personne enseignant.»
Quelques candidats en course pour la primaire de droite ont d'ailleurs déjà indiqué qu'ils y étaient favorables…
Bref, un foisonnement de sondages montrant une majorité réelle mais avec des motivations très différentes, ainsi qu'une multiplication de propositions politiques, le tout pour un effet pourtant plus qu'incertain: un article de The Conversation, publié en décembre 2015, ne montrait ni résultats positifs, ni résultats négatifs clairs de l'uniforme sur le comportement des élèves.

L’uniforme ne permet pas de lutter contres les inégalités, il permet seulement d’en masquer certaines, au sein d’un groupe donné, de manière lacunaire et superficielle. Peut-être que tous les hommes et femmes politiques qui se repaissent de ce débat sur l’uniforme devraient, plutôt que de vouloir cacher le problème avec un bout de tissu, s’attacher à le regarder en face et se poser la seule question: comment faire mieux réussir les enfants des catégories populaires qui pâtissent d’un vrai désavantage au sein du système scolaire français?



dans l’état actuel du droit, le libre choix des parents d’un établissement en fonction de son caractère propre est une liberté fondamentale reconnue par le Conseil constitutionnel en 1977 (ainsi que par la Convention européenne des droits de l’homme).
En revanche, rien n’interdirait de moduler le financement des établissements scolaires en fonction de leur composition sociale. Beau débat pour une campagne présidentielle. A condition d’avoir le courage de l’ouvrir.

... L’école doit-elle permettre aux enfants de s’émanciper? Si l’ouvrage de Charlotte Magri démontre qu’elle en convaincue, il souligne aussi à quel point cet objectif semble aussi lointain qu’incertain, lorsqu’au quotidien les effets de la massification scolaire renforcent de manière prégnante les inégalités. Tout au long de l’ouvrage, elle s’attaque aux normes qui régulent les discours et les pratiques. Dans la première partie, Charlotte Magri propose ses propres définitions de mots et d’expressions qui peinent à se traduire en actes: Projet d’école, Ambition réussite, Segpa, Cliss, Refondation de l’école...
... À vrai dire je ne sais pas si tout le monde sent l’urgence. On a une institution qui a hérité d’une histoire et qui a été construite par rapport à une histoire. À savoir qu’on a voulu élargir un modèle qui fonctionnait très bien pour un sous-groupe socioculturel [ayant des ressources sociales et culturelles élevées, ndlr]. Nous avons massifié. Nous n’avons pas su démocratiser. Pour arriver à la démocratisation, il faut accepter que chaque enfant est différent ...
...  vous dites qu’on est face à une école qui veut s’adresser à tous quels que soient les enfants et quels que soient les enseignants, mais avec un écart entre les discours et les actes et un accroissement des inégalités…
Dans notre société, l’enjeu est dans nos représentations. On ne sait pas vivre ensemble. Donc on ne peut pas le transmettre à nos enfants.
 


… Julien Grenet reste plus prudent: "Ce n'est pas absurde mais inclure le privé n'est pas la première chose à faire. Il faut d'abord utiliser les leviers que l'on a pour diminuer la ségrégation dans le public. Ce n'est pas une réforme facile et sa réussite va dépendre de la concertation dans chaque arrondissement de Paris." A sept mois de la présidentielle, il s'agit surtout d'éviter une nouvelle guerre scolaire.

Mais le point noir de la rentrée, pour la Peep, c'est le périscolaire et les nouveaux rythmes. 51% des parents d'enfant scolarisé au primaire déclare que les activités périscolaires sont payantes, un taux très supérieur à celui indiqué par le ministère. Moins de la moitié est satisfaite des activités proposées. 72% des parents jugent le nouvel aménagement du temps inadapté à la maternelle. Et 78% juge que la réforme des rythmes n'a pas fait progresser leur enfant dans ses apprentissages.
Les parents mal informés sur les réformes
"Cette réforme est un échec pour les parents", juge V Marty. "Une grande majorité la rejette. On ne va pas revenir à la semaine de 4 jours mais il faut l'améliorer par exemple repenser les horaires. Il faut permettre des matinées plus longues et une annualisation du temps scolaire"…

Que fera le prochain gouvernement de la réforme du collège? Quelle est la durée de vie de ces programmes? Nicolas Sarkozy a déjà annoncé que s’il était élu il abandonnerait la réforme du collège.
Et paradoxalement, un brutal retour en arrière ne serait pas forcément bien accueilli, prédit Michel Tournier, notamment par les enseignants qui auront beaucoup travaillé à sa mise en place.
«Les mêmes qui manifestaient contre s’élèveront contre son abrogation.»
La seule chose qui ne change pas, c’est le manque de consensus, l’impréparation et le détricotage de ce qu’a fait le gouvernement précédent. Les ministres successifs auront peu de chance de remporter l’adhésion des enseignants en traitant l’éducation de la sorte.

L’augmentation du nombre de bacheliers prouve-t-elle la réussite d’une telle politique ? Les correcteurs du bac le savent bien : ces résultats sont obtenus trop souvent au prix de consignes d’indulgence, de moyennes générales fixées à l’avance, de barèmes au-delà de 20. Mais ces trucages ne résistent pas au verdict de la 1re année d’université : plus de 40 % d’étudiants abandonnent l’université sans diplôme. Les résultats des enquêtes du Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves de 2012 (PISA) ne plaident pas pour notre système,...
Ceci dit, rassurons-nous : il reste les lycées publics bien cotés où un tri est fait à l’entrée en seconde, et des écoles privées. Voici pour l’égalité des chances

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