alternatives éducatives : des écoles, collèges et lycées différents
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I Obligation scolaire et liberté I Des écoles différentes ? Oui, mais ... pas trop ! Appel pour des éts innovants et coopératifs |

Une secte au sein de l’Église catholique ?
Sulfureuses Béatitudes

Un religieux de la communauté des Béatitudes mis en examen pour agressions sexuelles

sa hiérarchie était au courant depuis 1998
Dans un courrier adressé il y a un mois à l'ensemble des membres des Béatitudes, il [frère Ephraïm, fondateur de la communauté]
explique son peu de foi dans la justice des hommes, et cite la Bible :
« Lorsque vous avez un différend entre vous, comment osez-vous le faire juger par des païens et non par les saints ? »

La controversée communauté des Béatitudes est aujourd'hui au coeur d'investigations pour « mauvais traitements ou atteintes sexuelles ».
Les témoignages d'un ancien élève et des parents d'un jeune qui s'est donné la mort sont édifiants.

«Nous demandons aux évêques de France d'arrêter de prier et d'agir»,
ont insisté les quatre exclus, une religieuse, un prêtre et deux laïcs

DIEU EST AMOUR
Bienvenue chez les Béatitudes
Huit anciens enfants abusés par un frère de la communauté des Béatitudes se sont suicidés. L'Église n'hésite pourtant pas à lui envoyer des curés pédophiles dans l'espoir d'une guérison ...

D'ordinaire, les catholiques un peu allumés des Béatitudes savent cultiver leur image.
À Nay, dans sa circonscription des Pyrénées­Atlantiques, un homme politique de premier plan comme François Bayrou ne nie pas les fréquenter. Bien que légèrement plus distante avec le Renouveau charismatique depuis Benoît XVI, l'Église se félicite de pouvoir compter sur la force d'attraction de ce nouveau mouvement spirituel, présent dans 65 diocèses et 30 pays.
Pas plus tard qu'en février dernier, le journal de France 2 nous vantait ses mérites thérapeutiques: l'Église lui enverrait certains prêtres pédophiles pour qu'ils méditent, dans l'espoir d'une rédemption. La communauté doit parfois aussi gérer ses propres cas. Comme le frère Pierre-Étienne, l'un des fondateurs, membre de la communauté des Béatitudes depuis trente ans, qui a récemment confessé avoir agressé plus de cinquante mineurs, âgés de 5 à 13 ans, entre 1985 et 2000 ..

Il aura fallu la plainte d'une jeune fille en 2003 et le début d'une enquête judiciaire pour qu'un de ses collègues de l'abbaye de Bonnecombe, près de Rodez, se décide à alerter sa hiérarchie. Les versions divergent, mais certaines victimes semblent penser qu'elle savait depuis 1998. Le frère a finalement été exclu, après avoir été mis à l'écart des enfants. Mais ce n'est pas la seule affaire qui embarrasse cette communauté, qui fonctionne comme une secte (voir ci-dessous).

Plus récemment, des élèves du cours Agnès-de-Langeac et du lycée privé de l'abbaye d'Autrey, deux «écoles» privées tenues par les Béatitudes, ont dénoncé des attouchements sexuels. Huit anciens élèves ont mis fin à leurs jours, quinze ont porté plainte. Interrogé par Le Parisien, Nicolas Le Port-Letexier, l'une des victimes, explique que les enseignants étaient en général des bénévoles, souvent peu compétents. Quand les enfants tombaient malades, on les exorcisait car, être malade, c'était être «infesté diaboliquement». Lui-même victime d'attouchements, Nicolas Le Port-Letexier a alerté pas moins de quatre évêques. Tous l'ont envoyé promener. On lui a même répondu que «seul le silence [étancherait] sa soif de justice». Bon chrétien, avant de mettre sa lettre au panier, l'évêque lui a quand même gentiment signalé une faute d'orthographe.

FIAMMETTA VENNER - charlie hebdo - 30 07 08

Secte attitude
Fondée par le frère Ephraim et implantée en France en 1973 à l'initiative de deux couples, la communauté des Béatitudes s'est d'abord appelée communauté du Lion de Juda et de l'Agneau immolé. Elle appartient à ces «communautés nouvelles» nées avec Vatican II et bénéficie, depuis décembre 2002, d'un décret de reconnaissance. Elle fait donc partie de l'Église.

