alternatives éducatives : des écoles différentes
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2014
école autrement, école alternative, école différente ...
Une autre école est-elle possible ?
 
POUR LA LIBERTÉ D'INSTRUCTION
disent-ils...

LES CHÈQUES ÉDUCATION : L'ÉCHEC !
En France aussi, évidemment, et depuis une bonne vingtaine d'années, le "chèque éducation" (ou "bon scolaire") - en anglais "voucher" -
fait partie d'un blabla yakaiste au sujet des indispensables réformes, "simples, urgentes et radicales", disent-ils, du système scolaire.
USA 2008 :"dans le Milwaukee, il n'y a pas eu de miracle" (Sol Stern).
L'un des plus fervents promoteurs du chèque-éducation aux USA, Sol Stern, vient de faire brusquement volte-face
en affirmant, constats à l'appui, que le voucher n’avait "pas du tout amélioré le système public".
Après avoir depuis longtemps réclamé, soutenu et contribué au développement des vouchers et des charter schools,
Sol Stern pointe les défauts et les insuffisances du voucher. Il cite, entre autres, l’expérimentation de Milwaukee,
première ville aux États-Unis à adopter, en 1990, un programme chèque éducation.

 
 

« Main basse sur l'école publique »
L'Éducation Nationale est accusée de « fabriquer des crétins » et d'entretenir le « chaos pédagogique », l'insécurité et le chômage.
Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi dévoilent la signification de ces mesures :
des associations de libéraux et de catholiques conservateurs proches du Front national et de l'Opus Dei sont à l'origine de ces propositions.
Au nom de la liberté de choix, on prépare une privatisation de l'Éducation.

school choice... charter schools ... vouchers ... flexi-schooling ... home schooling ... :"liberté-d'instruction", disent-ils !Quelques rubriques, parmi beaucoup d'autres, toujours "d'actualité" :
les rapports parents-profs, la maternelle à 2 ans, l'ennui à l'école, les punitions collectives, l'état des toilettes, le téléphone portable, le créationnisme...
  

des écoles différentes ?
 
QUESTIONS
POUR
UN
PROJET

Comme toute Institution, l'Ecole a une histoire.
L'ignorer rend incompréhensible son (dys-) fonctionnement actuel, et quasi impossible l'idée même d'une nouvelle conception : d'un projet.
Ayant une histoire, elle a un certain âge - un âge certain - et donc une naturelle tendance à la routine, la sclérose, et la paralysie. Comme beaucoup d'autres institutions.

Depuis quelques décennies, on entend les uns, surtout ceux qui la font "fonctionner", réclamer inlassablement "plus de moyens" pour l'améliorer, tandis que d'autres énumérant ses défauts et ses piètres résultats en les comparant à ses coûts, souhaitent sa restructuration, entendue le plus souvent au sens de "privatisation".
Les "usagers", ou plus exactement leurs parents, sont de plus en plus nombreux, mais rarement au même moment, ni pour les mêmes raisons, à penser qu'il faudrait effectivement trouver quelque chose d'autre : pour leur enfant, et tout de suite.
Cela se traduit généralement par un passage du public au privé, ou vice-versa, et c'est quelquefois le début d'une longue série de zappings entre les établissements les plus divers, dans une démarche individualiste et de consommation.
A la recherche éperdue du "zéro défaut".
 

D'autres, beaucoup plus rares, se posent la question, parfois même avant la naissance, en tout cas bien avant qu'il ne soit trop tard, du choix de l'école où leur enfant passera les premières années de sa vie. Cette démarche peut être suscitée soit par une mauvaise réputation, justifiée ou pas, de l'école du quartier, soit parce que les parents entendent dès la petite enfance s'assurer la collaboration d'une pédagogie conforme à leur conception de l'éducation.

Dans les deux cas, et dans toutes les situations intermédiaires, on s'expose à des difficultés de tous ordres : isolement, indifférence, incompréhension, parfois même hostilité, de l'entourage immédiat, des voisins, et des "autorités", éloignement, coût, et rareté des places dans des écoles dont le nombre paraît loin de satisfaire une demande en hausse.

Mais dès qu'une amorce de débat public semble pouvoir s'instaurer, le Grand Orchestre Cacophonique des lobbies (en français : corporations), couvre instantanément toute proposition, court-circuite toute réflexion de fond. Mêmes partitions au plan local, avec l'Orchestre de Chambre ou la fanfare municipale.
Jusqu'aux vacances, qui ne sont jamais très loin.
Ou jusqu'à la prochaine "crise" qui fera refleurir processions et manifestations réglées selon un rite immuable, avec pancartes et slogans, cantiques et banderoles, soigneusement remisés dans les bunkers, les tranchées, et les sacristies, entre deux assauts.
Passent les ministres (plus d'une quarantaine depuis la Libération), et leurs au moins aussi nombreuses réformes.
Passent les générations, leurs espoirs et leurs illusions.


S'installe depuis plus de trente ans une crise dont tout le monde voit bien qu'il s'agit en fait d'une redistribution cynique et planétaire des capitaux. Et de la folie criminelle de la spéculation qui en est devenue le principal levain; l'autre restant l'exploitation sans vergogne de continents pas encore trop dérangés par les Droits de l'Homme.

Si les téléphones cellulaires et leurs ondes sont nuisibles pour notre santé, 
les conditions d’extraction des métaux nécessaires à leur fonctionnement 
font bien plus de dégâts sur la santé des africains !
Le Coltan (Colombo-Tantale), un minerai qui tue


Et demeure ici la question de plus en plus sans réponse crédible :
à quoi sert l'école ?
et son inévitable corollaire : pour quel avenir ?

Peut-être devrait-on poser d'abord la deuxième question.
Et sous-jacente, affleurant à peine sous un début de migraine :
Quoi d'autre, à la place, de différent ? Quelles alternatives ?

Car il n'est bien sûr pas concevable, pour l'immense majorité - des décideurs comme des décidés - de la supprimer ou de la laisser disparaître, sans la remplacer par quelque chose d'autre.
Que diable ferait-on des enfants toute la journée ?
Et comment, fichtre, trouveraient-ils un (bon) emploi plus tard ?

