Quelques
autres "rubriques", parmi beaucoup d'autres, toujours d'actualité
:
les rapports
parents-profs, la maternelle
à 2 ans, l'ennui
à l'école, les punitions
collectives, l'état des
toilettes,
le téléphone
portable
...
2018 ?
2118 ?
école
autrement, école alternative, école différente ...
Une
autre
école est-elle possible ?
… démontrer aux ouailles
trop longtemps abusées par des écoles laïques et des
médias démoniaques acquis aux théories darwiniennes,
que le
monde a bien été créé, dinosaures compris,
en six jours de labeur divin, il y a six mille ans et non quatre
milliards d'années. ..
… 30
% des Américains (et 48 % des électeurs républicains)
croient toujours, comme lui, mais sans le crier sur les toits,
que l'homme de la Genèse
était identique à celui d'aujourd'hui…
![]() CRÉATIONNISME Après les États-Unis, la France est la cible de ceux qui remettent en cause la théorie de l'évolution. "Les créationnistes me faisaient sourire il y a vingt ans, mais ce n'est plus le cas. La communauté scientifique est désormais consciente qu'il y a un danger de déstabilisation de l'enseignement par des tentatives pseudo-scientifiques qui n'ont rien à y faire : ce n'est pas admissible dans une société laïque." 2008/2009 :
Des modifications dans les programmes de l’école primaire
La
cible première des créationnistes contemporains, essentiellement
d’obédience chrétienne ou musulmane, est l’enseignement.
"Homo
sapiens, une nouvelle histoire de l'homme"
U.S.A. :
Canada
Grande Bretagne :
L'enseignement
d'une secte protestante loué par l'Etat
Pologne :
Vatican :
Grand prix de l'État
de Genève et mention spéciale du jury des jeunes
Ancien "speech writer"
des célèbres Ford et Nixon, Ben Stein dénonce l'emprise
"d'une
petite élite scientifique anti-Dieu", et milite en faveur du
Dessein
Intelligent (*). La bande-annonce
du film "EXPELLED" proclame : "découvrez comment ce film satirique
provocateur peut casser l'athéisme qui s'oppose à une discussion
ouverte sur la science". "Un film exceptionnel qui peut influencer
davantage la culture que des dizaines de livres intellectuels" (Ken
Connor, Président du "Centre pour une société juste"
EXTRÊME
CONTRARIANCE...
|
"Les créationnistes
me faisaient sourire il y a vingt ans, mais ce n'est plus le cas.
La communauté scientifique
est désormais consciente qu'il y a un danger de déstabilisation
de l'enseignement
AMERICAN
WAY OF LIFE
Aux États Unis, même si le
homeschooling
a été imaginé au départ par des parents qui
souhaitaient "déscolariser" leurs enfants, environ 80% des
enfants suivent un programme ultra-religieux.
BRITISH WAY OF LIFE Le "modèle" anglo-saxon, libéral ... et blairo-socialiste... |
Créationnisme
à la française
Au moment où l'on
célèbre le bicentenaire et l'œuvre de Darwin, les créationnistes
font plus que jamais de la résistance. Pour eux, les espèces
ont été créées telles quelles par le divin,
et n'ont pas évolué, comme le prétend l'auteur de
l'Origine
des espèces.
Mercredi
13 mai 2009 CHARLIE HEBDO
Il faut d'abord s'entendre sur les mots: créationnistes, normalement, tous les croyants le sont. Ceux dont on parle ici, ce sont les puristes, qui prennent les textes religieux à la lettre. De ces créationnistes pur jus, on en trouve chez les catholiques, les protestants et les musulmans. Mais, de loin, ce sont les protestants évangéliques les plus actifs. Ce soir, dans la salle d'un temple protestant grenoblois, une bonne trentaine de personnes assistent à un séminaire sur les origines du monde. Hommes et femmes, de tous âges, la plupart habitués du lieu, dont un grand nombre de scientifiques, car nous ne sommes pas pour rien dans une capitale de la technologie. Première surprise: les créationnistes ne forment pas un bloc monolithique de bigots obtus, comme on a souvent tendance à le croire. Ils sont traversés par des courants, des tendances, et ça discute ferme. Tout le monde prend la Bible au sérieux, mais avec des nuances. D'un côté, les défenseurs d'une interprétation roo % littérale, de l'autre, les modérés, ouverts aux métaphores. Parmi les seconds, il y a François-Jean, docteur en biologie, qui« ne rend pas la compréhension de la Bible esclave de la science ». En face, l'auteur créationniste Henri Bryant « préfère avoir tort par rapport à la science que par rapport à la parole de Dieu ». Le pasteur Reynald Kozycki, lui, est un peu entre les deux, car « dans une même phrase de la Bible, on peut avoir une partie littérale et une autre métaphorique ». Je ne sais pas si tous les protestants sont comme ça, mais c'est plutôt agréable de les voir débattre et échanger leurs arguments: ça change du dogme catho qui s'avale (ou non) sans broncher. Pour un jour de mille
ans
Même quand on aborde l'évolution des espèces, ça n'est pas aussi tranché qu'on pourrait le croire. La preuve, tout le monde reconnaît la « micro-évolution » : oui, les formes du vivant se modifient sous l'effet de la sélection naturelle. C'est le passage d'une espèce à l'autre qui ne passe pas. Qu'une mouche acquiert des ailes plus ou moins colorées, certes, mais elle ne donnera jamais un hippopotame. Quant à l'homme, qu'il descende d'un néandertalien, à la limite, pourquoi pas, mais d'un babouin, sûrement pas. Dur, dur, de descendre
du singe
En miroir de cette « perfection » du vivant, il y aurait l'« imperfection » de la science. « Les théories scientifiques changent », rappelle Stéphane, le prof de philo. Et « ce n'est pas forcément la voix du plus grand nombre qui a raison », renchérit Reynald. La remise en cause permanente des résultats de la science (ce qui en est la force pour les chercheurs) est ici transformé en faiblesse: c'est limite fair-play. Finalement, je comprends qu'être créationniste n'est pas de tout repos. Quelle torture de s'acharner à vouloir concilier des approches aussi incompatibles que la Bible et les travaux scientifiques! Moi qui croyais que la religion apaisait l'esprit, je suis aujourd'hui persuadé que c'est bien plus reposant d'être athée. ANTONIO FISCHETTI
Mercredi 13 mai 2009 CHARLIE HEBDO Guillaume Lecointre, le satan des créationnistes On ne pouvait pas écrire un papier sur les créationnistes sans solliciter l'expertise de notre ami Guillaume Lecointre. Ancien collaborateur de Charlie, il est chercheur au Muséum et grand pourfendeur des intrusions spiritualistes en science. Autant dire qu'il est la bête noire des créationnistes. Leurs arguments, il les connaît tellement que ce n'est pas sans une pointe de lassitude qu'il accepte de redémontrer pour la énième fois leur fausseté. Les créationnistes
prétendent que la théorie de l'évolution n'est pas
confirmée par les fossiles? « Le fossile est largement au
rendez-vous de la théorie », rétorque Guillaume. Des
exemples, il en aurait des centaines.