Il existe plusieurs groupes de fidèles. «les Amis de l'Agneau» partagent la vie de la communauté à certains moments, mais vivent au cœur du monde laïque. Les «membres des Béatitudes de la Sainte Famille», mariés ou pas, vivent en communauté. Son objet parait sympathique: les membres disent avoir «en commun le désir d'imiter le plus possible le modèle de la communauté chrétienne primitive par la vie commune" le partage des biens, la pauvreté volontaire, (...) ainsi qu'un engagement actif dans le service des pauvres et l'annonce de l'Evangile». Dans la réalité, le partage des biens s'apparente plutôt à un appauvrissement des adeptes au profit des «bergers», et la vie commune à une suppression totale de l'intimité.

Depuis 2006, frère Ephraïm est recherché par la police. D'anciens adeptes, notamment Myriam et Pascal Michelena (*), ont porté plainte pour «abus de faiblesse» et «travail dissimulé». Il est vrai qu'en fait de pauvreté, chaque bien des adeptes étant lourdement taxé, le patrimoine immobilier des Béatitudes est impressionnant.

Mais, surtout, sous des allures new age la communauté des Béatitudes diffuse un catholicisme exalté ultraréactionnaire, proche du protestantisme évangélique, fait d'une doctrine hostile au droit à l'avortement et à l'homosexualité et d'une pratique à base de guérisons par contact, d'exorcisme, de séances de «parler en langue» et de transe.

F. V. - charlie hebdo - 30 07 08
(*)  lire Les Marchands d'âmes. Enquéte au cœur des Béatitudes: les « thérapies chrétiennes » en question (éditions Golias).
« Main basse sur l'école publique »

L'Éducation Nationale est accusée de « fabriquer des crétins » et d'entretenir le « chaos pédagogique », l'insécurité et le chômage. Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dévoilent la signification de ces mesures : des associations de libéraux et de catholiques conservateurs proches du Front national et de l'Opus Dei sont à l'origine de ces propositions. 
Au nom de la liberté de choix, on prépare une privatisation de l'Éducation

POUR LA LIBERTÉ D'INSTRUCTION   disent-ils...

   Des écoles "indépendantes", disent-ils ...
Carqueiranne : bataille autour d'un école traditionaliste

Réforme de la Protection de l'enfance (deuxième lecture au Sénat, à partir du 12 février 2007)
l'Assemblée nationale a créé un nouveau titre IV dans le présent projet de loi, consacré à l'enseignement.
<</.../ - Tout en reconnaissant que la possibilité laissée aux familles de choisir l'instruction à domicile est une modalité essentielle de la liberté de l'enseignement, elle a souhaité encadrer cette pratique, afin de limiter autant que possible son instrumentalisation par les mouvements sectaires. Le texte prévoit en conséquence une limitation à deux du nombre de familles autorisées à donner en commun une instruction à domicile à leurs enfants.
Si votre commission approuve les objectifs poursuivis, elle constate que cette limitation est en réalité moins rigoureuse que celle appliquée par la jurisprudence de la Cour de Cassation qui considère que l'enseignement domestique doit concerner exclusivement les enfants d'une même famille ; au-delà, les parents doivent se soumettre à la législation sur les établissements scolaires hors contrat. Elle vous proposera donc de consacrer par la loi cette jurisprudence. /.../>>

un projet de décret veut regrouper des écoles de communes rurales
au risque conduire à des fermetures

 Et pendant qu'au Sénat on parle du sexe des anges,
(réforme de la "protection de l'enfance")
l'amendement Seillier (MPF) vole à la rescousse des écoles "familiales" dites "indépendantes" :
("/.../ Il est donc nécessaire de permettre aux familles qui le souhaitent, vivant dans un proche environnement,
de se regrouper pour organiser l'instruction à domicile de leurs jeunes enfants. /.../ "
= tout bénéf. pour le medef
... et d'autres !

M. le Rapporteur : "Si nous adoptons le sous-amendement, nous allons envoyer un message extraordinaire :
il suffira de s'installer en montagne pour se soustraire à la loi et à la circulaire de 1999. 
Nous pouvons au contraire développer un service public adapté. 
Je souhaite le retrait du sous-amendement."
L'amendement 6 est adopté, ainsi que l'article 22, modifié.

Article 22 (nouveau)
Le quatrième alinéa de l'article L. 131-10 du code de l'éducation est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Il vérifie notamment que l'instruction dispensée au même domicile 
l'est pour les enfants d'une seule famille. »

La commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale a approuvé mardi 13 février, sans modification, 
le projet de réforme de la protection de l'enfance, adopté la veille par les sénateurs. 

Adoption définitive du texte par les députés le 22 février 2007.

