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Une nouvelle loi oui, mais celle de Fillon sera "a minima"
selon Hervé Hamon

17/11/04 -  L'écrivain Hervé Hamon, auteur de "Tant qu'il y aura des élèves", estime dans un entretien accordé à l'AFP qu'une nouvelle loi d'orientation sur l'école n'est pas inutile, 15 ans après celle de Lionel Jospin, mais craint que le texte de François Fillon soit "a minima". 

Question : Pensez-vous qu'il fallait une nouvelle loi ? 

Réponse: Il n'est pas du tout inutile que la France se mette à jour de ce qu'elle attend de son école. La loi de 1989 avait beaucoup de qualités, notamment une ambition démocratique. Mais elle n'a pas réussi à faire en sorte que l'école gagne suffisamment en équité. Notre école est inégalitaire: il y a le bac des riches et celui des autres. Notre école est sexiste: les filles sont les meilleures mais elle ne touchent pas les dividendes de leurs efforts. Notre école discrimine: nous avons laissé se constituer au sein du service public de véritables zones de relégation. C'est tout ça l'urgence. 

Q: Pensez-vous que la loi Fillon améliorera ces défauts ? 

R: Je crains que ce soit une loi a minima. La montagne du grand débat risque d'accoucher d'une souris réactionnaire. Je pensais à la rentrée que les déclarations démagogiques de Fillon sur le redoublement, la dictée, la punition collective étaient purement tactiques. Je m'aperçois que ces déclarations correspondent à une idéologie sincère.

Le ministre de l'Education considère cette loi comme une patate chaude dont il faut se débarrasser le plus rapidement possible car il ne veut pas mettre les profs dans la rue. En revanche, il me semble que Matignon et l'Elysée tiennent à ce que cette loi d'orientation ait un réel contenu.

Q: Vous attendez-vous quand même à de bonnes mesures ? 

R: Reprendre le socle de compétences et de connaissances, c'est une idée ambitieuse, à condition, en matière de programmes, qu'on sorte de la guerre des lobbies disciplinaires. C'est pourquoi il faut mettre sur pied une instance extérieure à la rue de Grenelle. Mais on n'atteindra pas 100% d'élèves sortant qualifiés si on n'introduit pas dans l'Education nationale une véritable gestion des ressources humaines, c'est-à-dire des procédures d'affectation et d'évaluation des enseignants plus efficaces, plus humaines aussi

Deux livres auscultent la bête «Education nationale» et son égalitarisme de façade.
Quand l'école fait comme si...

Par Emmanuel DAVIDENKOFF - Libération -  30 août 2004


C 'est la même histoire, racontée à partir de deux points de vue. Paysage : le système éducatif. Premier regard, celui de Bruno Descroix, 33 ans, professeur de mathématiques, qui vient de boucler six ans dans un lycée du «9-3», au coeur de «l'école de la périphérie» (concept forgé par la sociologue Agnès Van Zanten) où se joue une partie décisive pour l'avenir de la société : sa capacité à combattre par le scolaire les inégalités sociales les plus criantes. Second regard, celui de l'écrivain et éditeur Hervé Hamon, 57 ans, ancien professeur de philosophie, auteur avec Patrick Rotman d'un classique intitulé Tant qu'il y aura des profs, paru en 1984 au Seuil, et qui a de nouveau sillonné, vingt ans après, des dizaines de collèges et de lycées, rencontré des centaines d'acteurs de l'éducation. Deux points de vue donc mais une même histoire. 