Mais ce n'est pas sur ce terrain que Guillaume veut contrer les créationnistes. Il préfère mettre le doigt sur leurs erreurs de raisonnement. « Car si on se limite à corriger leurs erreurs factuelles, cela sous-entendrait que la correction de ces erreurs rendrait leur démarche recevable. » Par exemple, les créationnistes
se braquent sur la question d'ancêtres communs pour espérer
contredire les évolutionnistes ... Alors que « plus aucun
biologiste ne cherche des ancêtres.
L'autre erreur de raisonnement concerne le rôle du hasard. C'est vrai qu'un œil humain a peu de chances d'être formé d'un seul coup, en partant de rien, par le seul fait de mutations aléatoires. C'est donc Dieu qui fait le boulot, s'emballent les créationnistes. Ils oublient que « la probabilité d'un événement est conditionnée par l'étape antérieure », rappelle Guillaume Lecointre. « On peut le comprendre avec l'exemple suivant: Jacques Chirac avait une chance sur 40 millions d'être président quand il est né, mais à la veille du second tour des elections, il avait une chance sur deux. » Au plan statistique, l'œil actuel est à son ancêtre ce que le candidat à la présidentielle était au bébé Chirac: ce n'est pas parce qu'un événement a peu de chances de se produire au départ que sa réalisation relève d'une volonté divine. Au bout du compte, le raisonnement créationniste est un renoncement scientifique. Dès que le réel devient un peu complexe, on court chercher Dieu à la rescousse. Faisons donc avancer la compréhension du monde pour faire reculer Dieu. A. F.
* Un livre que les créationnistes
comme les évolutionnistes devraient avoir dans leur bibliothèque
: La Terre avant les dinosaures, par Sébastien Steyer,
aux éditions Belin-Pour la science. On y découvre
l'histoire des animaux qui peuplaient notre planète il y a 200 à
300 millions d'années, reconstitués et fabuleusement dessinés
par Alain Bénéteau.
À côté, Steven Spielberg peut aller se rhabiller. Mercredi
13 mai 2009 CHARLIE HEBDO
André Eggen, un scientifique au service de la Bible En France, le militant créationniste le plus actif s'appelle André Eggen. Il est l'un des rares à assumer cette étiquette pleinement et sans faux-semblants. Mais avec prudence toutefois, car s'il veut bien me rencontrer, c'est « à condition que ce ne soit pas pour casser du créationniste ». La journée, il est chercheur en génétique animale à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) - où il vient d'ailleurs de contribuer au séquençage du génome de la vache -, et le week-end, il anime des conférences créationnistes. «À titre personnel », précise-til. Il est croyant, protestant évangélique, et fondateur d'« Au commencement », seule association française répertoriée dans le réseau créationniste mondial. Association qui ne compte qu'une trentaine de membres, « parce qu'on ne fait pas de publicité ». Il n'empêche que ce dimanche la salle de l'église évangélique de Ris-Orangis est bien remplie. Diapositives colorées, discours fluide et judicieusement teinté de pointes d'humour, le show d'André Eggen est parfaitement rodé. Sur le fond, André Eggen incarne la frange la plus radicale des créationnistes, pour qui la création de la Terre date d'« entre 10000 et 200000 ans» et est d'une durée de « six jours de plus ou moins 24 heures ». Mais quid de la datation au carbone 14? « Ça ne marche pas, car pour pouvoir dater, il faut une référence; c'est comme une bougie allumée, il faut connaître la longueur; au début. » Et les dinosaures? «Je ne remets pas leur existence en question, mais on dit qu'ils datent de 65 millions d'années, et ce n'est pas possible qu'ils soient restés intacts tout ce temps. » Pour dénoncer la théorie de l'évolution, André Eggen se base sur les erreurs que l'on peut commettre en extrapolant à partir d'observations. Regardez les tailles des êtres humains au cours de l'adolescence: « Si les extrapolations étaient valables, on mesurerait trois mètres à trente ans. » Dans la salle les gens approuvent. Enfin, le gros morceau, ce sont les fossiles. « Darwin dit que si on ne trouve pas toutes les formes intermédiaires sa théorie est remise en cause »... Et pour André Eggen, les fameux fossiles sont absents au rendez-vous (pour la réfutation de ces arguments, voir rencadré avec Guillaume Lecointre). Des
vagues à l'lNRA
Suite à ses travaux sur le génome de la vache, une tribune intitulée « Un créationniste français à l'honneur» a été publiée dans Libération. André Eggen en est sincèrement peiné, car « ils font une association entre ma vie professionnelle et ma vie privée ». Ses collègues de l'INRA sont partagés. Certains s'inquiètent pour la crédibilité de leur institut, quand d'autres assurent André de leur soutien: «j'ai des collègues qui ne partagent pas mes convictions, mais je discute avec eux sans problèmes. » Du côté de l'INRA, rien d'officiel, mais une gêne silencieuse: « La hiérarchie souhaiterait que j'arrête mon activité parallèle, mais ils ne me le disent pas directement. » Aujourd'hui, si André Eggen s'est mis en disponibilité de l'organisme de recherche public pour travailler dans une entreprise privée, cela n'a rien à voir avec les récents remous, jure-t-il: « C'est juste que j'ai une opportunité ailleurs. » Quant au paradoxe qu'il y aurait à décrypter le génome de la vache tout en étant persuadé qu'elle a été créée telle quelle par Dieu il y a six mille ans, le chercheur n'y voit pas la moindre contradiction: «Je me base sur ce qu'on observe aujourd'hui, et ce n'est pas la même chose que d'extrapoler dans le passé. » Quoi que l'on pense des convictions bibliques d'André Eggen, il faut reconnaître qu'il a du cran pour résister aussi sereinement à la pression générale. Quant à la rigueur scientifique dont il se revendique, c'est une autre affaire. Il suffit de lire la profession de foi de son association « Au commencement»: « Ne faisons pas une confiance aveugle aux professeurs de sciences, ni aux films documentaires ou aux magazines scientifiques, mais examinons toutes choses à la lumière du seul livre au monde qui est 100 % digne de confiance: la Bible. » Qu'André Eggen remette en cause les résultats scientifiques, c'est parfaitement légitime. Mais qu'il ne fasse pas profiter la religion du même scepticisme, voilà un deux poids deux mesures qui démontre que, contrairement à ce qu'il prétend, son activité créationniste n'a rien de rationnel. A. F.
1. Tribune rédigée
par Olivier Brosseau et Cyrille Baudouin, auteurs de Les Créationnismes,
une menace pour la société française?, aux éditions
Syllepse.