- Loi "Prévention de la délinquance" (Article 9)

  Le Code de l'éducation 
 

Article L131-10
(Loi nº 2005-380 du 23 avril 2005 art. 8 Journal Officiel du 24 avril 2005)

  Les enfants soumis à l'obligation scolaire qui reçoivent l'instruction dans leur famille sont dès la première année, et tous les deux ans, l'objet d'une enquête de la mairie compétente, uniquement aux fins d'établir quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables, et s'il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille. Le résultat de cette enquête est communiqué à l'inspecteur d'académie, directeur des services départementaux de l'éducation nationale.

est ainsi modifié : 
 - 4°) Dans la première phrase du premier alinéa de l'article L. 131-10, après les mots : «l'instruction dans leur famille», sont insérés les mots :«, y compris dans le cadre d'une inscription dans un établissement d'enseignement à distance, ».



- Réforme "Protection de l'enfance" (art. 22) :

Le quatrième alinéa de l'article L. 131-10 du code de l'éducation 
 

Article L131-10
(Loi nº 2005-380 du 23 avril 2005 art. 8 Journal Officiel du 24 avril 2005)

   /.../    Ce contrôle prescrit par l'inspecteur d'académie a lieu notamment au domicile des parents de l'enfant. /.../

est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Il vérifie notamment que l'instruction dispensée au même domicile l'est pour les enfants d'une seule famille. »


Les lois "Prévention de la délinquance" et "Réforme de la protection de l'enfance" ont été adoptées par l'Assemblée Nationale le 22 février 2007.

Décrets et circulaires d'application : à suivre...


    Les défenseurs de la Liberté (d'Instruction, etc...) - les "libertaires" en somme ?! ... Non ?  - 
s'insurgent :
 

, "le seul quotidien de la presse nationale et chrétienne" (N°6275, 14 02 07)
"La fin des écoles familiales 
Sans faire de bruit, dans la discrétion feutrée d'une assemblée de sages, le Sénat vient de mettre fin à l'une des dernières libertés concrètes d'éducation restant aux familles qui veulent faire échapper leurs jeunes enfants au décervelage et au pourrissement organisés par l'Education nationale. 
En adoptant en deuxième lecture, jeudi soir, le projet de réforme de la « protection de l'enfance »,
le Sénat a mis fin à la possibilité de scolariser à domicile les enfants de plusieurs familles."

Le "Collectif Pour la Liberté d'Instruction" : "L'amendement n° 6 a été adopté : L'INSTRUCTION EN FAMILLE EST LIMITEE AUX ENFANTS D'UNE MEME FAMILLE ! "

Caelum et Terra : "C’est à raison que Jeanne Smits estime qu’une liberté fondamentale disparaît ainsi, sans éveiller la moindre réaction. Au moins, apparente. Je sais pour ma part qu’il y a eu des tentatives pour arrêter le mouvement. En vain, semble-t-il !"
 

 


La secte qui prospère avec la bénédiction de l'Église

La communauté des Béatitudes et son gourou, Ephraïm
vident les portefeuilles des bonnes âmes. 
Et le Vatican ne bronche pas. 

A  la suite d'une embrouille avec les services fiscaux français, Ephraïm, fondateur de la très catholique communauté des Béatitudes, vient de délocaliser une partie de ses activités sectaires en Suisse. Gérard Croissant, de son vrai nom, et ses ouailles charismatiques échapperont peut-être ainsi à la justice des hommes. 
Il était temps. Jean-Michel Roulet, le président de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) - qui rendra son rapport annuel le 24 janvier -, assure qu'« un faisceau concordant d'éléments justifie pleinement que la justice soit saisie ». Car « des familles nous ont décrit des situations que l'on peut qualifier de dérives sectaires ». Et les pratiques financières de cette drôle de communauté font déjà l'objet d'une information judiciaire au tribunal de Castres. 

Patrimoine divin 
Ephraïm est à la tête d'une véritable entreprise familiale. Son épouse, Josette, en est l'experte-comptable. Ses frères et soeurs, beaux-frères et belles-soeurs dirigent les différentes succursales. La communauté des Béatitudes compte, à l'en croire, 75 implantations à travers le monde. Dont une trentaine en France. Chaque « maison » est conduite par un « berger » qui soigne les âmes et gère un joli patrimoine immobilier, acquis depuis 1973. 
Les « Béatitudes » se nommaient alors le « Lion de Juda" (« Le Canard » du 17 août 1988 et du 2 mai 1990) et prétendaient être à « l'image des communautés primitives », les vraies, les pures, les dures. Avec la bénédiction du Vatican, ces charismatiques ont, peu à peu, récupéré monastères et abbayes laissés à l'abandon par des religieux vieillissants. Une sorte d'héritage spirituel. .. 