Pourtant, on sait de plus en plus, même et surtout dans les milieux pas spécialement favorisés, que les diplômes qu'elle distribue plus généreusement qu'autrefois sont devenus du même coup de la fausse monnaie : ils ne donnent plus automatiquement accès à un emploi et un salaire et donc à une relative autonomie - faut-il parler de "bonheur" ? -, comme c'était encore le cas jusqu'à la fin des années soixante-dix.
Tout juste s'agit-il aujourd'hui de certificats d'études, ou de présence, billets d'entrée pour une faculté où l'on retrouve désormais un jeune sur deux, espérant obtenir une place dans la file d'attente. Le nombre de sièges disponibles diminuant jusqu'au Grand Jeu final, bâti sur un nouveau concept, comme disent les animateurs-gougnafiers de nos télévisions publiques ou privées, mais bien connu des enfants ayant bénéficié d'au moins une soirée en centre de loisirs : celui des chaises musicales.

où trouver les conseils ? Rencontrer le conseiller d'orientation au lycée était une galère. 
Pourraient-ils en parler avec leurs professeurs ? «On ne sait pas où les trouver»


Le marché du travail étant devenu ce qu'il est, on connaît la suite, mise en scène sur le concept, fort, de Fort Boyard : les heureux candidats sélectionnés doivent en très peu de temps accomplir le maximum d'exploits, en évitant de tomber dans la fosse aux lions ou aux reptiles, et donc en y poussant les autres. Même gagnants, ils seront de toute façon remplacés très vite par de nouveaux sélectionnés attendant impatiemment leur tour.
Etudiant ou stagiaire, hébergé jusqu'à trente ans aux frais des parents qui en ont la possibilité, bizuté jusqu'à trente-cinq ou quarante ans, on est désormais prié dès qu'approche la cinquantaine, de laisser la place aux suivants. Eliminé.

Si on en est arrivés là, c'est parce que les "usagers" l'ont voulu activement, ou passivement laissé faire.
Citoyens usagés, ils sont aussi tous, peu ou prou, d'anciens élèves de ce système scolaire : ceci explique peut-être cela.
Système "que le monde nous envie" : on peut effectivement toujours trouver pire dans le temps ou l'espace.
Système qui n'est pourtant pas né par hasard ou par philanthropie, mais a été conçu et organisé selon une logique et avec un discours qui ont pu, et peuvent encore, faire illusion.
Mais combien de  temps, et à quel prix ?

Car ses concepteurs et commanditaires, ou leurs successeurs et héritiers contemporains se joignent désormais bruyamment au concert de lamentations. Pour eux non plus, le rapport qualité-prix n'est plus satisfaisant du tout. Et des détraqués de la calculette rêvent d’une école livrée au Marché, du moins sa partie solvable et rentable ; le reste étant abandonné à l’Etat, les Eglises et autres philanthropes.
Des associations et des o.n.g. créées ou manipulées par des groupes financiers, politiques et religieux, inondent les parlementaires et diverses commissions nationales et européennes de rapports d’experts, ou prétendus tels, notamment en faveur du chèque-éducation, présenté comme la panacée.
Pour libérer l’école de l’emprise étatique, la rendre plus performante et même plus juste.
Rien que ça ! Mais les expériences recensées et étudiées par l’O.C.D.E. sont loin d’être concluantes. (1)
 
 

Des écoles ? Différentes ?
De quoi ? En quoi ? Pourquoi et pour Quoi ? Comment ?  Jusqu'où, et à quel prix ?

Autrement dit, si l'école a une histoire : laquelle ?
A-t-elle encore un projet : lequel ?

Questions que chacun doit prendre le temps, et donc la liberté, de se poser, pour pouvoir les poser à d'autres parents-usagers, afin que suffisamment de parents-citoyens puissent les poser à leurs élus et à tous ceux qui rêvent - parfois depuis tout-petits - de l'être bientôt, et le plus longtemps possible.
Questions posées par ce guide-annuaire à un certain nombre d'écoles, publiques et privées, qui à des degrés divers, ont entrepris de les examiner et de proposer des amorces de réponses.

Des amorces seulement ?
Eh oui, car certaines leçons et déceptions post-soixante-huitardes ont tout de même porté leurs fruits. Rien ne sert de claironner des proclamations radicalement définitives si l'on n'est pas certain de s'en souvenir le lendemain matin, ni d'avoir utilisé le même dictionnaire pour donner un sens aux mots (parallèle, alternative, autogestion, pour les nostalgiques des seventies, expérimental, autonomie, épanouissement, équipe, projet ... ou citoyenneté, partenariat, libre choix, pluralisme, voire même innovation pour ceux qui viennent d'arriver).

On pourrait aussi, élargissant le strict secteur scolaire, et on le devra bien avant qu'il ne soit définitivement trop tard, s'intéresser au sens communément admis, ou pas, de mots-valeurs fondateurs, puisque constituant, ou pas, une nation, et légitimant, ou pas, ses institutions : république, démocratie, liberté, égalité, fraternité.
On pourrait aussi, quittant le strict terrain franco-français, et on le devra bien avant qu'il ne soit définitivement trop tard, s'intéresser au moins autant que les multinationales, mais différemment, aux rapports entre des peuples issus de la même terre et que relie, entre eux et aux éléments, une même origine et une même fin : l'univers.
 
 

1 - Différentes : de quoi ?

Vieilles pierres et parchemins.
L'école traditionnelle, publique ou privée, fait tellement partie du paysage, de nos habitudes, de notre culture, qu'on ne la "voit" plus. Ni le bâtiment qui a toujours été dans cette rue, ou très vite intégré au quartier de construction plus récente; ni son agencement intérieur, fait de couloirs, salles vitrées et cour de récréation, qu'on ne traverse que très rapidement, sur invitation, autorisation ou convocation, à l'occasion d'une réunion de parents ou d'une fête de fin d'année. Les enfants eux-mêmes n'y entrent et n'en sortent qu'à jours et heures fixes, déterminés par le calendrier scolaire et l'emploi du temps.
Il s'agit de toute évidence d'un espace fermé, et l'actualité récente n'a fait que renforcer l'argumentation simpliste des partisans du "sanctuaire". C'est aussi un espace très cloisonné et on ne passe pas impunément d'une salle à une autre, d'un étage à l'autre, en dehors des convois groupés ou d'un laisser-passer exceptionnel. Les effectifs, les consignes de sécurité, et l'habitude dictent les règles de séjour et de circulation dans l'école et à l'intérieur de la classe. Le mobilier y est administratif, comme sa disposition à l'intérieur de l'espace-classe, comme les couleurs des murs et des couloirs. Dehors, la végétation ne survit que sous forme de quelques platanes ou marronniers encerclés de goudron.