Mercredi
13 mai 2009 CHARLIE HEBDO
En dehors des protestants évangéliques, il existe d'autres mouvements plus ou moins créationnistes en France. Chez les musulmans, il y a les diffuseurs du Turc Harun Yahya, l'auteur du fameux Atlas de la création. Dans la mouvance diu "dessein intelligent", citons Jean Staune, de l'Université interdisciplinaire de Paris, qui se défend d'être créationniste et accepte la théorie de l'évolution des espèces, à condition qu'elle soit guidée par une finalité, qu'on n'appelle pas Dieu mais qui y ressemble étrangement. Mais le plus étonnant est une association lilloise, le Centre scientifique et historique, qui promeut la pensée d'un "scientifique" catholique nommé Fernand Crombette, mort en 1970. Lui, il ne se contente pas de jeter Darwin à la poubelle, il y met aussi Galilée : "Ainsi, Jérusalem, lieu où s'opéra la Rédemption, n'est pas seulement au centre de la Terre, comme l'indique le psaume 73, c'est aussi le centre du monde : l'Univers est véritablement géocentrique, et plus encore, christocentrique." Les membres du Ceshe n'en sont pas encore à penser que la Terer est plate (bien que certains Américains défendent cette thèse, mais, à ce jour, pas encore de Français sains d'esprits). A.F. - Mercredi
13 mai 2009 CHARLIE HEBDO
Le créationnisme étend son influence en Europe Le
Monde - 17.11.08
La France
serait-elle partie en guerre contre les créationnistes, dont les
idées progressent un peu partout dans le monde ? Chercheurs en sciences
de l'évolution, philosophes, professeurs, inspecteurs de collèges
et de lycées : à l'initiative du ministère de l'éducation
nationale, du Collège de France et de la Cité des sciences
et de l'industrie, ils étaient en tout cas plusieurs centaines à
débattre, les
13 et 14 novembre à Paris, de la difficulté croissante
à enseigner la théorie de l'évolution. Et ce bien
au-delà des Etats-Unis, berceau, depuis Darwin, du créationnisme.
Les mots de la science Fait
:
Hypothèse
:
Loi
:
Théorie
:
L'attaque la plus frontale date de début 2007. Dans de nombreux pays d'Europe, lycées, collèges et universités reçoivent sans l'avoir demandé un luxueux ouvrage illustré, L'Atlas de la création. Edité et imprimé en Turquie, il prétend démontrer que l'évolution n'est pas une doctrine scientifique mais de la propagande antireligieuse. Son auteur, Harun Yahya - de son vrai nom Adnan Oktar -, dirige une organisation au financement obscur, dont le principal objectif est de promouvoir le Coran. "LE DESSEIN INTELLIGENT" "La diffusion de cet ouvrage a fait prendre conscience de l'existence d'un créationnisme musulman, jusque-là relativement ignoré en Occident", souligne Olivier Brosseau, docteur en biologie et coauteur d'un excellent petit livre sur Les Créationnismes (Ed. Syllepse). Egalement diffusé en Asie et au Moyen-Orient, ce discours extrémiste n'a toutefois exercé en Europe et aux Etats-Unis qu'une influence limitée. Il en va tout autrement du concept de "dessein intelligent" (intelligent design, ou ID) : le dernier avatar du créationnisme américain, qui, depuis les années 1990, ne cesse d'étendre son influence dans les sociétés occidentales. Sa thèse centrale ? La vie est trop complexe pour être issue d'un processus non dirigé tel que la sélection naturelle. L'évolution des espèces est admise, mais elle ne peut qu'être l'oeuvre d'un concepteur d'ordre supérieur. Comme les autres, cette théologie naturelle modernisée s'attaque à l'enseignement. Par sa façade pseudo-scientifique (nombre de ses promoteurs sont des universitaires établis), elle ne cesse de marquer des points. En Italie, Letizia Moratti, ministre de l'éducation à l'époque, signe en février 2004 un décret excluant l'enseignement de l'évolution au collège (mesure annulée en 2005 après avoir déclenché une fronde dans la communauté scientifique). Au Royaume-Uni, selon un sondage réalisé en janvier 2006 par la BBC, plus de 40 % des personnes interrogées souhaitent que le créationnisme soit enseigné en cours de science. La même année, en Allemagne, la chaîne Arte révèle que deux écoles du Land de Hesse, l'une privée et l'autre publique, enseignent le créationnisme en cours de biologie. Pays-Bas, Pologne, Russie, Suède : un peu partout, les exemples se multiplient. Au point que le Conseil de l'Europe, en juin 2007, sonne l'alarme, dans un rapport sur "Les dangers du créationnisme dans l'éducation". Quatre mois plus tard, une résolution est adoptée, par laquelle l'institution invite ses 47 membres "à s'opposer fermement à l'enseignement du créationnisme en tant que discipline scientifique". Ce qui n'empêche pas de constater dans plusieurs pays d'Europe, de la part de jeunes étudiants, une opposition de plus en plus marquée à l'enseignement de l'évolution. UN ENJEU DE SOCIÉTÉ "Cette influence croissante des idées créationnistes ne serait pas si grave si elle n'avait pas de répercussions politiques, remarque Olivier Boisseau. Mais dès lors qu'on fait accepter, d'une façon prétendument scientifique, l'existence d'un concepteur à l'origine du monde, il devient facile d'appuyer des positions législatives très conservatrices, et de faire admettre certains comportements - l'homosexualité, la contraception, l'avortement - comme déviants." Sous ses aspects théoriques, le créationnisme constitue bel et bien un enjeu de société. Et plus encore lorsque celle-ci est en mal de repères. Car les tenants du "dessein intelligent" profitent avant tout d'une confusion des légitimités. "La
théorie de l'ID constitue un article de foi. Or, il n'appartient
pas à la science de conforter ou de réfuter un article de
foi : ce n'est pas de son ressort", souligne le philosophe Dominique
Lecourt. Que faire, dès lors, pour remettre les pendules à
l'heure ? Enseigner en quoi la pensée scientifique se distingue
radicalement d'une opinion ou d'une conviction personnelle. Mais aussi,
suggère le théologien Jacques Arnould, "exiger de ceux
dont les propos relèvent de la croyance ou des religions qu'ils
expliquent leurs méthodes et pas seulement leur contenu".