A Nouan-le-Fuzelier, en Sologne, le « berger » et ses « frères et sœurs » ont ainsi hérité d'un « bel ensemble », composé d'une ferme, d'une grange, de quelques écuries et d'un pavillon de chasse du XIX°. Sans oublier 30 hectares de terrains et forêts alentour. C'est peut-être là, le royaume de Dieu ... A moins que ce ne soit en Seine­Maritime, où « la Maison du coeur de Marie » tient plus du château que de la crèche, ou bien encore en Côte-d'Or, où les Béatitudes possèdent un impressionnant domaine baptisé « Notre-Dame-des-sept­douleurs ». On les plaint. 
Ces braves gens ont pourtant fait voeu de dénuement. C'est écrit dans leurs statuts : « Par leur engagement de pauvreté, tous les membres de la communauté choisissent librement de ne plus rien avoir en propriété personnelle, mettant tout en commun 
(. .. ). » Concrètement, le fidèle « verse normalement à la maison commune ses revenus (salaires, retraites, pensions, allocations, assurances) et les dons qu'il reçoit ». Et même les héritages. 

Ainsi, la famille M. s'est retrouvée dépouillée de ses maigres économies. Pascal et Myriam, avec leurs deux enfants en bas âge, ont séjourné trois ans au château Saint-Luc, dans le Tarn. Jusqu'en 2003, ils y ont occupé différentes fonctions: jardiniers, secrétaires, infirmiers. «Nous n'étions bien entendu jamais rémunérés, raconte le couple. Il nous était demandé de verser une dîme sur les allocations familiales, le RMI et les dons que nous recevions de notre entourage. » Logée modestement et gracieusement, la famille M. était nourrie, selon la plainte qu'elle a déposée, « grâce à des marchandises périmées données par des commerces. Les repas étaient préparés dans des locaux totalement inappropriés ». Décidément, rien ne remplace les nourritures spirituelles ... 

En attendant, la petite « entreprise » d'Ephraïm et de ses « bergers » engraisse. Les Béatitudes ont ainsi créé plusieurs associations ou SARL écrans, agréées par l'Etat comme « centres de formation continue », et donc non soumises à la TVA. Des centaines de bedeaux nantis viennent, chaque année, y « guérir de leur histoire familiale » grâce à des techniques « psycho­spirituelles », de « psycho-généalogie », d'« agapèthérapie » et « recevoir l'enseignement d'Ephraïm », prier ... et alléger leur compte en banque.

Multiplication du blé 
Officiellement, le coût d'une formation de quatre jours oscille entre 400 et 800 euros. Mais comme les fidèles sont priés de faire œuvre de charité, ils versent une obole supplémentaire, en liquide ou par chèque, mais sans mention du destinataire, s'il vous plaît... De l'argent frais qui permet aux « bergers » d'employer des manœuvres chargés d'embellir les demeures dans lesquelles ils résident pauvrement. Christian T. a été de ceux-là entre août 2003 et janvier 2004. Il se rappelle avoir installé baignoire d'angle, Jacuzzi, réseaux Internet et fausses cloisons dans la résidence d'Ephraïm à Labrit (Landes). 
Comme en témoignent les relevés bancaires de Christian T., le gourou lui donnait de l'argent en liquide et des chèques censés couvrir ses frais. Parfois de petites sommes, mais souvent aussi des chèques de 4 000 ou 6 000 euros. Toujours des « dons » de fidèles. Jusqu'aujour où le banquier de Christian T. a cru déceler un circuit de travail au noir, voire de blanchiment d'argent. Une variante de la multiplication des pains ? 

L'âme et le corps 
Les soupçons du banquier pointilleux n'ont pas empêché la poursuite des stages « psycho-spirituels », à Labrit comme ailleurs. Les théories douteuses de prétendus thérapeutes, membres du réseau d'un certain « docteur » Ryke Geerd Hamer, y sont largement enseignées. Ce pape des « thérapies nouvelles » a été condamné en septembre 2004 pour exercice illégal de la médecine et complicité de non-assistance à personne en danger. Selon lui, il est très simple de guérir d'un cancer lorsqu'on peut « réparer l'événement qui l'a déclenché ». Dans ce cas-là, inutile de se soigner. 
Mais Ephraïm et les siens font mieux : ils soignent aussi les âmes. Pour être certains d'y parvenir, ils s'y prennent tôt. Les Béatitudes disposent ainsi de leur propre école privée. A Autrey, dans les Vosges, une trentaine d'ados de 13 à 18 ans prient et se préparent à devenir la future élite de la communauté. 
Pour appartenir un jour à cette fine fleur de la Béatitude, leurs parents versent mensuellement 350 euros. L'enseignement quotidien, dispensé par 27 profs bénévoles, commence et finit par des prières. 
Pendant ce temps, Ephraïm proclame, urbi et orbi, la parole du père. Aux dernières nouvelles, il vient d'arriver au Sénégal et, par courriel, réclame « en urgence » à ses fidèles « entre 75 000 et 120 000 euros » pour acquérir «un terrain ou une maison». Avec piscine, on espère.
 