En matière d'architecture, il existe bien sûr des exceptions, notamment depuis la prise en charge de la construction et de la rénovation des lycées par les régions et des collèges par les départements. Au hasard des luxueuses plaquettes disponibles surtout en période pré-électorale, on peut découvrir des réalisations sortant de l'ordinaire. Ce n'est pas la pyramide du Louvre ni la grande Arche, mais on y voit des bâtiments de verre abritant des salles sans doute plus lumineuses, avec une nouvelle conception des espaces attribués à la cafétéria, au C.D.I., voire au "forum". Architectures audacieuses pouvant sans doute permettre d'autres rapports entre les occupants des lieux.
Mais l'audace et l'innovation autorisées à l'architecte ne le sont pas toujours - et ne peuvent être imposées - au personnel enseignant ou administratif. Et on a déjà vu des bâtiments conçus presque sur mesures pour "une autre pédagogie", détournés plus ou moins vite, rétrécis aux dimensions étriquées d'un réglement intérieur ou d'un laisser-faire sans foi ni loi, faute d'une équipe suffisamment stable et redimensionnée, elle aussi, elle d'abord, à la hauteur d'un nouveau et ambitieux cahier des charges, pédagogique celui-ci.
Une nouvelle architecture n'induit pas forcément une éducation nouvelle.

Le personnel, d'enseignement, d'administration ou de service, n'a en effet généralement pas choisi de travailler ensemble dans une école plutôt que dans une autre : c'est le système des "mouvements" cogéré par le ministère et les syndicats qui en décide, en fonction des diplômes, de l'ancienneté, et des places vacantes. Qui sont toujours plus nombreuses dans la moitié nord du pays, et particulièrement dans les quartiers dont on dit qu'ils sont en difficulté et dont on se demande bien pourquoi.
La formation et la sélection des enseignants, malgré la mise en route des I.U.F.M. - très contestée dans les salons et à l'académie - n'ont guère évolué depuis l'époque où le ministère employeur était celui de l'Instruction publique. Déserté jusqu'au début de cette décennie, le métier attire de plus en plus de jeunes et de moins jeunes, notamment d'anciens salariés du privé, parfois multi-diplômés, au chômage et donc séduits par la garantie de l'emploi et les horaires. On y recrute sur diplômes et par concours : les forts en maths se retrouvent profs de maths à vie, idem pour chaque matière, et tant pis s'ils n'ont aucune compétence pédagogique; à eux de se débrouiller avec quelques règles de maintien de l'ordre, et aux élèves de s'adapter, ou de mourir d'ennui.

Ou de mépris : ils peuvent aussi très jeunes intérioriser les multiples violences dont ils sont l'objet de la part d'adultes incompétents ou prématurément aigris. Bien que réclamé par voie de circulaires officielles, le "projet" n'est souvent qu'un antique réglement intérieur dont on a changé le titre et la forme en l'agrémentant de phrases ronflantes empruntées au discours pédagogique. Vieille carcasse travestie à coups de P.A.E. plaqués d'autorité pour faire plaisir à l'inspecteur, puisqu'il faut y passer et que les subventions doivent être dépensées dans les délais. On fera donc du patin à roulettes, en sixième, le mardi de dix à onze, et un aller-retour à Londres pour les troisièmes, trois jours avant les vacances. C'est obligatoire, on innove, taisez-vous, je veux les autorisations signées des parents lundi dernier délai.
 

Y a longtemps que ...
Logée dans du neuf ou de l'ancien, l'école traditionnelle, publique comme privée, n'aurait de toute façon de leçon à recevoir de personne. Et surtout pas de "l'Éducation Nouvelle", maugrée-t-on lorsqu'un journal ou une émission de radio ou de télévision attire l'attention du public sur un des grands courants pédagogiques ou l'une de ses écoles. "C'est complètement dépassé" entend-on parfois à propos de la pédagogie Freinet. Les "méthodes actives" ? Mais voyons, il y a longtemps que l'Education Nationale les a adoptées, soupire-t-on plus loin. "D'ailleurs, elles ont largement fait la preuve de leur échec" affirme-t-on en face. Placer l'enfant au coeur du système éducatif ? Mais il y est, depuis longtemps, depuis toujours, en tout cas depuis 1989, date de la proclamation.
La réalité est pourtant bien visible, dès tôt le matin, avant même que sonne l'heure des cours : sur le chemin de l'école - et souvent le nez au ras des gazs d'échappement - des enfants de dix ans portent des sacs de dix kilos, comme ont pu le constater des associations de parents à l’aide de balances posées à l’entrée des écoles ! L'école étant un lieu de socialisation, il y a bien quelques bricoles, tout au fond, pour le troc, plus ou moins volontaire, de la récré. Mais l'essentiel est tout-à-fait homologué. Les prorammes restent encyclopédiques, et le découpage horaire de l'emploi du temps achevé in extremis la veille de la rentrée par une direction exténuée d'avoir tenté de tenir compte des exigences ou prérogatives des professeurs désirant regrouper leurs horaires, ressemble à un mille-feuilles. Les enfants du collège sont des librairies ambulantes, même si un sur cinq ne sait pas encore lire à l'issue de six à huit années de scolarité. Et gare à lui s'il-elle oublie son matériel pour l'heure hebdomadaire d'éducation (?) physique ou artistique.