Catherine
Vincent
afp--21 février 2009-- L'idée que le monde est d'essence divine, véhiculée par des lycéens créationnistes, nourrit une contestation de plus en plus fréquente de l'enseignement de la théorie darwinienne de l'évolution, témoignent des professeurs de sciences de la vie et de la terre (SVT) et de philosophie, interrogés par l'AFP. "Nous avons depuis 5-6 ans des retours du terrain qui indiquent une montée du créationnisme en France alors qu'auparavant, c'était exceptionnel", dit Annie Mamecier, doyenne du groupe des Sciences de la vie et de la terre à l'Inspection générale de l'Education nationale. Le créationnisme rejette l'idée de l'évolution et postule que Dieu a crée l'univers en une semaine. Né chez les chrétiens au XIXe siècle, il a été relayé par les Témoins de Jéhovah et par des créationnistes islamistes depuis les années 1980. Mme Mamecier évalue "entre 5 et 10%" le nombre d'élèves qui expriment durant les cours ou sur leurs copies leur hostilité aux théories de Darwin et précise que "les élèves qui manifestent le plus sont d'origine musulmane". "Il y a deux types de réactions: des réactions plutôt isolées venant d'élèves qui ont été élevés dans une croyance religieuse et des réactions un peu plus organisées, qui se rapprochent du dessein organisé américain et viennent d'élèves relativement manipulés". Sophie Mouge, professeure de SVT au lycée Jean-Jaurès à Montreuil, a essuyé deux contestations parmi les 31 élèves de sa classe, lors d'un cours sur l'évolution des végétaux. "Ca s'est traduit par de petits ricanements quand je parlais. Les élèves cherchaient à me tourner en dérision. Un élève m'a dit +Non, non, dans le Coran, ça n'est pas écrit cela!+", raconte la jeune femme. Pour Jean-Baptiste de Panafieu, qui a passé plusieurs mois au lycée Jean-Jaurès dans le cadre d'un documentaire, ces élèves contestataires "puisent leurs free.frrmations sur internet, sur des sites créationnistes, antidarwiniens, comme le site du turc Harun Yahya". En janvier 2007, ce prédicateur avait envoyé massivement aux établissements scolaires l'Atlas de la Création, un livre développant au nom du Coran les thèses créationnistes. Le ministère de l'Education nationale avait riposté en organisant en novembre 2008 un colloque pour "donner aux enseignants des moyens de répondre aux attaques", rappelle Annie Mamecier. Mais pour Carole Diamant, professeure de philosophie au lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen et auteure de "Ecole terrain miné" (éditions Liana Levi, 2005), les "critiques" des élèves sont plus profondes et ont évolué depuis le début des années 2000. "Quand j'ai écrit mon livre, en 2004, la critique était superficielle, spontanée et répétée. C'est quelque chose qui faisait référence à des prêches ou à une opinion religieuse entendue ici ou là", explique Carole Diamant. "Aujourd'hui, les enfants sont sûrs de leurs croyances. Ils restent sur leurs positions. Ils disent: +Allez-y, racontez-nous Darwin mais nous, on n'y croit pas!+". D'après Pierre Clément, professeur à l'université Lyon 1 et co-auteur d'une étude sur le créationnisme effectuée dans dix-neuf pays, la France compterait "2% de professeurs créationnistes", à comparer avec les "50% de profs créationnistes au Liban ou au Burkina Faso". Toutefois, "la France est le pays où il y a le moins de créationnistes
radicaux", insiste Pierre Clément en ajoutant: "Il y a certes une
pression du créationnisme mais la France résiste très
bien."
En France, un collectif d'enseignants-chercheurs tire la sonnette d'alarme La France, pays laïc et au système éducatif centralisé, reste assez bien protégée du lobbying créationniste. Mais la plus grande vigilance s'impose. "Nos élèves vivent dans une société qui reconnaît la science comme quelque chose d'important, mais sans toujours distinguer ses énoncés de simples opinions, alerte Jean-Baptiste de Panafieu, professeur de SVT (sciences de la vie et de la terre). Quand une jeune catholique me dit "Je crois en Dieu, mais je crois aussi en l'évolution", elle mélange deux bains de culture." Deux options qui ne sont pas toujours compatibles : chez certains jeunes musulmans, le conflit entre croyance et science peut même devenir tellement fort qu'il se traduit par "un rejet complet de l'idée de l'évolution, qui peut aller jusqu'au refus d'assister au cours". Quelle réaction adopter dans une telle situation ? "Ce n'est pas en martelant les fondements de la méthode scientifique que l'on changera des croyances, mais en reconnaissant qu'il s'agit d'un conflit entre des modes de pensée différents", suggère M. de Panafieu, qui prône une association plus étroite, au collège et au lycée, entre sciences naturelles et philosophie. Professeur au Collège de France, Armand de Ricqlès craint quant à lui une dérive du système éducatif français et de ses programmes d'enseignement. "La théorie de l'évolution étant la synthèse la plus puissante dont on dispose pour expliquer le monde vivant, elle devrait constituer la thématique centrale de notre enseignement de la biologie et de la géologie", estime-t-il. QUESTIONS-RÉPONSES A la tête d'un collectif d'enseignants-chercheurs, cet évolutionniste vient de traduire un point de vue de l'Académie des sciences des Etats-Unis sur "La science et le créationnisme" qui explique les raisons de ne pas présenter des concepts religieux en classes de sciences. Destiné en premier lieu aux enseignants, ce petit texte propose, sous forme de questions-réponses, "un certain nombre de situations types où des anti-évolutionnistes brandissent à l'encontre de leurs enseignants des questions embarrassantes", précise M. de Ricqlès. Selon lui, il y a urgence à réagir. "Les créationnistes me faisaient sourire il y a vingt ans, mais ce n'est plus le cas. La communauté scientifique est désormais consciente qu'il y a un danger de déstabilisation de l'enseignement par des tentatives pseudo-scientifiques qui n'ont rien à y faire : ce n'est pas admissible dans une société laïque." Catherine
Vincent
Qui veut la peau de Darwin? JEUDI 18 OCT08RE 2007
L'offensive créationniste inquiète de plus en plus
les chercheurs et les enseignants, invités à remettre en
cause la théorie de l'évolution.
Depuis 1859 et la diffusion de l'Origine des espèces de Charles Darwin, la théorie darwinienne est l'objet d'attaques. Aux ÉtatsUnis, les fondamentalistes protestants militent pour introduire dans les textes de loi la théorie dite « créationniste », selon laquelle l'homme est de création divine. En juillet 1925, à Dayton, un professeur de sciences naturelles est condamné pour avoir enseigné le principe de l'évolution et contredit, ce faisant, une loi promulguée par l'Etat du Tennessee trois mois plus tôt, interdisant « toute théorie qui nie l'histoire de la création divine de l'homme telle qu'elle est enseignée dans la Bible et qui prétend à la place que l'homme descend d'un ordre inférieur d'animaux». En opposant Darwin à la Bible, le « procès du singe » signale à la fois une victoire de la religion sur la science et le degré d'exposition des professionnels de l'éducation face à la controverse. Avec sa laïcité républicaine et son école publique, la France s'est toujours crue armée contre de telles offensives. Mais cette confiance peut vaciller. En 2004, le groupe Sciences de la vie et de la terre du Syndicat national des enseignants de second degré (Snes) a lancé un groupe de travail sur le darwinisme après avoir entendu un parent d'élève demander pourquoi ils n'enseignaient pas d'autres théories. Et, en février 2007, un ouvrage créationniste musulman, l'Atlas de la création, est arrivé par la poste dans des centaines d'établissements français (voir p. 6). Pour faire le point, le Snes a décidé d'organiser un colloque, les 19 et 20 octobre, sur le thème: « La théorie de l'évolution, entre remise en cause et instrumentalisation ». Précaution exagérée? Voire. Depuis quelques années, les théories créationnistes se drapent dans un déguisement scientiste qui peut troubler. « Vendez de la science ... Qui peut objecter à l'enseignement de plus de science ? N'utilisez pas le mot créationnisme. Parlez uniquement de science. Expliquez que retenir de l'free.frrmation scientifique contredisant l'évolution revient à de la censure et s'apparente à un dogme religieux ... », recommande un journal créationniste cité dans l'ouvrage dirigé par Patrick Tort, Pour Danvin. Le diable, c'est lui, Darwin, représentant d'un matérialisme
forcené qui interdirait le dialogue entre la science et la spiritualité.