Didier Hassoux - Le Canard enchaîné - 10 janvier 2007
« Le Canard » a sollicité, par téléphone et par fax, l'avis de l'épiscopat français sur les pratiques de la communauté des Béatitudes. Sans succès. Le Verbe se fait vraiment rare et cher. 

Depuis 1982, la Communauté catholique des Béatitudes, répondant à l’appel de l'évêque de Saint-Dié, occupe l'Abbaye Notre-Dame d'Autrey. En1988, elle a ouvert l'école du Cours Agnès de Langeac qui "accueille des jeunes garçons désireux de discerner une éventuelle vocation sacerdotale ou religieuse".
Répertoriée comme école "indépendante"
Lien vers ce réseau d'écoles très ... innovantes, sur de nombreux sites, 
y compris - en 2006 et jusqu'à ... fin janvier 2007 ! - parmi ceux prônant "la liberté d'instruction" ...(disent-ils)
Etonnant, non ?
C.q.f.d. ?

Une secte au sein de l’Église catholique ?
Sulfureuses Béatitudes

Il se passe des choses étranges dans cette « communauté nouvelle », l'une des plus importantes du monde catholique. Plusieurs de ses membres dénoncent des manipulations mentales, des abus de pouvoir, voire une entreprise de racket. Son fondateur a disparu. La justice est saisie, et l'Eglise bien embarrassée. Enquête de Marie Lemonnier

Il a un sourire jovial, une barbe vaguement méphistophélique. Un prénom inoffensif : Gérard. Mais il se fait appeler Ephraïm, du nom de l'une des douze tribus d'Israël. Où est-il aujourd'hui ? En Afrique ? En Espagne ? Gérard Croissant, alias frère Ephraïm, s'est volatilisé en mai 2006. «En ermitage» selon les siens, «en fuite» pour les gendarmes, il est dans le collimateur des organismes de prévention contre les sectes. Un juge d'instruction du tribunal de Castres aimerait bien l'entendre. Comment cet exétudiant en art a-t-il transformé en une trentaine d'années une petite communauté en un vaste mouvement implanté sur les cinq continents, du Liban au Burkina Faso, en passant par la Bosnie, le Canada ou le Mexique ? Comment ce chantre d'une nouvelle spiritualité empruntant à toutes les religions du Livre a-t-il obtenu la reconnaissance du Vatican ? Gérard Croissant est le fondateur des Béatitudes, un ensemble de 77 communautés religieuses présentes dans 30 pays à travers le monde. En France, ses 27 « maisons » (terme utilisé chez les « Béats » pour désigner chaque communauté) ont pignon sur rue à Blagnac, à Nouan-le-Fuzelier, à Lisieux ou à Lourdes. Elles sont installées dans de splendides monastères ou des châteaux. Animées le plus souvent par des chrétiens convaincus, attirant à elles des « communautaires » très engagés tout comme des paroissiens lambda qui se contentent d'assister à ses offices. Elles sont surtout adoubées par l'Eglise catholique.

Certes, ces dernières années, l'institution a pris ses distances avec frère Ephraïm. Lui-même ne dirige plus le mouvement. Mais il en reste l'un des principaux inspirateurs. Selon les associations de lutte contre les sectes, en tout cas, ses pratiques et ses préceptes sentent le soufre. Il aurait franchi la ligne jaune. Comme quelques autres responsables de « maison », appelés les « bergers » dans le langage communautaire. Aujourd'hui, ces associations ont entre les mains une quarantaine de plaintes, émanant de toute la France.
Surtout, depuis le 25 avril 2005, la justice est officiellement saisie par un couple de trentenaires opiniâtres. Myriam et Pascal Michelena (1), parents de trois enfants, ont séjourné entre 1999 et 2001 dans l'une des maisons des Béatitudes, au château Saint-Luc, à Cuq-les-Vielmur (Tarn). Pendant trois ans, ils ont vécu selon les préceptes de Gérard Croissant. Obéissance absolue, pauvreté, humilité... Un beau programme - ils y ont cru. Aujourd'hui, ils parlent d'esclavage, de racket, d'humiliations. Ils portent plainte pour «abus de faiblesse» et «travail dissimulé» : «On nous a fait croire que nous faisions partie de «l'élite». Comment avons-nous pu imaginer qu'une telle existence pouvait correspondre à un idéal de vie chrétien? Nous avons honte.» Que cachent les Béatitudes ? Une communauté fraternelle incomprise ? Seulement quelques dérives qui ne sauraient entacher l'ensemble du mouvement ? Ou une véritable secte qui s'est habilement infiltrée à l'intérieur de l'Eglise catholique ?

