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POINT DE VUE
Lycées, foulard et ficelle,
par Arnaud Viviant

En montrer le plus possible et en montrer le moins possible sont, chez les jeunes filles françaises - insistons lourdement sur ce terme -, les deux faces d'une même hystérie. Autrement dit, le port du string au lycée et le port du voile au lycée sont la même chose, mais spectaculairement renversée.

On devrait aborder l'un et l'autre aussi froidement que possible. Mais foulard et ficelle attisent le "débat de société", et ce qu'on aurait sans doute appelé autrefois une querelle de clocher devient de plus en plus un "cas d'école".

Ces dernières semaines ont en effet vu des professeurs et des proviseurs interdire l'accès à leur établissement à des jeunes filles très nettement voilées (au point que certains Sherlock Holmes très finauds en déduisirent immédiatement qu'elles étaient musulmanes). Et des proviseurs et des professeurs interdire l'accès à leur établissement à des jeunes filles très nettement dénudées (au point que d'autres Sherlock Holmes tout aussi finauds en déduisirent qu'elles suivaient la mode).

Sans aller aussi loin qu'eux dans la perspicacité, on notera que les affaires de string et de voile concernent à chaque fois des jeunes filles traversant l'âge ingrat de l'adolescence : cet âge où l'on aimerait se trouver sans se chercher, mais où, par une chance vécue sur le moment par les intéressées comme un désespoir, l'on se cherche plus souvent qu'on ne se trouve. Le temps viendra pour ça. Après tout, l'espérance de vie de l'être humain sous nos climats civilisés n'a pas augmenté pour que les ténébreuses questions d'identité se règlent aussi mécaniquement qu'au siècle précédent.

Dans la question du port du voile au lycée, on remarquera en outre, et comme au passage, que ces affaires concernent généralement deux surs, à croire que le voile ne peut jamais régater en solitaire dans un pays laïque, et qu'il faut être au moins deux pour l'adopter en bloc, et généralement contre l'avis d'un père qui apparaît dans les médias totalement dépassé par ses filles.

Il en va toutefois un peu autrement du string, qui est un objet plus complexe que le voile, en tout cas engageant beaucoup d'autres acteurs. Avec sa clairvoyance coutumière, Ségolène Royal a bien résumé le problème, en déclarant : "Aux yeux des garçons, le string réduit les jeunes filles à un postérieur."En d'autres termes, le string ne serait pas un problème si les garçons n'existaient pas, ou (hypothèse plus réaliste) s'ils étaient dépourvus d'yeux pour voir. Ce sont eux, les garçons, qui, avec leur libido infecte, leur dégoûtante sève printanière lourde de regards intéressés (qu'on les bourre au bromure !) transforment illico le string en problème de société, et non en vague sujet de "C'est mon choix" sur France 3.

Dans un lycée non mixte, quel proviseur aurait en effet l'audace, pour le moins réactionnaire, de refuser en cours des jeunes filles à moitié nues ? Celui-là recevrait immédiatement un blâme de sa hiérarchie pour atteinte aux droits de l'homme, de la femme et de l'adolescente.

De même, dans un lycée privé de confession musulmane, ainsi qu'il s'en construit désormais en France afin de favoriser l'éclosion d'une bourgeoisie musulmane (qu'on espère) modérée dans ce pays, nul n'oserait s'opposer au port du voile, y compris dans le cours de gymnastique. Après tout, cela les regarde, dirait-on en regardant ailleurs. C'est leur religion et ils paient pour elle.

Le ministre délégué à l'enseignement scolaire, Xavier Darcos, qui, à défaut de savoir ce qu'est une vie réussie, sait au moins ce qu'est un débat réussi, a immédiatement cherché une sortie par le haut à ce débat piégé entre le foulard et la ficelle. Par le haut, c'est-à-dire par la République. Il a prôné le retour au bon vieil uniforme, en le modernisant : plutôt qu'une blouse grise, le ministre moderne imaginait un T-shirt, à l'américaine. Mais il demeurait un uniforme, masquant les différences sociales (cris d'orfraie de la droite), masquant les différences ethniques ou religieuses (cris d'orfraie de la gauche différencialiste) et évitant de tacher ses vêtements (cris d'orfraie des marchands de lessive). D'où une levée immédiate de boucliers, les uns hurlant au retour de l'ordre ancien, les autres au déni de cette liberté qui accompagne naturellement le capitalisme, comme le chien l'aveugle, les jeunes filles ayant bien le droit de suivre la mode, cette religion occidentale, avec son ascèse, ses ordres et ses saintes anorexiques, les mannequins.

Au point où l'on en est, on peut donc dire que l'éducation nationale doit aujourd'hui relever un double défi. A la fois rallier des adolescentes rebelles aux vertus de la laïcité dans un pays où se développe le communautarisme, et rallier des adolescentes rebelles aux vertus de la décence, dans un pays où l'on protège à la fois l'image de la femme et son droit à s'habiller comme elle veut.

Dans cette configuration inédite, on trouvera simplement dommage que l'on ait décidé de diminuer l'enseignement de la philosophie, qui traite de ces vastes problèmes, puis favorisé celui de l'histoire des religions, qui en traite assez peu.
 

Arnaud Viviant est journaliste aux "Inrockuptibles".
Le Monde du 17.10.03


 
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