Et le discours se politise, les anti-darwiniens se faisant les promoteurs
du « doute est permis », et par là même les chantres
du débat ouvert et de la démocratie.
Le deuxième camp rassemble des scientifiques attachés à la distinction entre science et spiritualité. Dans « Pour une science consciente de ses limites », pétition parue en juillet 2006 dans Le Monde en réponse au manifeste des membres de l'UIP, ils rappellent que la science a des limites méthodologiques, qu'elle ne s'occupe que de faits appréhendables expérimentalement, et qu'un scientifique ne peut pas, dans le cadre de son travail, se servir d'elle pour démontrer des propositions métaphysiques, morales ou politiques. Selon les signataires, parmi lesquels Guillaume Lecointre, biologiste identifié comme le principal détracteur de Jean Staune, l'UIP, établissement financé, par la fondation Templeton « pour le progrès de la religion », transgresse ces limites en promouvant des professionnels qui incluent leur quête métaphysique dans leur recherche scientifique. La question n'est pas de savoir si Darwin a raison ou tort: «
L'œcuménisme s'enveloppe d'une parade démocratique, met en
garde Patrick Tort. Mais une vérité scientifique n'est pas
une question de démocratie! On ne vote pas pour ou contre Danvin,
on discute ses théories dans un cadre scientifique » (voir
pp. 5-6). La question est d'identifier la reprise d'un vieux combat opposant
les matérialistes aux mystiques. « Les vérités
révélées, les spiritualités et les idéologies
tentent d'une manière récurrente de s'imposer dans les résultats
de la science, soulignent les signataires du texte "Pour une science consciente
de ses limites". Il s'agit plutôt d'une remise en cause des moyens
de penser rationnellement le monde. La science retournerait ainsi à
un état antérieur à son émancipation du pouvoir
théologique au XVIII° siècle. Il ne s'agit pas d'interdire
de penser quoi que ce soit, mais il est de notre devoir de scientifiques
[ ... ] d'avertir lepublic qu'il ne s'agit plus de science. » Au
public, ensuite, de réfléchir en conscience.
INGRID MERCKX (Politis)
ENTRETIEN ![]() « Les pouvoirs injectent de la croyance et du rêve» Philosophe, professeur détaché au Muséum national d'histoire naturelle, directeur de l'Institut Charles Darwin International, Patrick Tort analyse la résurgence actuelle du religieux face à Darwin et à la science l'évolution. Vous participez les 19 et 20 octobre au colloque organisé par le Snes sur le thème « La théorie de l'évolution: entre remise en cause et instru mentalisation ». Comment comptez-vous introduire le débat? Patrick Tort: D'abord, en précisant qu'une résurgence
supplémentaire du créationnisme n'est pas un phénomène
scientifique, et n'a donc aucun pouvoir de « remise en cause»
dans l'univers de la recherche. Dans les laboratoires du monde entier,
l'étude de l'évolution se développe sur des bases
darwiniennes et produit de nouvelles positivités. Nous nous trouvons
en fait devant une régression religieuse et antiscientifique apparemment
multiforme, mais aux manifestations convergentes, puissantes et organisées,
qui a sa source d'influence majeure aux États-Unis. Elle réactive
et promeut une série de courants aussi divers que le fondamentalisme
biblique des évangélistes américains, l'Intelligent
Design et le fixisme d'Harun Yahya, prosélyte musulman turc
qui attaque les fondements de la paléontologie et de la biologie
moderne de l'évolution pour leur substituer le dogme de la création
divine de chaque forme vivante dans son état définitif.
Comment expliquer ce retour du religieux face au domaine scientifique?
Pourquoi cette intensification actuelle des idéologies
anti-darwiniennes ?
En France, le débat pourrait-il s'engager entre ceux qui
veulent distinguer l'activité scientifique et les croyances personnelles,
et ceux qui veulent les associer?
Qu'en est-il du succès du « darwinisme social»
et des liens entre créationnisme et libéralisme?
Les doutes qui frappent le darwinisme s'expriment au nom d'une résistance à une pensée unique et du droit de contester. Le darwinisme est-il contestable? C'est précisément parce que la théorie darwinienne est une théorie scientifique qu'on en discute encore dans la science, et qu'à partir d'elle on construit de nouveaux horizons de pensée. Mais, tombant dans le piège des anti-darwiniens, on utilise dans ce débat un vocabulaire politique. Diraiton que la chute des corps relève de la pensée unique? Une vérité scientifique n'est pas une question de démocratie. Nul n'a le droit de faire croire que chacun est libre de penser ce qu'il veut en science comme il le peut en politique. Reagan a voulu, au nom d'un libéralisme décérébré, la parité du darwinisme et du créationnisme dans les écoles. Dès que l'on considère, au nom de la« liberté », que l'on peut rejeter une théorie dont est issue une partie de la biologie moderne, on glisse dans une effrayante confusion entre la science et la politique, et on fait du même coup un usage politique de la science. On ne vote pas pour la chute des corps. On ne vote pas pour la théorie de l'évolution. Comment expliquer la fortune des idées anti-darwiniennes?
PROPOS RECUEILLIS PAR INGRID MERCKX Création d'ignorance « L'Atlas de la création », envoyé aux écoles en février 2007, a fait réaliser aux enseignants qu'ils étaient des cibles stratégiques pour les idéologies créationnistes. Août 1999. Le Conseil de l'éducation du Kansas adopte de
nouveaux critères pour l'enseignement des sciences. La science darwinienne
est ravalée au rang d'hypothèse, et le créationnisme,
au nom duquel le monde a été créé par Dieu
en sept jours, obtient droit de cité dans les écoles. Dans
un pays où les programmes scolaires sont du ressort des autorités
locales, les débats flambent dans chaque État. Début
2000, au moins sept États tentent de gommer Darwin des programmes
scolaires. En Alabama, les livres de science sont sommés d'établir
que l'évolution est une « théorie controversée»
au prétexte que « personne n'était là au moment
de l'apparition de la vie sur terre, donc toute affirmation sur les origines
de la vie relève de la théorie, non des faits».