Selon la légende colportée par frère Ephraïm, tout aurait commencé autour d'une « quatre-saisons ». En 1973, en effet, il dîne dans une pizzeria de Montpellier avec sa compagne Jo et un couple d'amis protestants. Soudain, une «inspiration divine» frappe Gérard. «Et si on vivait en communauté?» Aussitôt, les quatre convives créent la Communauté du Lion de Judas et de l'Agneau immolé (qui sera rebaptisée en 1991 Communauté des Béatitudes). Gérard a alors 24 ans et il est membre de l'Eglise réformée. Il se destine à devenir pasteur. Mais il a rencontré Lanza del Vasto, le disciple occidental de Gandhi, militant de la non-violence et du dialogue interreligieux, qui a fondé sur le modèle des ashrams indiens la Communauté de l'Arche dans le sud de la France. Gérard Croissant a-t-il voulu imiter le philosophe contestataire en créant sa propre « succursale » ? Un autre événement décisif va l'influencer. En 1974, il part aux Etats-Unis et découvre les grands rassemblements évangéliques. Il est fasciné par ces prédicateurs ébouriffants qui haranguent des foules de born-again. Il voit des assemblées entières prises de transe, frappant des mains, habitées par l'Esprit saint. Les fidèles « parlent en langue », chantent dans un verbiage incompréhensible et exaltant. Gérard est emballé. Jo, elle, se fait poser une couronne sur laquelle un dentiste charismatique grave Jésus !
De retour en France, le couple retrouve les amis de la pizzeria et s'installent du côté de Charmes-sur-Rhône. Là, Gérard Croissant reçoit un nouveau « signe du ciel » : il doit renoncer au protestantisme et se tourner vers le catholicisme. Croissant - qui dans la foulée s'attribue le nom de frère Ephraïm - veut réveiller les cathos, faire passer sur eux le grand souffle qu'il a ressenti chez les évangéliques américains. Une légende de plus ? «M. Croissant s'était brouillé avec les protestants, assure aujourd'hui un curé qui l'a bien connu à cette époque. Il a toujours voulu constituer son propre mouvement. Il a profité de la faiblesse de l'Eglise catholique pour faire son beurre!» Un opportuniste, le futur prophète des Béatitudes ? Un cynique qui module ses inspirations divines au gré de ses intérêts ? «Un maquignon, oui!», dit le vieil abbé, très remonté.
Toujours est-il qu'Ephraïm est ordonné diacre en 1978. Mieux, sa petite troupe est décrétée «pieuse union» l'année suivante par l'évêque d'Albi, Mgr Coffy. Le fils prodigue, transfuge du protestantisme, est accueilli à bras ouverts. Choyé même, puisque l'évêché lui permet de s'installer dans le magnifique couvent des capucins de Cordes-sur-Ciel. La communauté de Cordes est la « maison mère ». Le coeur de l'entreprise Croissant. C'est là qu'Ephraïm va construire les fondements de son « Eglise ». Il l'inscrit dans la mouvance du Renouveau charismatique catholique qui apparaît dans la France baba d'après-68, dans le sillage du pentecôtisme nord-américain. La spécificité des Béatitudes ? Laïques, mariés ou célibataires vivent sous le même toit que des religieux consacrés. Un mélange qui suscitera bien des controverses au sein même de l'épiscopat. Mais, en ces temps de déchristianisation, comment ne pas se réjouir quand naît un nouveau mouvement qui recrute activement parmi la jeunesse ? D'autant que celui-là promet de renouer avec le modèle des premiers chrétiens communiant dans le partage des biens et de la pauvreté volontaire. Défendant le plus souvent des valeurs en perte de vitesse : l'hostilité à l'avortement ou au féminisme.