La réalité pour beaucoup d'enfants, c'est aussi jusque tard le soir des devoirs à faire à la maison alors qu'ils sont interdits depuis près de quarante ans. D'autres ont fait un crochet par les cours de soutien scolaire animés par des bénévoles du quartier : heures supplémentaires non payées, ni aux enfants ni aux bénévoles. D'autres, ou les mêmes, jusque très tard dans la nuit, zappent entre les dizaines de chaînes et les jeux vidéo sur l'écran du salon ou de leur chambre.
Les rythmes biologiques, que tout le monde connaît depuis que les spécialistes se succèdent et accusent, tout le monde s'en contre-fiche. En quelques années, la France bascule de fait dans la semaine de quatre jours. Qui sont interminables puisqu'il faut y caser l'intégralité du programme. Mais ça arrange tellement les enseignants, les parents, et les lobbies du loisir de ouikende qu'on ne pourra probablement plus faire marche arrière.
A peine adoptée, l'alternance cinq semaines d'école - deux semaines de congé était contournée sous la pression des stations de sports d'hiver et des compagnies d'autocars, qui, si elles le pouvaient, dicteraient souverainement les dates de vacances en fonction de l'enneigement et répartiraient les zones itou.

Les droits de l'enfant à l'expression et à l'association, y compris dans l'école, ont été ratifiés par la France en novembre 1989, mais elle en freine encore l'application en émettant des réserves sur leur opportunité (cf au chapitre Freinet, la lettre de Jean Le Gal au ministre de l'Éducation). A douze ans, la seule formalité étant que papa ait pensé à approvisionner le compte - mais il doit bien y avoir encore des parents distraits ou rétrogrades, et pas que dans les quartiers déshérités - ils peuvent disposer d'une carte bancaire leur permettant de retirer jusqu'à deux mille francs par semaine. Et il faudrait en plus qu'ils aient le droit, au même âge ou à quinze, ou dix-sept, de donner leur avis sur une décision les concernant, d'y participer ? Le droit de se réunir, de s'associer, à l'intérieur des établissements scolaires ?
Allez, circulez, et consommez.
 Sur le petit écran, films, actualités, jeux, hit-parades et diverses exhibitions plus ou moins sportives sont entrelardés de clips et de spots incitant les enfants et adolescents, et dès petit matin, à participer à l'effort de croissance : sucreries multicolores, jeux électroniques, fringues, CD, sont disponibles au centre commercial, souvent à la porte de l'école, et sans doute bientôt en télé-achat pour ceux qui disposent de la carte magique.

Parking gratuit.
L'école n'est pas responsable des programmes de télévision ni des multiples sollicitations mercantiles dont les enfants sont la cible privilégiée. Mais on voit mal comment elle pourrait encore croire ou prétendre devoir continuer imperturbablement à distribuer du savoir en tranches de matières, d'âges et d'horaires, d'une voix monocorde, à des enfants et adolescents récepteurs-enregistreurs passifs et figés en rangs d'oignons. A des élèves priés de recracher à dates fixes la bouillie prédigérée en échange de bons points démonétisés.
On voit mal comment elle pourra encore longtemps justifier son coût, l'espace qu'elle occupe au sol et le temps dans la vie d'un enfant, et en conserver le monopole, si elle continue son oeuvre de non-assistance à personne en danger.
C'est d'ailleurs en fait le rôle a minima qui lui est déjà abandonné : celui d'une gigantesque garderie, d'un parking gratuit où l'on sait les enfants en principe à l'abri pendant que papa ou/et maman tentent de gagner leur vie. Dans certains quartiers, ils sont en effet, pendant quelques heures, à l'écart du climat morbide et violent dans lequel vivotent ceux qui en sont déjà sortis, volontairement ou pas.

Mais la société étant devenue ce que nous l'avons laissée devenir, l'Institution Ecole n'a-t-elle pas aujourd'hui d'autres obligations que celle d'un très artificiel et très provisoire abri pour enfants et adolescents en péril  ?
Enseignants et parents, fussent-ils de gauche, ne peuvent plus se contenter de psalmodier des slogans sur la laïcité ou l'égalité des chances, ni des formules incantatoires du genre
"Passe ton bac d'abord !".
 Ils savent bien que leurs cours, fussent-ils assurés, parfois, avec génie et passion, ne profitent vraiment qu'à ceux bénéficiant d'un environnement familial, social et culturel favorable. Cette inégalité des chances, c'est-à-dire de l'aptitude à recevoir, ou même à supporter, l'enseignement tel qu'il est encore assuré, ne date pas d'hier. Mais ils deviennent de plus en plus rares, et dans tous les milieux,  les enfants ou adolescents arrivant en cours le matin après une vraie nuit réparatrice, l'esprit non encombré de mille parasites, l'estomac correctement rempli, et avec la possibilité de trouver en rentrant chez eux, une présence, des repères, une continuité avec ce qui s'est dit en cours.
Ils savent bien que le monde a changé et poursuit sa mutation. Tout autour du lieu clos qu'est l'école, le décor se métamorphose à vue d'oeil : les champs sont mis en jachère, les usines deviennent friches industrielles, et voici que les bureaux se vident à leur tour. Certains enseignants eux-mêmes viennent de ce monde disparu se réfugier dans l'école. N'auront-ils plus d'autre objectif que de former leurs élèves à devenir eux-mêmes enseignants ?
Ce n'est pas qu'une boutade; cela pourrait même (re-) devenir une idée intéressante.
 
 

2 - Différentes : pourquoi ? (= depuis quand ?)

 Réservée pendant des siècles à une infime minorité, d'abord affaire d'Eglise (comme la justice ou la charité), l'instruction n'est devenue affaire d'Etat, sous la forme d'obligation scolaire généralisée, que pour des raisons ... d'Etat, c'est-à-dire avant tout  militaires et économiques, ce qui revient à peu près à la même chose, tant en matière d'idéologie que de pratiques.
L'école, telle qu'elle fonctionne encore aujourd'hui dans la plupart des pays occidentaux, n'a pas été instituée - ni donc financée par les pouvoirs publics ou les puissances privées - pour des raisons philanthropiques ou culturelles. Et elle s'est toujours souciée comme d'une guigne de la nature, des besoins et des capacités d'un enfant.