En 2004, Joël Besnard, responsable du groupe Sciences de la vie et de la terre (SVT) du Syndicat national des enseignants de second degré (Snes), lit sur une liste de diffusion: « Lorsque j'enseigne l'évolution, des élèves me disent: "Ce n'est pas ce que dit le prêtre." » Deux ans plus tard, dans un lycée, un père d'élève demande à une prof de SVT : « Vous n'enseignez pas d'autres théories ?» S'il est normal pour des géo-biologistes que nous sommes de nous intéresser à l'argumentation de l'évolution, il est également logique que les syndicalistes que nous sommes s'inquiètent de la confrontation de conceptions opposées, concurrentielles, de l'évolution, déclare Joël Besnard en mars 2006, en introduction à une journée de réflexion sur le thème « Enseigner l'évolution face aux croyances ». En effet, si notre formation nous permet de répondre à un certain nombre d'interrogations scientifiques, elle nous laisse parfois en difficulté lors des questions qui mêlent réalités observables et explications finalistes, métaphysiques.» Faut-il et peut-on former les enseignants à une approche critique de l'évolutionnisme et du créationnisme ? C'est l'une des questions du colloque organisé par le Snes les 19 et 20 octobre à La Plaine-Saint-Denis (93). Preuve du besoin grandissant des professionnels de l'éducation en la matière. L'urgence s'est accrue en février dernier avec l'arrivée dans plusieurs centaines d'établissements français de l'Atlas de la création. Un ouvrage de 700 pages illustrées condamnant la théorie de l'évolution au profit du créationnisme et signé par un certain Harun Yahya. Ce prosélyte musulman turc, qui diffuse ses thèses à tour de bras (www.bookglobal.net). tente de prouver que les espèces animales n'ont pas changé depuis la création, et fait des thèses de Darwin « la réelle source du terrorisme ». Le ministère a demandé que cet ouvrage soit mis hors de portée des élèves. Mais l'affaire a fait du bruit. « Il ne s'agit pas de théories mais de croyance, a rappelé Dominique Borne, président de l'Institut européen en science des religions (Libération du 6 février). Face aux élèves, il ne faut pas opposer théorie contre théorie, mais leur montrer la différence entre la connaissance scientifiquement établie et des croyances [ ... J, et leur expliquer que l'on cherche la vérité avec des outils scientifiques. » Pas une mince affaire. D'autant que tout élève cherchant des free.frrmations sur l'évolution tombe forcément, à un moment ou à un autre, sur celles distillées par l'Intelligent design sur Internet. Seule façon d'y répondre: développer le sens critique, donner des arguments. Exemple, face à l'objection la plus répandue: « L'évolution n'est qu'une théorie, pas un fait. » « Il n'y a pas de séparation possible entre faits et théorie, explique Guillaume Lecointre, dans sa "seconde postface à l'attention des enseignants". La théorie investit l'appréhension du fait, mais un fait sans théorie environnante ne signifie rien. L'évolution biologique est à la fois une théorie qui met en cohérence un grand nombre de faits, et des manifestations tangibles que nous appelons faits. La théorie n'est pas moins "vraie" ou moins crédible que les faits qu'elle explique. Il n'y a pas à employer le mot "théorie" dans un sens péjoratif. » « Mais il faut aussi ne pas oublier que cette propagande religieuse est par essence et par destination une propagande politique qui doit être analysée dans sa genèse complexe et combattue politiquement en connaissance de cause», met en garde Patrick Tort. Encore faut-il prendre la mesure du problème au-delà du périmètre de la classe. INGRID MERCKX
(1) Voir les dossiers Sagascience pour le CNRS.
Au nom du «dialogue» L' Université interdisciplinaire de Paris diffuse des idées non darwiniennes et tente d'investir l'école avec ses cours sur les «implications théologiques» de la science. L'Université interdisciplinaire de Paris (UIP), « un lieu unique d'ouverture, de diffusion et de dialogue », va bientôt reprendre ses cours du soir, promet Jean Staune, secrétaire général et cofondateur de l'association qui a créé l'université en 1995 et revendique 1250 adhérents. Pour l'instant, la page «Agenda» de son site Internet reste désespérément vide, mais on peut y découvrir les théories promues par cette université: implications philosophiques de la science et critique du darwinisme et du créationnisme (mais cette dernière page est vide). Jean Staune rassure : « On est une université populaire comme l'Université de tous les savoirs, sauf que l'on existe depuis plus longtemps qu'elle, mais avec moins de moyens. Et nous sommes plus orientés sur des idées nouvelles en général. » Ce que Jean Staune nomme « idées nouvelles» est défini par lui comme « une tradition dans le champ de Teilhard de Chardin d'une critique évolutionniste du darwinisme». L'UIP n'existerait pas sans ce personnage aux multiples facettes: chargé
de cours à HEC, diplômé dans différentes disciplines,
expert en management à son compte (Jean Staune International) et
maître de conférences à l'Institut supérieur
des affaires, Jean Staune est aussi celui par qui est arrivée la
critique du darwinisme. L'homme s'est distingué en octobre 1991
par un article publié dans le Figaro intitulé : « L'évolution
condamne Darwin ».
L'Université interdisciplinaire de Paris a aussi fonctionné avec les fonds privés de grands noms du CAC 40. « Nous avons été financés par Auchan, L'Oréal, Peugeot, France Télécom, EDF-GDF. Air France a été partenaire de notre grand colloque. Des fondations suisses nous ont aussi financés », cite pêle-mêle le secrétaire général. Aujourd'hui, l'essentiel de ces fonds provient de la fondation Templeton, « le plus grand financier des adversaires du créationnisme aux États-Unis », affirme Jean Staune, qui proteste contre les amalgames entre « non-darwiniens» et créationnistes en France. La fondation américaine finance depuis 2002 des programmes de l'UIP, intitulés « Perspectives globales en science et spiritualité» (GPSS), un concours destiné à des universitaires d'Asie et d'Europe de l'Est. « Le programme GPSS 1 a permis de distribuer un million et demi d'euros à 18 universités dans 18 pays, et GPSS 2 distribue la même somme à 7 universités en Chine, au Japon, en Russie, notamment pour de la recherche fondamentale sur la question des implications philosophiques de la mécanique quantique par rapport à la philosophie bouddhiste ou au taoïsme », explique Jean Staune. Le secrétaire général ne manque pas de pointer le « barrage médiatique gigantesque, parce que nous avons de l'argent américain, même si c'est de la part des darwiniens, parce que nous travaillons aussi effectivement sur les implications phIlosophiques et théologiques de la science: on dit des choses qui gênent un certain nombre de pensées politiquement correctes ». Mais Jean Staune diffuse cet enseignement non darwinien au-delà de l'UIP. Récemment, en Suisse, le fondateur de l'université a dispensé ses cours dans le lycée cantonal des Creusets, à Sion (Valais). «Le lycée a réalisé 40 posters sur les différentes thèses de mon livre [1], de la philosophie à la technique en passant par la chimie, les mathématiques, le cerveau et la neurochimie, avec notamment l'aumônerie chrétienne du lycée. » Les posters ont été affichés pendant trois semaines dans les salles de cours, et les lycéens ont eu droit à une conférence de Jean Staune en personne. « Eux l'ont fait. J'espère bien qu'en France cela se fera aussi dans l'éducation, pourquoi pas nationale. Nous avons déjà des demandes du privé, en Seine-Saint-Denis et en Bretagne. » THIERRY BRUN
(1) Notre existence a-t-elle un sens ?, Jean staune, Presses
de la renaissance, 2007.