Pour les temps de prière communautaire, Ephraïm applique les méthodes « américaines » : guérisons miraculeuses, transe, glossolalie... Et met au point une liturgie très esthétique (aubes blanches, bougies, fleurs, danses, lectures en latin, chants en hébreu...) qui séduira bien au-delà du cercle des résidents des Béatitudes (voir encadré p. 11).
Ainsi va la « maison » de Cordes. Elle prospère, dans une ambiance très « familiale ». Philippe Madre, beau-frère d'Ephraïm, devient le premier « berger » de la « maison ». Jo s'assigne le rôle de grand argentier. Bientôt, elle voyagera à travers le monde, ordinateur portable sous le bras, pour relever les comptes de près de... 80 « maisons » ! Extraordinaire croissance. Les enquêteurs essaient aujourd'hui de démêler l'écheveau. Ils s'interrogent sur ses multiples sociétés et l'important patrimoine immobilier des Béatitudes (voir encadré p. 14). Certes, la communauté a bénéficié d'une aide de l'Eglise, mais aussi de dons de fidèles prompts à se défaire de leurs richesses matérielles. «Les engagés définitifs se dépouillaient de la totalité de leurs biens. Nous, nous devions verser une dîme sur toutes nos ressources», expliquent les Michelena.En trois ans, leurs 60 000 francs d'économies y passent.
Le couple raconte un rythme de vie harassant : laudes, messes, vêpres, oraisons... - et travail bénévole de 7h30 à 22 heures. Pascal trime au jardin puis au secrétariat. Myriam s'occupe des enfants et de la cuisine, pour des tablées pouvant aller jusqu'à soixante personnes les semaines de séminaires ! «Nous devions manger les restes avariés des supermarchés quand se construisait dans le même temps une maison à 6,5 millions de francs en contrebas du château et que le «berger» faisait appel aux services d'un paysagiste pour le parc!» Certains « bergers » semblent en effet avoir une vision toute relative du voeu de pauvreté. Philippe Madre demeure dans une résidence avec piscine, attenante au monastère de Cordes. Un autre de ces bons « pasteurs » s'est offert une maison de sept chambres avec minigolf près d'Arcachon. Et le prophète Ephraïm ? Christian T., artisan, a travaillé six mois à la réfection de son Moulin de Marie, dans les Landes. Il se souvient d'y avoir installé «fausses cloisons, baignoire d'angle, Jacuzzi et sèche-serviettes d'une valeur de 1 500 euros». Comme l'attestent ses relevés bancaires, il était rémunéré en liquide, ou avec les chèques de dons sans ordre (allant parfois jusqu'à 6 000 euros) qu'étaient priés de verser les adeptes venus suivre une « formation à l'accompagnement spirituel » pour une somme oscillant entre 400 et 800 euros les quatre jours.

Car la communauté organise aussi des stages. Ephraïm se veut une sorte de thérapeute religieux. N'hésitant pas à faire le grand écart entre théologie et psychothérapie. Côté théologie d'abord : après plusieurs séjours en Israël, il élabore une spiritualité mélangeant judaïsme, protestantisme et orthodoxie sur fond de catholicisme. Comme certains évangéliques, il est convaincu que seul le rapprochement de tous les chrétiens avec leurs racines juives peut réaliser les conditions du retour du Christ sur terre (dont les guérisons spontanées et autres miracles seraient les premiers signes). Côté « psy » : il prône des thérapies plus ou moins New Age censées mener à la « guérison intérieure ». Résultat : dans les « maisons », le « berger » est à la fois un « médiateur vers Dieu » et un « accompagnateur psychospirituel ». «On vous maintient dans une introspection permanente, dans une confusion des plans psychologique et spirituel complètement déstructurante», explique Pascal Michelena. «Il est alors très facile de vous couper de vos parents en les accusant de ne pas vous apporter tout l'amour que vous réclamez, mais qu'heureusement vous pouvez trouver en Dieu», ajoute Myriam, qui évoque une véritable «manipulation mentale». Une «emprise» renforcée par la peur de l'extérieur. Chaque jour, on leur répète que «l'Esprit du monde est infesté par le Diable personnifié». Un seul salut, la communauté et le «renoncement au monde», «à toute propriété», «à soi», «à sa volonté», l'«obéissance» absolue à la «Règle» et au «berger» à qui l'on doit «soumission» et «transparence fraternelle»!
«C'est un système qui donne un pouvoir colossal aux responsables des «maisons», confie un ex-communautaire qui veut garder l'anonymat. Pour peu qu'ils aient une personnalité tordue, ils deviennent des petits gourous.» Jacques Héliot, président de l'Association Vie religieuse et Familles (Avref), qui a reçu plusieurs témoignages d'ex-« Béats », confirme : «Dans certaines «maisons», les membres n'ont plus la liberté de penser ou d'agir.»