Rappel des épisodes précédents.
Au lendemain de la défaite de Iéna infligée à la Prusse par l'armée napoléonienne, le philosophe Fichte lance son "Appel à la nation allemande". Treize ans plus tard, en 1819, le premier système au monde de scolarité obligatoire est institué en Prusse. Les objectifs qui lui sont assignés sont clairs : former des soldats, des fonctionnaires, des employés, des ouvriers obéissants, et des citoyens pensant à l'identique sur la majorité des sujets; cette mise en conformité recevant - déjà - le doux nom de "socialisation".
Les résultats sont rapides : l'industrie s'emballe, accélérant l'unification allemande et l'influence du Roi de Prusse qui est même prié d'arbitrer le conflit frontalier entre le Canada et les U.S.A. Des milliers d'étudiants américains sont formés dans les universités de Leipzig et de Iéna, ramenant au pays le modèle de scolarisation-socialisation-sélection à la prussienne.
En Europe, ce sera bientôt la revanche de 1870 à Sedan, prélude aux massacres de 14 - 18 et 39 - 45.
Avec de part et d'autre, des conscrits obéissants et socialisés.
Car la France a "inventé" à son tour, en 1882, l'école obligatoire. Mais Jules Ferry est aussi le colonisateur du Tonkin, et le gouvernement a besoin de soldats pour son empire colonial, de fonctionnaires, d'employés et d'ouvriers obéissants pour son administration et son industrie. Les hussards noirs sont là pour servir la première devise de la Ligue de l'Enseignement: "Pour la Patrie, par le livre et par l'épée".
Et pour ne pas être en reste en matière de préparation militaire, les patronages paroissiaux entraînent des bataillons de gymnastes au son martial de batteries-fanfares dans des parades destinées à impressionner au moins autant l'ennemi intérieur que l'envahisseur.
Rituels traversant les décennies pour, encore de nos jours, déverser sur le pavé parisien, successivement processions et manifestations au son de cantiques et slogans éculés, chaque fois qu'un ministre, de droite ou de gauche, semble vouloir remettre en cause le partage du monopole de l'enseignement.

L'Institution scolaire, telle qu'elle fut créée - ou plus exactement reprise en mains - et développée par l'Etat tout au long du siècle dernier jusqu'aux fameuses lois de Jules Ferry, de 1881-82-83, la rendant gratuite, laïque et obligatoire, répondait à un besoin économique et à une volonté politique. L'entrée dans l'ère industrielle nécessitait un redéploiement mondial des capitaux, l'expérimentation et la mise en place rapide de nouveaux modes de production, de nouvelles infrastructures de communications, quelques déplacements de population, pour la conquête de nouveaux marchés. Les deux guerres mondiales avec leurs saignées et le coup de fouet donné à la recherche et à l'industrie lourde établirent solidement les puissances industrielles qui se partagèrent le gâteau mondial à Yalta et Postdam.
La France entrait elle aussi dans l'ère industrielle, et les idéaux républicains s'accommodant fort bien de nouvelles conquêtes coloniales, il fallait des militaires et des fonctionnaires pour administrer l'intérieur et l'outre-mer. Des ouvriers pas trop instruits pour les manufactures, de modestes artisans et commerçants, et encore beaucoup de paysans dans les champs. Un minimum d'alphabétisation était alors nécessaire et suffisant. Les règles de morale personnelle et de vie sociale étaient inculquées à coups de règles sur les doigts et de taloches vigoureusement distribuées par deux hommes en noir : celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas.
L'un était missionnaire, et l'autre fonctionnaire.

Etonnant, non ?
Mais avant 1870, plus de 80% des ouvriers parisiens savaient lire et écrire. La plupart avaient appris grâce à l'école mutuelle : ceux qui savent quelque chose l'apprenant à ceux qui ne savent pas, quel que soit l'âge des uns et des autres. Sans doute trop simple, trop rapide, trop efficace, trop dangereux pour l'ordre (?) social, religieux, politique, économique et militaire. On choisit donc plutôt de généraliser en les laïcisant, les méthodes plus directives, notamment celles des frères des écoles chrétiennes, et comme en Prusse, aux U.S.A et plus tard en U.R.S.S., de séparer rigoureusement les enfants en classes d'âge, saucissonner les connaissances en rondelles de "matières" et de "programmes" répartis tout au long de cours et d'années pour opérer une sélection par éliminations successives. Tous les enfants du même âge devant à la même heure et dans le même décor réciter par coeur la même leçon, et progresser de concert. Comme à la parade.
Et comme dans le monde industriel et administratif, c'est une organisation bureaucratique qui distribue hiérarchiquement l'autorité et détermine souverainement le contenu, les méthodes du travail scolaire, et le cadre : des bâtiments quasi identiques à ceux de l'univers militaro-industriel.
Dès l'instauration de ce système, à la fin du siècle dernier, des voix s'étaient élevées contre le nivellement. Les plus lucides percevaient bien que sous couvert d'instruction-socialisation, ce système portait déjà les germes d'un "socialisme" qui, jumelé à "nationalisme", allait devenir un mot composé criminel.

"Plus jamais ça" ?
A vingt ans d'intervalle, le ciel s'obscurcit à deux reprises pendant quatre ans : nuages d'obus, villes en feu, fours crématoires et champignon atomique. Deux générations de veuves et d'orphelins pour plus de cinquante millions de morts. Dix à vingt fois plus de mutilés par cent à mille fois plus d'actes de barbarie. Perpétrés au nom de la Patrie, de l'Honneur, de la Liberté, ou de Dieu. Au bénéfice exclusif de groupes militaro-industriels et de leurs filiales bancaires. Au mépris des valeurs enseignées et pourtant gravées au fronton des écoles et des églises. Au désespoir d'enseignants, de part et d'autre du Rhin, du Channel, du Danube et de l'Atlantique : "Plus jamais ça !". Comment des hommes avaient-ils pu se laisser entraîner dans une telle "logique" de haine et d'aveuglement ? Leur instruction et leur éducation devaient être remises en cause.

Depuis l'instauration de ce système scolaire à peu près identique dans toute l'Europe, au siècle dernier (mais on pourrait remonter à Montaigne : "une tête bien faite plutôt que bien pleine", et à bien d'autres...), des pédagogues, des médecins dénoncent les méfaits de cette scolarisation mécanique, cet usinage, cette uniformisation quasi militaire (tous les enfants devant apprendre au même âge, de la même façon, le même jour et à la même heure, la même page du même programme !).