Le darwinisme est parfois contesté dans les salles de classe françaises Le Monde - 26.04.05
La lutte contre le darwinisme n'est pas une spécialité nord-américaine. Elle essaime parfois aussi dans les salles de classe françaises. "J'ai eu l'occasion d'assurer des travaux personnels encadrés -TPE- en lycée sur l'évolution. Il était clair que les élèves avaient puisé sur Internet des éléments du Discovery Institute" , témoigne Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN). Le Discovery Institute, basé à Seattle, est le plus ardent promoteur aux Etats-Unis du "dessein intelligent" . Ces conceptions apparaissent sur les moteurs de recherche et quiconque omettrait l'accent sur le "e" d'évolution est presque assuré d'y être automatiquement renvoyé. "Mais ces contenus sont aussi largement traduits, notamment en français" , assure Guillaume Lecointre. La thèse centrale des tenants du "dessein intelligent" ? La vie est trop complexe pour résulter d'une évolution guidée par un processus aveugle de mutation/sélection. Là où il y a horloge, il y a forcément un horloger. Son cheval de bataille actuel est le flagelle de la bactérie, qualifié de "machine la plus efficace de l'Univers" . Ce moteur rotatif évolue à plusieurs dizaines de milliers de tours par minute. Constitué d'une cinquantaine de molécules, il ne peut, selon les membres du Discovery Institute, qu'être une pièce d'ingénierie et non le résultat d'une série de pas successifs sélectionnés par l'évolution. Pour Guillaume Lecointre, les thèses défendues par le Discovery Institute constituent le prototype d'une nouvelle "désfree.frrmation instruite" qui prend le relais des formes anciennes de créationnisme. Les critiques passées du darwinisme s'appuyaient sur l'exemple de l'oeil, organe lui aussi jugé trop complexe pour être uniquement le fruit de processus naturels. En empruntant aux registres de la biochimie et de la génétique, "il s'agit désormais, pour les spiritualistes, afin de crédibiliser le message des scientifiques, de paraître plus scientifiques qu'eux" , estime-t-il. Ces critiques adressées à la théorie de l'évolution se fondent sur "une série de raisonnements analogiques, d'objections fausses, de confusions épistémologiques et de décalages d'échelle dans la critique" , dont le chercheur français détaille les ressorts dans un ouvrage collectif récent (Les Matérialismes et leurs détracteurs, Syllepse, 800 p, 33 €). Il prend la peine de répondre sur le site du CNRS (http ://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre1.html) aux 10 questions que Jonathan Wells, membre du Centre pour le renouveau de la science et de la culture, suggère aux élèves de poser en classe de sciences naturelles pour embarrasser les enseignants. En France, il arrive plus rarement à ces derniers d'être confrontés à une résistance des élèves sur les questions d'évolution. Corinne Fortin, professeur en sciences de la vie et de la Terre au lycée de Torcy (Seine-et-Marne), estime cependant que, ces dernières années, "les idées créationnistes ont pris plus de poids" . Auteur, en 1993, d'une thèse consacrée à l'enseignement de l'évolution, elle dit ressentir les effets du fondamentalisme religieux. "Avant, seuls les Témoins de Jéhovah proposaient des objections" , explique-t-elle. Aujourd'hui, "le vrai danger sur Internet vient de sites militants qui peuvent séduire des élèves même non pratiquants" , dit-elle. "Ces questionnements ne sont pas négatifs, à condition que l'on veille et qu'on y réponde" , estime Jean Ulysse, secrétaire général de l'Association des professeurs de biologie et de géologie, qui avait coutume de débuter le cours sur l'évolution par une présentation des conceptions créationnistes précisément pour montrer en quoi leur démarche n'était pas scientifique. Mais si l'on enseigne toujours les faits évolutifs, "depuis quelques années, la théorie de l'évolution n'est plus dans les programmes" , regrette-t-il. Hervé Morin
Aux Etats-Unis, l’ouverture d’un
musée des erreurs
Fondé par des créationnistes, il présente une histoire du monde calquée sur la Bible. Par Thomas Devry - Libération
-: samedi 7 juillet 2007
Pour une raison inconnue, les petits Américains passent un temps considérable à ingurgiter tout ce qu’ils peuvent sur les dinosaures. Il n’est donc pas étonnant qu’un musée qui cherche à modeler l’esprit des enfants déploie quantité de triceratops, diplodocus et autres stégosaures, en plastique ou animés tels des robots. Des institutions fort sérieuses, comme le Smithonian Museum à Washington, sont passées par là. Mais voilà, à Petersburg, au cœur des collines du Kentucky, les tyrannosaures et quelques vélocirapteurs batifolent en parfaite harmonie aux côtés d’enfants souriants (en plastique aux aussi). Ce tableau, propre à effrayer tout spectateur de Jurassic Park, a le don de hérisser le poil de n’importe quel naturaliste qui sait que les dinosaures et les humains ont raté leur rendez-vous de 60 millions d’années. Pas ici, car nous sommes au musée de la Création, fondé sur la parole littérale de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), qui fait remonter l’âge de notre bonne vieille planète Terre à 6 000 années maximum. Alors, T-Rex et Cro-Mag partenaires de jeu, pas de problème. Il fallait bien que ça arrive un jour. Vexés de s’être
fait ridiculiser en 1925 lors d’un des procès les plus célèbres
du XXe siècle, les créationnistes américains n’ont
eu, depuis, de cesse de reprendre pied dans les écoles du pays.
Après la tentative, une nouvelle fois avortée l’an passé,
de faire valider l’apprentissage de la «conception intelligente»
(«intelligent design») de l’univers par «un être
supérieur», ils ont choisi une autre forme d’enseignement
: la muséologie. Imaginé par Ken Ham, un évangéliste
australien, le Creation Museum, qui a ouvert ses portes fin mai après
27 millions de dollars d’investissement, ambitionne, selon son fondateur,
«de démontrer que tout ce qui est contenu dans la Bible peut
être défendu par la science moderne». Sans oublier les
dinosaures, bien sûr, car, d’après Ken Ham, «ils font
un tabac avec les enfants». Un des concepteurs des parcs Universal
Studios en Floride a même été recruté pour cette
sainte croisade.