D'abord celle d'une vaste entourloupe. Rarement la capacité de l'Education nationale à construire des villages Potemkine pour s'autolégitimer aura été aussi bien mise en scène. C'est l'école qui fait «comme si» (Hamon). Comme si les individus étaient «interchangeables» (qu'il s'agisse des élèves ou des personnels) ; comme si l'autorité avait disparu sous les coups de boutoir de la modernité en général, et de mai 1968 en particulier ; comme si une féroce compétition ne régnait pas à tous les étages, produisant mécaniquement humiliation et exclusion au nom des vertus de la méritocratie ; comme si un bac valait un bac, un collège un collège, un lycée un lycée ; comme si l'orientation était choisie par les élèves au nom d'un «projet» porteur d'avenir (notation cocasse dans le Descroix : si, sur le site web d'un lycée, une option est accompagnée de la mention «"n'implique pas une orientation vers une filière" [technique ou professionnelle], c'est en général qu'elle y conduit plus ou moins directement») ; comme si les clivages syndicaux décrivaient des clivages politiques alors que le Snes-FSU (censément de gauche) glisse tranquillement (?) sur les plates-bandes du Snalc-Csen (censément réac et de droite).
 

Et cætera, car on pourrait égrener longtemps les symptômes de l'égalitarisme de façade qui permettent à un système construit pour trier le bon grain nanti (au moins culturellement) de l'ivraie démunie (et généralement pas très blanche) de survivre au nom de l'émancipation des personnes et des esprits. Et, au passage, de rejeter tout ce qui viendrait compenser les effets ravageurs de cet égalitarisme, au nom de la lutte contre la «marchandisation» ou le «libéralisme». Apartheid ? Hamon lâche le mot et interroge : «Préférons-nous nous accommoder d'une sorte d'apartheid scolaire qui n'est pas la conséquence de l'inégalité des talents et des performances mais bel et bien une pratique ségrégative multiforme qui n'ose pas dire son nom ?» Depuis vingt ans, l'école répond par l'affirmative, ce qui ne l'a pas empêchée, comme le montrent les deux auteurs, de répondre avec succès à plusieurs défis majeurs dont celui de la massification (mais les progrès furent aussi qualitatifs, Hamon en donne de nombreux exemples).
 

Ensuite, l'histoire d'individus. Une tout autre histoire : en l'espèce, les personnes (et notamment les personnels) ne sont pas réductibles au système qu'elles contribuent à faire vivre et réciproquement. La galerie de portraits est splendide. Autoportrait pour Descroix, qui avoue des premiers cours «catastrophiques», et qui a été puiser dans les livres et les rapports des réponses à un questionnement que l'on devine constant et lucide. Portraits pluriels chez Hamon, qui a observé, «comme deux décennies plus tôt, le même phénomène paradoxal : tout collègues qu'ils sont, les profs disent "les profs" quand ils parlent des profs». Il en conclut que «les profs n'aiment pas "les profs"», qu'ils «goûtent leur métier, gardent souvent le feu sacré, mais détestent la paroisse». Une explication, parmi d'autres, est donnée par Clarisse, agrégée de maths dans un collège lillois : «Je crois que nous avons tous, plus ou moins, le sentiment de vivre une imposture.»
 

Enfin l'histoire d'un vertigineux sentiment de solitude, illustré aussi bien par les témoignages recueillis par Hervé Hamon que par Bruno Descroix ­ «combien de temps faudra-t-il avant que le ministère de l'Education nationale comprenne que le sentiment d'abandon qui accompagne leur mise en oeuvre condamne par avance toutes [les] réformes ?» Hamon rapporte quelques anecdotes ahurissantes sur la «gestion» des ressources humaines au sein du mammouth, dont on rirait volontiers si elles ne contribuaient pas à briser menu les intentions les plus louables. A l'Education nationale, le sentiment le mieux partagé est l'injustice, ce qui rapproche en un sens enseignants et élèves.
 

Reste une question à laquelle les deux auteurs ne répondent qu'en creux : à qui profite le crime ? On craint de deviner qu'il n'y a pas de coupable aisément identifiable et c'est sans doute le plus inquiétant : le «système» a atteint une autonomie que nulle volonté collective ne semble en mesure de contrecarrer. Restent heureusement, si l'on change de focale, les «petits miracles» du quotidien. Le prix de ces livres est de raisonner à double échelle. On en sort aussi inquiet par l'approche «macro» qu'optimiste quand les auteurs s'attachent au «micro».



Tant qu'il y aura des élèves, Hervé Hamon, Seuil 
Demain les profs, Bruno Descroix, Bourin Editeur 


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