Freinet insiste sur le nécessaire "tâtonnement expérimental" permettant, avec droit à l'erreur, à l'enfant de refaire lui-même le chemin mental aboutissant à un savoir, et donc de graver définitivement le processus pour l'utiliser et le relier à d'autres dans d'autres domaines; ce "tâtonnement" étant aussi appliqué aux lois régissant la vie de tout groupe humain, fût-il composé d'enfants.

Maria Montessori affirme - en 1920 ! - qu'il est stupide d'enseigner aux enfants en prévision d'un métier, car on ne sait pas lesquels existeront dix ou vingt ans plus tard. Et invente une pédagogie visant à satisfaire au bon moment l'appêtit d'apprendre.

Steiner comparant l'enseignant-éducateur à un jardinier insiste sur les périodes de croissance, et propose une vision globale de l'éducation, reliée à une philosophie de la vie.

Cousinet, Decroly, utilisant à bon escient les centres d'intérêts des enfants  les amènent naturellement au "savoir scolaire", en portant une attention particulière à la vie du groupe.

Leurs successeurs sont bien vivants et font vivre des écoles "différentes" où enfants et adolescents sont respectés pour ce qu'ils sont : des individus à part entière, tous différents.
D'autres écoles, publiques ou privées, sans être rattachées à un courant, travaillent avec des équipes cohérentes autour d'un véritable projet pédagogique ... et non d'un simple "réglement intérieur".
 
 

3 - Différentes : pour quoi ? (= vers quoi ?)

Dans tous les pays occidentaux, l'ère industrielle se termine. Non pas que nous n'ayions plus besoin de produits "manufacturés" : bien au contraire, nous en consommons plus que jamais, et qui ont une durée de vie de plus en plus courte. Mais plusieurs facteurs ont accéléré le transfert des sites de production. Les progrès technologiques permettent de se passer en partie d'une main d'oeuvre devenue ici, progrès social aidant, trop onéreuse. Alors qu'il fallait par exemple cinquante heures pour assembler une voiture, il n'en faut plus que vingt aujourd'hui, et bientôt quinze ou même dix suffiront. Beaucoup de ces industries engendraient différentes formes de pollution que l'on supporte moins, chez nous, pour des motifs écologiques ou de simple qualité de vie. Enfin, et par conséquent les capitaux investis ne pouvaient plus rapporter les vingt ou trente pour cent dégagés, après amortissement, à la déjà lointaine "belle époque".
Transfert, donc, des usines, de la pollution et des capitaux vers des pays moins exigeants en matière de salaire, de protection sociale, d'environnement et d'imposition, et dont les populations sont invitées elles aussi à dépenser aussitôt gagnées leurs quelques roupies - de sansonnet - en accèdant aux bonheurs de la consommation.

Et vive l'ère de la communication. A laquelle chacun est invité, ou plutôt sommé de participer puisque, merveille des merveilles, elle est à la fois sujet et objet, ayant par essence les moyens de vanter ses mérites pour se dire indispensable. Et Gigogne illimitée puisque chaque composant, très vite saturé, incompatible ou démodé, exige sans cesse d'être raccordé ou adapté à un autre qui permettra de nouvelles prouesses.
D'ores et déjà, les progrès rapides de l'ordinateur, sa miniaturisation, ses capacités de stockage, la facilité et la rapidité des transferts de données d'un point à l'autre du globe par câbles, fibres optiques et satellites, ont considérablement changé les conditions de travail de multiples secteurs de l'activité humaine. Nos statisticiens eux aussi ont remplacé le boulier et même les cartes perforées par de puissants ordinateurs. Alimentés en continu, ceux-ci permettent non seulement de connaître précisément les évolutions récentes, leurs effets chiffrables aujourd'hui, mais aussi d'en tirer des pronostics fiables puisqu'intégrant le maximum de paramètres, et dans tous les domaines. Et les robots se sont multipliés à toutes les étapes de fabrication industrielle.

Suivez le code-barres
Ordinateurs et robots agissent ainsi dans la chaîne de l'agro-alimentaire, dès la source de production (étables, champs et vergers), en passant par le stockage, le transport et la transformation, jusqu'à l'emballage et au passage du code-barres à la caisse du super-marché. Celle-ci étant reliée aux ordinateurs du groupe, ses dirigeants peuvent connaître à chaque seconde, l'état de leurs stocks; et la banque l'état de leur trésorerie. Il peut en résulter très rapidement l'ordre d'achat et le prix, d'une récolte en cours ou à venir quelque part sur la planète, l'arrachage, l'extension ou le transfert d'une plantation, le déclenchement d'une campagne de publicité, commerciale ou rédactionnelle, ou de lobbying auprès des gouvernements, la multiplication ou la raréfaction des points de vente, une prise de participation ou un désengagement vis-à-vis d'une compagnie de transports, terrestres, aériens ou maritimes, ou d'un consortium d'engrais chimiques. Tout ceci pouvant se répercuter du jour au lendemain sur le marché de l'emploi ici ou là; et donc sur la situation économique, sociale et politique d'une région, d'un pays ou d'un continent.

La population agricole représentait trente-cinq pour cent de la population active en Europe il y cinquante ans. Elle est tombée à moins de six pour cent, tandis que la productivité était multipliée plus de sept fois, c'est-à-dire plus que pendant les dix millénaires écoulés entre l'invention de l'agriculture et la seconde guerre mondiale. Un agriculteur nourrit aujourd'hui soixante personnes au lieu de deux ou trois au début du siècle. Mais il s'agit de plus en plus d'une agriculture et d'un élevage hors-sol (serres et usines à viande) transférables à volonté. Mais les institutions n'ont pas encore pris en compte ces mutations démographiques. Et tandis que les banlieues, où s'entassent d'anciens ruraux, ne recueillent, souvent après émeutes, que quelques subventions charitables, le monde rural, ou plus exactement les multinationales de l'agro-alimentaire, sont encore anormalement sur-représentées au sein des institutions françaises et européennes et donc arrosées de financements en tous genres.