Un peu plus loin, on nous explique que la Bible a commencé à
perdre de son influence à cause d’une foison de libres-penseurs,
méchamment dénoncés sur un mur du déshonneur
: Bacon, Descartes, Laplace, Buffon, Darwin. On passe ensuite aux explications
«scientifiques». Dieu a certainement créé l’ADN.
Examinons le cas de l’œil : l’œil est vraiment très complexe, bien
plus qu’une caméra vidéo. C’est donc la preuve qu’il a fallu
un créateur omnipotent et omniscient pour inventer cette merveille.
Pas convaincus par la science ? Repartons un peu vers des choses plus amusantes
: des tableaux grandeur nature du jardin d’Eden, avec Adam, Eve, le serpent,
les animaux (et les dinos). Il a beau être écrit dans Genèse
2:25, «Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils
n’avaient pas honte l’un devant l’autre», ici, les cheveux d’Eve
couvrent toujours sa poitrine, et Adam dissimule habilement son entrejambe.
Étourdi par tant d’free.frrmations, il ne reste plus, près de la sortie, qu’à visionner un film qui suggère que les dragons des légendes européennes et chinoises du Moyen-Age ne sont rien d’autres que des dinosaures qui ont survécu un peu plus longtemps qu’on ne le croyait. Au sortir de cette présentation, deux professeurs d’un lycée local, venus observer «quelles âneries nos élèves vont bientôt nous sortir», grommellent. Une mère de famille les entend et s’approche d’eux : «Ayez l’esprit ouvert ! Pourquoi refusez-vous d’envisager une autre explication ?» Les deux profs battent en retraite, peu désireux de dialoguer. «Existence de Dieu». En ce jour de la mi-juin, les
visiteurs affluent, certains venant de très loin, comme en témoignent
les plaques d’immatriculation sur un parking presque plein. Comme la plupart
d’entre eux, Mary-Ann Walter recherche «une théorie alternative
de la création de notre planète, conforme à notre
croyance en Dieu». David, un adolescent en short venu avec sa chorale
pastorale, hésite encore : «Je ne sais pas si ce qui est présenté
dans ce musée est vrai ou pas, mais cela me plaît davantage
que le darwinisme, qui ne prend pas en compte l’existence de Dieu.»
Confusion apparemment partagée par une majorité d’Américains,
puisqu’un récent sondage ( USA Today) offre ce curieux résultat
: 66 % estiment que Dieu a créé l’homme tel qu’il est aujourd’hui,
et 53 % penchent pour la théorie de l’Evolution.
Benoit XVI pourrait embrasser la théorie de l'Intelligent Design Le colloque organisé autour de Benoit XVI devrait marquer une entrée en force de la théorie de l'Intelligent Design dans la doctrine catholique. "There have been growing signs the Pope is considering aligning his church more closely with the theory of "intelligent design" taught in some US states. Advocates of the theory argue that some features of the universe and nature are so complex that they must have been designed by a higher intelligence. Critics say it is a disguise for creationism." Le colloque qui réunira des scientifiques, des intellectuels et des philosophes autour du pontife, verra l'intervention de personnalités qui ont récemment soutenu publiquement l'Intelligent Design, dont le Cardinal autrichien Christoph Schönborn. Dans son discours inaugural, Benoit XVI avait
laissé entendre que le sujet de l'évolution lui tenait à
coeur, en affirmant "nous ne sommes pas des résultats accidentels,
sans objet, de la création".
Pope prepares to embrace theory of intelligent design Philosophers, scientists and other intellectuals close to Pope Benedict will gather at his summer palace outside Rome this week for intensive discussions that could herald a fundamental shift in the Vatican's view of evolution. There have been growing signs the Pope is considering aligning his church more closely with the theory of "intelligent design" taught in some US states. Advocates of the theory argue that some features of the universe and nature are so complex that they must have been designed by a higher intelligence. Critics say it is a disguise for creationism. A prominent anti-evolutionist and Roman Catholic scientist, Dominique Tassot, told the US National Catholic Reporter that this week's meeting was "to give a broader extension to the debate. Even if [the Pope] knows where he wants to go, and I believe he does, it will take time. Most Catholic intellectuals today are convinced that evolution is obviously true because most scientists say so." In 1996, in what was seen as a capitulation to scientific orthodoxy, John Paul II said Darwin's theories were "more than a hypothesis". Last week, at a conference in Rimini, Cardinal Christoph Schönborn of Austria revealed that evolution and creation had been chosen as the subjects for this year's meeting of the Pope's Schülerkreis - a group consisting mainly of his former doctoral students that has been gathering annually since the late 1970s. Apart from Cardinal Schönborn, participants at the closed-door meeting will include the president of the Austrian Academy of Sciences, Peter Schuster; the conservative ethical philosopher Robert Spaemann; and Paul Elbrich, professor of philosophy at Munich University. Last December, a US court sparked controversy when it ruled that intelligent design should not be taught alongside evolution theory. Cardinal Schönborn said: "The debate of recent months has undoubtedly motivated the Holy Father's choice." But he added that in the 1960s the then Joseph Ratzinger had "underlined emphatically the need to return to the topic of creation". The Pope also raised the issue in the inaugural sermon of his pontificate, saying: "We are not the accidental product, without meaning, of evolution." A few months later, Cardinal Schönborn, who is regarded as being
close to Benedict, wrote an article for the New York Times backing moves
to teach ID. He was attacked by Father George Coyne, director of the Vatican
Observatory. On August 19, Fr Coyne was replaced without explanation. Vatican
sources said the Pope's former astronomer, who has cancer, had asked to
be replaced.
Aux États Unis, même si le homeschooling a été imaginé au départ par des parents qui souhaitaient "déscolariser" leurs enfants, environ 80% des enfants suivent un programme ultra-religieux. |
| Présentation
| SOMMAIRE
|
| Le
nouveau sirop-typhon : déplacements de populations ? chèque-éducation
? ou non-scolarisation ? |
| Pluralisme
scolaire et "éducation alternative" | Jaune
devant, marron derrière : du PQ pour le Q.I. |
| Le
lycée "expérimental" de Saint-Nazaire |
Le
collège-lycée "expérimental" de Caen-Hérouville|
| L'heure
de la... It's time for ... Re-creation | Freinet
dans (?) le système "éducatif" (?) |
| Changer
l'école | Des
écoles différentes ? Oui, mais ... pas trop !|
L'école
Vitruve |
| Colloque
Freinet à ... Londres | Des
écoles publiques "expérimentales" |
| 68
- 98 : les 30 P-l-eureuses | Et
l'horreur éducative ? |