Mme D., par exemple, n'a pas revu sa fille depuis sept ans. «Ces sessions d'agapéthérapie [« guérison par l'amour de Dieu »] détruisent tous les liens!», se révolte cette mère impuissante. En 2005, sa fille l'a cependant contactée : elle lui a réclamé 250 000 francs... pour la communauté. Mme D. n'a pas voulu céder. Elle est depuis sans nouvelles.
«Les parents sont nombreux à nous solliciter, confirme l'Unadfi, l'association d'aide aux victimes de sectes, mais ils ne peuvent pas déposer plainte : leurs enfants sont majeurs.» En attendant, certains guides « psychospirituels »vont parfois jusqu'à promettre la guérison du cancer, du sida ou de l'homosexualité, et développent leurs activités. Ou les déplacent, quand des inspections se font trop pressantes. Ainsi que semble le faire un autre beau-frère de Gérard Croissant, Roland Blanquart, ex-cuisinier autoproclamé psy, qui a un programme très chargé du côté de la Suisse pour l'année à venir. Guy Rouquet, président de Psychothérapie Vigilance, se désole : «Il y a beaucoup de gens sincères à l'intérieur de la communauté qui ne voient pas la superstructure et la manière dont ils sont utilisés et abusés.»
Pour compléter leur «cauchemar», les Michelena ont appris par hasard qu'un prêtre condamné quatre mois plus tôt par la cour d'appel de Rouen à cinq ans de prison pour pédophilie sur mineurs de moins de 15 ans logeait en toute tranquillité au-dessus de la chambre de leurs trois enfants, dans la « maison » de Saint-Luc où ils séjournaient. Et ce en contradiction flagrante avec les indications de la cour. Le « berger » d'alors lui avait même accordé le titre d'« accompagnateur psychospirituel » !

En 2004 aussi, dans le « petit séminaire » créé par les Béatitudes (une école hors contrat installée en 1988 à l'abbaye d'Autrey, dans les Vosges, pour assurer la relève), un autre prêtre a été accusé de pédophilie. L'affaire a cependant abouti à un non-lieu. L'un des garçons qui se disait victime s'est depuis suicidé. Un ancien élève de l'établissement, très affecté, témoigne également des «exorcismes pratiqués sur les élèves qui montraient le moindre signe d'insoumission».
Simples brebis galeuses ? Accidents de parcours ? La « modération générale » de Blagnac, instance supérieure de la Communauté des Béatitudes, sollicitée par « le Nouvel Observateur », refuse de commenter les accusations qui pèsent aujourd'hui sur les « maisons » et leur fondateur. En décembre 2002, le modérateur général avait pourtant envoyé une « lettre de pardon » «aux frères et aux soeurs ayant vécu à la communauté et l'ayant quittée». Il s'était excusé «pour les fautes commises et pour les souffrances infligées». Le père Bernard Marie, nouveau « berger » depuis septembre, de l'ancienne « maison » des Michelena, évoque quant à lui d'«éventuelles erreurs de jeunesse». Lors d'une AG de novembre, les statuts de la communauté ont été révisés. Un léger nettoyage à destination du Conseil pontifical ?
Les évêques, eux, sont embarrassés. Un rapport interne et confidentiel d'avril 2005 les invitait déjà à être vigilants sur «les conséquences graves sur la liberté de la personne et ses rapports familiaux » que peut entraîner la confusion des plans spirituel et psychologique dans les communautés. L'Unadfi et la Miviludes (voir encadré p. 12) ont aussi alerté les autorités ecclésiales à de nombreuses reprises. Mgr Maupu, président de la commission sur les associations laïques, plaide pourtant le «manque d'information». Plus au fait, Mgr Carré, évêque d'Albi, affirme avoir «signalé un certain nombre de problèmes». Seulement, «les évêques n'ont pas autorité sur les associations de laïques. Ce sera à Rome de trancher», conclut-il prudemment.D'autant que fin 2002 les Béatitudes ont été reconnues par Rome «association internationale laïque de droit pontifical ad experimentum» pour cinq ans. Une consécration.

Aux dernières nouvelles, Ephraïm aurait fondé au Sénégal une association pour les enfants de Dakar. Par internet, il réclame «en urgence» à ses fidèles «entre 75 000 et 120 000 euros» pour acquérir «un terrain ou une maison» !

(1) Myriam et Pascal Michelena racontent leur expérience dans « les Marchands d'âmes. Enquête au coeur des Béatitudes : les thérapies chrétiennes en question », Golias.

 Marie Lemonnier - Le Nouvel Observateur - N° 2212 - JEUDI 29 Mars 2007

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