Leurs produits sont de plus en plus standardisés, voire même réinventés grâce aux progrès de la génétique en fonction des impératifs de rentabilité, conservation et résistance aux maladies et intempéries. Beaucoup en perdent non seulement leur goût, mais aussi leur valeur nutritive puisqu'appauvris en fibres, vitamines et sels minéraux, et quelquefois dangereusement chargés d'insecticides, pesticides, hormones, et substances diverses.
Qu'à cela ne tienne, puisque quelques rayons plus loin, les mêmes groupes chimio-pharmaco-alimentaires nous proposent les ingrédients manquants sous forme de gélules multicolores. Egalement actionnaires ou tout bonnement propriétaires des principaux groupes de communication, ils ont les moyens non seulement d'en faire la publicité, mais aussi de salarier des "conseillers santé" qui en font la promotion à longueur de chroniques. Quant à l'eau courante, de plus en plus stagnante, croupie et polluée par les nitrates et autres rejets, elle est régénérée à grands frais avant d'arriver au robinet. Le doute subsistant et campagnes de communication aidant, on consomme de plus en plus d'eau "de source", minérale ou pas, vendue en bouteilles de plastique pas toujours biodégradable.

Dans le secteur de la médecine, outre le fait que tout ce qui se passe dans l'agro-alimentaire a une conséquence évidente, à plus ou moins court terme, sur l'état de santé du cheptel humain (natalité, dentition, appareil digestif et circulatoire, mortalité), les progrès technologiques sont également présents à toutes les étapes depuis les laboratoires de recherches, les expérimentations animales et humaines, jusqu'à la prescription et la consommation des produits pharmaceutiques. Là aussi, le code-barres permet de suivre à la trace le chemin, l'efficacité et les bénéfices d'une molécule.
Les découvertes en bio-génétique, avec notamment la cartographie du génome humain, vont permettre par exemple de déceler, et parfois de prévenir, des maladies héréditaires dès avant la naissance. La micro-chirurgie, grâce au scanner et au laser, facilite certaines interventions chirurgicales. D'ores et déjà, on vit plus longtemps et en meilleure santé dans les pays développés. Et l'écart se creuse en matière d'espèrance de longévité : de soixante-dix-huit ans en Suisse et soixante-seize aux U.S.A., à cinquante-neuf en Bolivie, quarante-neuf au Sénégal, et trente-neuf au Sierra Leone.
Tous n'avaient pas le même code-barres à la naissance.

C'est le Pérou.
Car dans la plupart de pays dits en voie de développement, les bouteilles d'eau pure ne franchissent pas le seuil des quartiers d'affaires, ministères, ambassades, grands hôtels et clubs-vacances. La population locale doit se contenter de l'eau courante ou stagnante, lorsqu'il y en a. Pour manger, c'est toujours aussi compliqué. Dans beaucoup de cas, les cultures vivrières traditionnelles ont été délibérément sabotées, et des pays comme la Guinée-Conakry, l'Inde ou la Thaïlande doivent maintenant importer du riz des Etats Unis. En Amérique latine, près de vingt millions de jeunes de moins de dix-sept ans travaillent pour survivre. Au Pérou, la moitié de la population vit au dessous du seuil de pauvreté. Près d'un milliard d'êtres humains souffrent de mal-nutrition; voire de non-nutrition, puisque la famine sévit encore, tuant particulièrement les nouveau-nés.
S'y ajoutent les catastrophes naturelles, ouragans, typhons, sécheresses et inondations, qui depuis une vingtaine d'années, statistiques à l'appui, dépassent leur rythme normal. Elles ne semblent pas seulement dues aux effets des seuls hasards climatiques ou sismiques. Les experts du Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat ont acquis deux certitudes jusqu'ici objets de controverses : la température moyenne du globe est en hausse, et il y a bien concentration croissante de gaz à effets de serre due aux activités humaines. Et une "quasi certitude" : celle qui établit le lien de cause à effet entre les deux phénomènes. On sait aussi grâce à la cartographie précise réalisée par satellites et aux projections aisément calculées - et même pré-visualisées par ordinateurs - ce que ces variations de température signifient à court terme : nouveaux déserts, rivages et villes côtières engloutis et perturbations en chaîne des activités humaines, puisqu'entraînant des déplacements considérables de populations. Le monde compte déjà vingt-cinq millions de réfugiés pour cause d'environnement (sécheresse et inondations), et ce chiffre s'accroît de deux millions par an.
Plus de quatre cents réacteurs répartis dans quarante-quatre pays produisent cinq pour cent de la consommation d'énergie dans le monde. Depuis les accidents de Three Mile Island (U.S.A.) en 1979, puis de Tchernobyl (Ukraine) en 1986, et devant les coûts énormes entraînés par le traitement des combustibles irradiés, les Etats Unis, l'Allemagne et l'Angleterre ont renoncé à cette filière. La France (deuxième parc du monde avec cinquante-six réacteurs) persiste encore dans cette voie, alors que l'analyse économique libérale de nos voisins conforte, un peu tard, la position des écologistes. Et la planète recèle en armements nucléaires l'équivalent de 650 mille fois l'énergie de la bombe d'Hiroshima.
Embargos ou pas, les belligérants ne manquent jamais d'armes classiques pour s'entretuer. Mais aujourd'hui, ce sont majoritairement les civils qu'on massacre. Si "on ne savait pas" ce qui se passait à Auschwitz, on sait parfaitement où, quand, comment et par qui sont perpétrés les génocides actuels. Les satellites espions de toutes nationalités dont on nous dit qu'ils peuvent photographier une plaque de voiture, suivent en temps réel les déplacements de population et les exécutions massives. On a su, puisque vu, que cinq cent mille personnes, femmes et enfants compris, avaient été massacrées en cinq semaines au Rwanda (génocide non médiatisé mais bien réel). Comme on a su la réalité des "frappes chirurgicales" en Irak, comme on sait où se trouvent les charniers en ex-Yougoslavie, comme on sait où se trouvent les camps de prisonniers chinois (qui alimentent nos supermarchés en gadgets électoniques).

Le "plus jamais ça" des années 20, et la nouvelle hécatombe de la seconde guerre mondiale n'ont pas suffi à éliminer la peste brune. Elle rampe, mine des continents entiers. Une certaine forme de guerre froide est-ouest est terminée, nous n'envisageons plus d'en découdre avec nos cousins germains, mais avons été incapables d'éviter les massacres en ex-Yougoslavie. Ni de transformer les immigrés en boucs émissaires, ici.
De nouvelles pestes noires surgissent : virus inconnus ou maladies déclarées éradiquées par l'O.M.S. qui resurgissent, tant leur sont favorables l'extrême pauvreté, la malnutrition, l'absence de soins sur des continents à portée de charters. Les pays riches n'ont pas de frontières étanches à ces agressions, d'autant que l'appât du gain justifie tous les coups tordus, tous les mensonges : du nuage de Tchernobyl aux vaches folles, en passant par l'amiante, le sang contaminé, et ceux en cours et à venir.
 

Fin d'une époque, fin d'un système scolaire.
Sachant Lire Ecrire Compter, muni d'un diplôme ou pas, un jeune pouvait (ou devait) dès l'âge de 12, 14, 16 ou 18 ans, entrer progressivement - ou brutalement - dans la vie active, percevoir très tôt un premier salaire et conserver son emploi toute sa vie.
Diplômé, il était assuré en outre d'accéder quasi automatiquement à des postes de responsabilité, avec salaire et sécurité garantis, presqu'autant dans le secteur privé que dans la fonction publique.

Les vagues de démographie, les prolongations successives de la scolarité, la fin de l'ère industrielle dans les pays développés, les restructurations qu'elle engendre et les chocs économiques et sociaux qui s'en suivent remettent tout en cause.
Les diplômes ne sont plus des sésames-à-vie, la transmission familiale de beaucoup de métiers ou savoir-faire n'est plus automatique, et pratiquement aucun secteur n'est, et ne sera, épargné par le redéploiement planétaire des capitaux, des sites de production, des marchés, des produits de consommation et des services. Aucun n'échappera aux remises en cause perpétuelles dues aux applications rapides, et dans tous les domaines, des nouvelles technologies. Sauf de très rares exceptions, il ne suffira nulle part de savoir-lire-écrire-compter, ni d'avoir un bon diplôme, ni même un bon métier.

De toute évidence, un enfant ou adolescent d'aujourd'hui devra, devenu "adulte" au cours de la prochaine décennie, être capable, mentalement, psychologiquement, autant qu'intellectuellement, de faire face à de multiples contraintes, imprévus et opportunités.
Il devra évidemment pratiquer réellement plusieurs langues, pour travailler, échanger, collaborer, avec des pays étrangers, en direct ou par écrans interposés, ou même pour y vivre. Pour s'adapter en permanence, il devra surtout être doté de cette aptitude, qu'on négligeait ou qu'on se gardait bien jusqu'ici de préserver, susciter, et enrichir chez l'immense majorité des élèves, pour ne la réserver qu'à "l'élite" (sélectionnée, écrémée, et surtout de reproduction...), destinée - de droit divin ? - à prendre les leviers de commande économiques et politiques d'un pays : l'aptitude à chercher, trier, comparer, exploiter les informations et savoirs véritablement utiles, à en faire l'analyse et la synthèse, permettant les choix, les prises de décision et ... de pouvoir. Sur sa propre destinée, autant que sur celle de l'humanité.

Et d'autres aptitudes "naturelles", innées, chez tout enfant : la curiosité, la confiance en soi et l'énergie pour sans cesse "apprendre"  c'est-à-dire comprendre, appréhender, saisir (tous des mots étymologiquement très proches) le monde, et le connaître. La connaissance, pas celle figée, artificielle et inutile du "par coeur", mais celle vivante, créatrice et en perpétuelle activité, de toute une vie, pleinement vécue, et non subie, ou détournée de l'essentiel par les entreprises de crétinisation, de diversion, de mystification et d'endoctrinement.
Aptitudes vitales puisque seuls contre-poisons !

Une avalanche de rapports, de statistiques ... et de déclarations ministérielles - dénonce jour après jour l’inadaptation, le coût et l'échec d’un « système » vieux de plus d’un siècle et construit sur des bases plus que discutables. Mais c’est encore essentiellement de défis économiques dont il s’agit, et la plupart font toujours l’impasse sur la nature et les besoins de l’être humain, fût-il enfant ou adolescent, et donc sur un projet de société qui soit autre chose que les statuts et les ambitions d’une société anomyme à responsabilité très limitée.

C’est bien d’un nouveau contrat social dont il devrait être question. Et plutôt que de resortir la hache de guerre autour d'une frontière qui cache des anachronismes communs aux deux parties d'un système désuet, s'en tenir une fois encore à de gros mensonges sur l'égalité des chances ou la liberté des familles, ou acheter le brevet, américain ou autre, du fil à couper le beurre, il conviendrait de regarder les choses en face :
- aucun ministre, de droite ou de gauche, ne peut décréter un changement radical,
- aucune école "traditionnelle" ne peut évoluer vraiment,
... si parents et enseignants n'admettent pas que c'est toute la conception de l'école - de l'éducation ? - qui doit être revue. Que le modèle unique d'origine est incompatible avec la diversité des situations que devront affronter les jeunes adultes de demain, aujourd'hui encore enfants ou adolescents, tous différents, mais aussi "tous capables".

Des initiatives sérieuses existent, depuis longtemps, dans le public comme dans le privé. 
D'autres se développent actuellement. 
Vous pouvez les rejoindre : elles ont besoin de votre soutien actif
Votre enfant - et vos petits-enfants ! - aussi.

Roger Auffrand
(extrait - édition 1992 - du guide-annuaire des écoles différentes)

LE GUIDE ANNUAIRE DES ECOLES DIFFERENTES


| LE GUIDE-ANNUAIRE | Commande | Documentation| Présentation | SOMMAIRE |
| Le nouveau sirop-typhon : déplacements de populations ? chèque-éducation ? ou non-scolarisation ? |
| Pluralisme scolaire et "éducation alternative" | Jaune devant, marron derrière : du PQ pour le Q.I. |
| Le lycée "expérimental" de Saint-Nazaire | Le collège-lycée "expérimental" de Caen-Hérouville|
| L'heure de la... It's time for ... Re-creation | Freinet dans (?) le système "éducatif" (?) |
| Changer l'école | Des écoles différentes ? Oui, mais ... pas trop !| L'école Vitruve |
| Colloque Freinet à ... Londres | Des écoles publiques "expérimentales" |
| 68 - 98 : les 30 P-l-eureuses | Et l'horreur éducative ? |